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94 articles avec pays basque

DISPARITION D'UN MILITANT DES NOBLES CAUSES : DIDIER ROUGET, JURISTE ET AVOCAT BASQUE, DEFENSEUR DES OPPRIMES. MA PEINE EST IMMENSE.

Publié le par Tourtaux

 

 

Militant discret jusqu'au bout

Didier Rouget est mort ce 5 janvier dans la soirée. Ce juriste a passé sa vie à défendre la cause des opprimés, notamment, celle du peuple basque. Le dernier dossier qu'il a défendu est celui d'Inès del Rio dont l'issue favorable a permis la mise en liberté de 70 détenus basques.

Arantxa Manterola|2015/01/06

Didier_rouget
Didier Rouget a été emporté par une longue maladie.

Juriste, il est né à Paris il y a 62 ans. Issu d'une famille bourgeoise de culture protestante, il a commencé à militer dans les comités d'étudiants. Le Bac en poche, il est entré dans le monde du travail par La Poste. C'est là qu'il s'est formé sur le plan syndical et qu'il a entamé son parcours de militant de gauche. En 1974, convaincu que la lutte doit se mener depuis la classe sociale que l'on défend, il intègre l'usine Peugeot de Lille.

En suivant le fil conducteur de la lutte anticapitaliste et anti-impérialiste, il s'est impliqué dans de nombreuses luttes : antinucléaire, contre les centres de rétention, contre le fascisme, dans la défense des sans-papiers, des ouvriers et intellectuels d'Europe de l'Est, des peuples qui luttent pour leur liberté comme le Vietnam, la Palestine, le Kurdistan et le Pays Basque. Son premier contact avec ce dernier a été le procès de Burgos, en 1970.

En 1985, il quitte l'usine pour reprendre ses études. Il choisit le droit et se spécialise dans les droits de l'Homme. Sa thèse doctorale porte sur les dispositifs et conventions pour la prévention de la torture, chose peu habituelle aux débuts des années 90, comme le lui ont fait remarquer les membres du jury qui ont validé sa thèse avec la mention cum laude.

Engagé dans la lutte pour le Pays Basque, il a aidé personnellement les exilés basques emprisonnés ou assignés à résidence au nord de l'Etat français et leurs familles.

En 1998, il s'installe à Ustaritz. Il y poursuit sa militance et s'investit dans les luttes locales comme celle de l'opposition à la LGV. Il est également conseiller municipal jusqu'en 2014.

Il a mis ses qualités de juriste spécialisé dans les droits de l'Homme au service des Basques. Ainsi, il s'investit corps et âme dans les dossiers qui concernent les Basques poursuivis par les justices française et espagnole pour leurs engagements politiques, puis il intègre le groupe d'avocats qui les défend. En relation avec le Comité pour la prévention de la torture, ces dernières années, il s'est occupé de cas de torture et a réussi à faire condamner pour la première fois trois gardes civiles dans le dossier Kepa Urra, en 1997. Ce dernier avait subi de mauvais traitements lors de son arrestation cinq ans auparavant.

Condamner l'Etat français

Didier Rouget a également porté devant le Tribunal de Strasbourg plusieurs dossiers. Entre autres, celui qui a conduit le Comité contre la torture des Nations Unies à condamner l'Etat français en novembre 1999 pour la remise en 1987 de Josu Arkauz à l'Etat espagnol, où il fut torturé.

Malgré la complexité et la lourdeur des procédures, il a défendu plusieurs dossiers dans des instances internationales. La majorité des recours présentés devant le Tribunal européen des droits de l'Homme ces dernières années, tel que celui des partis abertzale Herri Batasuna, Euskal Herritarrok et Batasuna, et dernièrement la doctrine Parot portent son empreinte.

Pour ce dernier, en lui donnant raison, le Tribunal avait permis la libération de la détenue basque Inès del Rio à qui la justice espagnole avait appliqué la doctrine 197/2006, dite Parot. Décision qui a engendré la mise en liberté de près de 70 détenus basques et qui a modifié le regard de certains secteurs du système judiciaire espagnol et international vis-à-vis de la politisation de l'application des lois sur les détenus basques.


Sobre, discret, constant, engagé… Ce sont les adjectifs avec lesquels ses proches le définissent. Un de ces hommes qui luttent toute leur vie et qui manquera au Pays Basque.


 

 

 

 

Je suis sous le choc. Je tiens à rendre hommage à Maitre Didier Rouget qui a présenté mon Mémoire contre l'Etat Français, devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme, dans le cadre de la Guerre d'Algérie.

Durant toute la durée de l'instruction de mon dossier, Monsieur Rouget, m'appelait chaque lundi matin pour prendre de mes nouvelles. Lorsque je lui ai dit que je n'étais pas fortuné, que je ne pourrais payer ces honoraires, sa réponse a été celle-ci : Monsieur Tourtaux, vous ne me devez rien, c'est mon coup de chapeau pour votre action militante courageuse.

Monsieur Rouget allait à Paris, deux à trois fois par semaine, pour enseigner le Droit International en Faculté.

  Je présente mes sincères condoléances à la famille et à tous ses compagnons de combat dont je partage la douleur.

 

Jacques Tourtaux 

Publié dans Pays Basque

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PAYS BASQUE : LE SYNDROME DE L'ESCLAVE

Publié le par Tourtaux

Le syndrome de l'esclave

09/02/2010

Xarlo ETXEZAHARRETA


Mon petit doigt me dit que je ne vais pas me faire que des amis avec ceci mais je dois avouer que je m'en fiche éperdument. Mes amis ne me quitteront pas, bien au contraire. Lorsqu'on «lève le nez du guidon» pour regarder ce qui se passe au Pays Basque depuis des années, on constate que les bagarres sectorielles n'en finissent pas, avec ce point commun : le manque de démocratie, le mépris des souhaits de la population, l'omnipotence des diktats de Paris, etc.... EHLG se plaint que l'agriculture du Pays Basque et son avenir sont plus qu'hypothéqués par la politique européenne relayée par Paris. OGM inclus...

Les pêcheurs traditionnels, canneurs/bolincheurs, se plaignent de l'aveuglement de la pêche industrielle subventionnée par Bruxelles/Strasbourg/Paris. En fait, je ne sais plus exactement où se prennent toutes ces décisions plus débiles les unes que les autres qui sanctionnent les victimes plus que les coupables puisque ceux-ci ont encore 18 mois pour fignoler leur massacre de thon rouge (ou ce qu'il en reste)... ça arrange tout le monde si on dit Bruxelles ?

Les enseignants et autres salariés de l'Education Nationale se plaignent de la fermeture aussi arbitraire qu'imbécile d'écoles, pour cause de rentabilité ! Les employés de La Poste se plaignent de fermetures de guichets et autres bureaux, de la dégradation de leurs conditions de travail et du service rendu ou qui n'est plus rendu. Les anti-LGV manifestent massivement contre l'arbitraire des décisions de RFF/SNCF/Gouvernement qui vont massacrer allègrement le Pays Basque Nord.

Les élus se plaignent de la suppression arbitraire de la Taxe Professionnelle avec en guise de compensation, une nébuleuse financière dont personne ne sait encore rien. Les maires se plaignent des menaces du Préfet qui voudrait les révoquer, eux élus du Peuple, si l'idée saugrenue leur prenait de mettre des urnes à la disposition de Batera. Batera, groupe multicolore aussi pluriel que flou dans ses objectifs, se plaint de l'autisme politique qui méprise la volonté du Pays Basque et de ses responsables politiques, économiques, sociaux, syndicaux... à l'exception de quelques valets locaux du jacobinisme franco-franchouillard. Les milieux hospitaliers se plaignent et se soulèvent épisodiquement pour attirer l'attention sur la dégradation évidente du système de santé, des conditions de travail déplorables et des salaires indignes... à l'exception de quelques pontes qui s'en sortent très bien, eux ! Les automobilistes se plaignent de la cherté du carburant. Les consommateurs se plaignent de la cherté des produits de base. Les salariés qui ont provisoirement conservé leurs emplois se plaignent des pressions au travail et du mépris de la hiérarchie... (A propos, qui c'est la hiérarchie depuis que les multinationales sont des multinationales ? le DRH ? le chef d'équipe ? le chef de rayon ?...) Les justiciables, les magistrats, les avocats se plaignent de la fermeture des tribunaux locaux, pour cause de rentabilité... encore ! Les bascophiles, les Ikastola, Euskal Konfederakuntza... se plaignent du peu de cas et de place faits à l'Euskara... Regardez, écoutez autour de vous : il s'agit bien d'un choeur unanime de doléances, de récriminations, de dénonciations de dénis de démocratie. Ils ont tous raison !

Voilà, j'en ai maintenant terminé avec la brosse à reluire. Passons à autre chose... Il y aurait bien une solution à tous ces dénis de démocratie. Mais il s'agit d'une décision politique qui casserait la routine qui consiste à demander à Paris de résoudre nos problèmes locaux ; les problèmes du Pays Basque en ce qui nous concerne. Et il est hors de question que tous ces «contestataires» prennent une décision politique : ils ne font pas de politique ! Individualistes, égoïstes, corporatistes, consommateurs compulsifs de biens matériels ou de feuilletons TV, d'accord... Mais ne leur parlez pas de politique ! Ne leur parlez pas de se prendre en main, de prendre en main l'avenir de leurs enfants (l'important étant de leur laisser un héritage matériel, pas un patrimoine d'Humanité : Avoir plutôt qu'Etre, voilà l'ambition ultime et prioritaire...)... Ne leur parlez pas de liberté, de souveraineté (qu'est-ce qu'on ferait sans l'argent de Paris ?... On pourrait en parler mais ce serait trop long de le faire ici, aujourd'hui). Ne leur parlez pas d'autonomie, d'autodétermination (c'est quoi, ce truc ?)... Ne parlez pas de grève administrative à nos élus, ne parlez pas de désobéissance civile à nos concitoyens. La Liberté pour eux, c'est une falaise vertigineuse : plus ils s'en approchent, plus ça leur fait peur. Le syndrome de l'esclave...

 

Publié dans Pays Basque

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PAYS BASQUE : HARRIET AGIRRE LIBERE MARDI DERNIER EN FIN DE PEINE, ARRETE CE VENDREDI...

Publié le par Tourtaux

 

Encore un exploit des franquistes de Madrid
 
Rassemblement contre son arrestation:
 
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Publié dans Pays Basque

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L'ACHARNEMENT ESPAGNOL CONTRE LES DETENUS BASQUES DONT LA SITUATION DES PRISONNIERS MALADES EST ALARMANTE

Publié le par Tourtaux

ETXERAT
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ETXERAT DÉNONCE LA SITUATION ALARMANTE DES PRISONNIERS MALADES
 
Des rassemblements auront lieu le 31 mai prochain à Bayonne et Ondarrua (Bizkaia)
Un rendez-vous est demandé au Sous-préfet de Bayonne au sujet d'Ibon Fernandez, gravement malade à la prison de Lannemezan
 
Etxerat a donné une conférence de presse importante hier à Gasteiz au sujet des prisonniers politiques basques gravement malades (texte en français ci-dessous). 12 figurent actuellement dans la liste des prisonniers souffrant de maladies graves et incurables (liste à la fin de la chronique ci-jointe). Certains de leurs proches ont apporté leur témoignage : Angelita Burgoa, mère d'Ibon Iparragirre; Kontxi Gonzalez, compagne de Txus Martin; Agustin Gorbea, ami de José Ramón López de Abetxuko; Cristina García, compagne de Ventura Tomé. 
 
La situation des ces prisonniers est extrêmement alarmante, pas seulement parce qu'ils ne sont pas libérés comme la loi le permettrait, et que les conditions de détention empirent chaque jour leur état, mais aussi parce qu'en plus les mesures les plus cruelles leur sont appliquées (dispersion, isolement, entraves aux traitements médicaux…). Nous avons également souligné que la situation est encore plus dure depuis la trêve définitive annoncée par ETA en 2011, 13 des 14 demandes de placement en régime atténué pour maladie grave effectuées depuis cette date ayant été refusées (et la seule acceptée a été annulée par la suite) contre 12 demandes acceptées dans les années précédentes.
 
L'État français est directement concerné également, par le biais du cas d'Ibon Fernandez, incarcéré à la prison de Lannemezan et qui souffre d'une sclérose en plaques. Après le temps extrêmement long qu'il a fallu aux médecins de la prison pour poser ce diagnostic alors qu'Ibon souffrait énormément, après les années à subir cette maladie dans des conditions contraires à celles qui sont nécessaires à un traitement correct, le Procureur s'est prononcé contre la libération d'Ibon lors de l'examen de la demande de suspension de peine déposée par ses avocats, et ce malgré l'avis contraire de deux médecins désignés par l'appareil judiciaire. C'est inacceptable. Cette décision sera rendue le 20 juin prochain.
 
Nous avons appelé la société basque, les acteurs politiques, sociaux et syndicaux et l'ensemble de la population à relayer cette dénonciation et à prendre part aux mobilisations qui seront organisées, en particulier les rassemblements qui auront lieu le 31 mai prochain.
 
- Rassemblement à Bayonne à 11h devant la Sous-préfecture - pour la libération immédiate d'Ibon Fernandez et des autres prisonniers politiques basques gravement malades.
 
- Rassemblement à Ondarrua à 12h30 à la Alameda - pour la libération immédiate d'Ibon Iparragirre et des autres prisonniers politiques basques gravement malades.
 
Nous ajoutons qu'à cette occasion, Etxerat a envoyé aujourd'hui une demande de rendez-vous au Sous-Préfet de Bayonne pour lui parler du cas d'Ibon Fernandez et lui rappeler que sa libération relève du respect pur et simple des droits essentiels et de l'application de la loi Kouchner, votée par le Parlement français en 2002.
                                                 
  
 
Intervention d'Etxerat - conférence de presse du 21 mai 2014 à Gasteiz
 
La situation des 12 prisonniers politiques basques gravement malades est très grave, et elle empire tous les jours. C'est pourquoi nous nous adressons à vous aujourd'hui dans le but d'en informer la société basque.
 
Il est temps de sonner l'alarme. La situation que doivent subir les 12 prisonniers malades est en train d'arriver à des extrêmes insupportables. Et elle suppose une violation permanente des droits essentiels : notre pain quotidien.
 
En moins d'un an, trois prisonniers politiques basques sont morts derrière les barreaux. Aujourd'hui 12 sont gravement malades, dans une situation extrême. Nous parlons de cancers avancés, de SIDA et de maladies psychiques graves, autant de maladies que les conditions de détention ne peuvent qu'aggraver. Face à cela, la question que nous nous posons en tant que proches, en tant qu'amis ou en tant que personnes est la suivante : combien d'entre eux devront mourir en prison pour que les États commencent à respecter les droits essentiels? Combien de prisonniers devront être retrouvés morts dans leur cellule à des centaines de kilomètres d'Euskal Herria pour que cette politique pénitentiaire cruelle soit enfin abandonnée?
 
Les gouvernements français et espagnol continuent de répandre la douleur et la colère; ils créent toujours plus de souffrance dans des objectifs politiques et électoraux. Ils maintiennent ces 12 prisonniers en prison en sachant très bien que cela aggrave encore leur maladie. Et ils ne se contentent pas de ne pas les libérer : ils leur appliquent aussi les mesures les plus cruelles. La dispersion à des centaines de kilomètres, la séparation d'avec les autres prisonniers politiques basques ou l'isolement, refus ou entraves au traitement médical.
 
Derrière tout cela, il y a une décision politique. Une décision politique de prolonger la souffrance. Il suffit d'observer les chiffres pour le comprendre : entre 2008 et 2011, 12 prisonniers politiques basques ont obtenu le placement en détention allégée (prisonniers à la maison avec de strictes mesures de sécurité) en raison de leur grave maladie.
 
Il est évident que depuis 2011 une décision politique a été prise. Depuis le début du processus de paix et spécialement l'annonce d'une trêve par l'organisation ETA, la situation a été considérablement durcie. Les prisonniers malades ne peuvent plus, depuis, obtenir leur placement en régime allégé. 14 ont fait cette demande depuis 2011, et une seule a été acceptée.
 
Et même une fois la demande acceptée, elle est aussitôt remise en question… et le prisonnier est réincarcéré. De même, comme dans le cas d'Ibon Iparragirre, une décision prise en 2011 a été annulée et il a été ramené en prison bien que sa situation ne se soit pas améliorée.
 
Il est clair que le refus de libérer ces prisonniers relève d'une décision politique claire et que ni leur état de santé, ni leurs droits ne sont pris en compte.
 
3 prisonniers sont morts en moins d'un an. 12 autres ont de très graves pronostics, mais il n'y a pas, pour les prisonniers politiques, de libération humanitaire comme dans les cas de Vera, Rodriguez Galindo et Barrionuevo.
 
Ces cas sont extrêmement graves. Angelita Burgoa, la mère d'Ibon Iparragirre, le sait bien.
.
Angelita Burgoa
 
"Quiconque a subi un cancer, un AVC ou un grave problème de santé sait bien que le traitement ne peut pas être suivi n'importe comment. Comment le recevoir dans ces prisons sales et écoeurantes? Les sessions de radiothérapie ou de chimiothérapie ne sont pas assez dures, pour qu'e, plus ils doivent les subir menottés?
 
Le fait que la politique pénitentiaire ait été encore plus durcie depuis l'arrêt des actions armées par ETA est parlant. La violence que nous sommes en train de subir et la souffrance qu'elle engendre, pour leur part, ne connaissent pas de trêve, elles ne font au contraire qu'augmenter. Ils sont en train de baser la politique pénitentiaire sur la vengeance; une vengeance qui n'a pas de sens, et qui entraîne la mort de nos parents et amis. Tout cela est en train d'être réalisé dans un but politique précis. La société basque et les acteurs politiques, sociaux et syndicaux ne peuvent en aucun cas l'accepter. Ça suffit!"
 
Il est temps de mettre un terme à la violence que nous subissons et à la souffrance engendrée par la dispersion.
 
Qu'attendent-ils pour mettre un terme à cette politique brutale? Etxerat souhaite lancer un appel spécial à la responsabilité de chacun. Nous avons demandé à de multiples reprises la fin des mesures d'exception. Il est temps de l'obtenir.
 
Tout cela, alors qu'Arkaitz Bellon aurait du sortir la semaine dernière. Tout cela, alors que la famille de Ventura Tomé a été empêchée de témoigner au Parlement de Navarre.

Pour finir, nous appelons à participer à toutes les mobilisations à venir, et particulièrement aux rassemblements qui auront lieu à Ondarrua et à Bayonne le 31 mai prochain.
 
31 mai
 
Ondarrua : rassemblement en soutien à Ibon Iparragirre et aux prisonniers malades. 12h30 à la Alameda.
 
Baiona : rassemblement en soutien à Ibon Fernandez et aux prisonniers malades. 11h devant la Sous-préfecture de Bayonne.
 
Ça suffit! Nous les voulons à la maison et vivants!
 
Euskal Herria, le 22 mai 2014

Publié dans Pays Basque

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CULTURE BASQUE : UN TEMOIGNAGE EMOUVANT... UNE DECLARATION D'AMOUR A L'EUSKARA

Publié le par Tourtaux

Denis Laborde

"Je porte en moi la douleur de ne pas parler basque"

  • Xan Aire
  • 2014-02-18
  • Langue: Français

Denis Laborde (1959, Bayonne, Labourd) est ethnologue, directeur de recherche au CNRS, directeur d’études à l’EHESS, et membre de la commission culture à la Fondation de France. Collaborateur de longue date de l’ICB, il a désormais pour projet un centre de recherche des musiques du monde sur Bayonne. Il revient ici sur un parcours personnel aussi riche que chaotique, empreint d’ironie.

Avez-vous grandi dans une famille impliquée pour la culture basque ?
Absolument pas ! J’ai grandi à Anglet, mon père travaillait dans l’entreprise familiale de charpenterie, à Biarritz. Ma mère est angloye, fille d’un père gascon, et d’une mère venue ici lors de grands mouvements migratoires de la guerre de 14. Mon père était très impliqué dans la vie sociale sportive locale. L’Aviron Bayonnais, L’Anglet Olympique… Très extraverti, il donnait beaucoup de temps pour ses clubs. Et moi aussi, j’ai grandi là-dedans…

Cela vous plaisait ?
Oui, j’étais bon, donc j’aimais cela ! Mais j’ai eu quelques soucis de santé, et j’ai dû y renoncer. Ma mère m’avait heureusement inscrit au Conservatoire de Bayonne, où j’ai intensifié ma pratique du piano. J’ai parallèlement effectué mes études au lycée Villa Pia, où la composante basque de mon identité a fait surface. Du côté de mon père, ma grand-mère était une enfant de l’assistance publique, de Paris, qui a été placée dans une famille de St Pée sur Nivelle. Ce qui fait qu’elle parlait mieux basque que français ! Même si à moi, on ne m’a jamais parlé basque…

Pourquoi ?
Parce que c’était la langue du secret. Je découvre maintenant une configuration familiale un peu compliquée, avec des évènements qui se sont déroulés dans ces générations d’un monde hyper catholique du Pays Basque intérieur, qui n’était pas tout-à-fait dans les normes… Ma grand-mère parlait beaucoup de tout cela avec des amis qui venaient la voir. J’étais témoin de ces conversations, qui se déroulaient en basque, et je comprenais que l’on y disait des choses auxquelles je ne devais pas avoir accès. Je n’ai pas fait d’effort pour comprendre cette langue. C’était quelque part la langue du déni. Et mon père était dans la même dynamique que sa mère. Les seuls moments où il me parlait basque, c’était quand je jouais à l’Aviron, sur le terrain ! Cela lui sortait bizarrement pendant les entraînements, les matches.

Et vous ne lui avez jamais demandé pourquoi ?
A ma grand-mère, surtout, parce que c’était elle qui transmettait le flambeau de cette langue. L’explication officielle était que le basque ne servait à rien ; il fallait que je sois bon en français pour « avoir une situation »… C’est le schéma classique, mais je crois qu’il y avait des mécanismes plus profonds, cachés dans son histoire personnelle.

Des traumatismes ?
Oui, des traumatismes liés à l’école, où elle ne parlait pas bien français. Elle parlait spontanément basque, c’était la langue de la maison. Je ne l’ai jamais entendue jurer en français ! A l’école, elle a dû subir les punitions, mais trouvait cela normal, parce que c’était pour leur réussite sociale. Mais cela reste fascinant ! J’ai mis du temps à me demander pourquoi cela avait été si facile, pour les instituteurs, de faire intégrer cela à des enfants. Cette domination culturelle aussi forte…

Et quelles sont vos conclusions ?
On les retrouve dans ma thèse, La mémoire et l’instant (2005, Elkar)! J’y ai pris ma revanche ! Mais je porte en moi la douleur de ne pas parler basque. Cela me manque énormément, et me bloque aussi dans mon rapport aux autres langues. J’ai vécu pas mal en Allemagne, travaille énormément en anglais… Depuis le temps, je devrais parler ces langues couramment ! Je sais, au fond de moi, c’est la langue basque qui manque. J’ai redécouvert cela au lycée, avec des gens du Pays Basque intérieur qui étaient dans ma classe. Des Aldudes, d’Arnéguy, de Soule… J’essayais, avec eux, de faire ressortir quelque chose de basque ! Puis je passais aussi presque toutes mes vacances à Ahusquy, où cela ne parlait que basque… J’ai donc eu des ancrages très forts, mais ponctuels, et pas forcément cohérents. Ce n’était pas nécessairement en quête d’une identité basque. Parce que j’avais également mon parcours dans la musique qui était très fort, et je sentais que ces deux monde n’allaient pas forcément bien ensemble.

Mais pour quelle raison ?
C’est une question de domination culturelle assez claire. En Iparralde, l’idée de faire de la musique était liée à une certaine forme d’excellence, certes relative, mais qui est tout de même un marqueur, puisqu’il s’agit de musique classique. Je me souviens, en 1977, lorsque j’ai eu un prix du Ministère de la Culture au Conservatoire, de Jean Haritschelhar qui, bizarrement, avait tenu le discours de la cérémonie. Il y avait revendiqué des institutions et un statut pour la langue basque, ce qui était en décalage dans le contexte ! Mais cela avait éveillé ma curiosité : pourquoi ne pourrait-on pas parler basque et être musicien ? Je me suis malgré tout installé à Paris, pour des études de musique classique, au Conservatoire National Supérieur de Musique. J’ai suivi un cursus d’écriture. J’ai pourtant essayé le piano, mais ils n’ont pas compris que j’étais génial !

Comment vous sentiez-vous, dans ce monde si particulier ?
En décalage ! Quand j’étais au Pays Basque, je me sentais musicien, et vice-versa. Mais, en même temps, le Conservatoire était mon monde. J’ai dirigé des orchestres, des chœurs, et passé un Certificat d’Aptitude pour enseigner dans les Conservatoires. Je suis resté très longtemps à Cergy-Pontoise, en banlieue parisienne.

Et la culture basque, dans tout cela ?
Cela n’existait pas du tout !

Il fallait y renoncer ?
Oui, complètement. Toutes les références étaient parisiennes, allemandes, italiennes, et puis cela débouche sur des cursus internationaux. Alors, pour ma part, j’ai complètement oublié le Pays Basque. J’ai enchaîné sur une carrière de chef d’orchestre en musique contemporaine, ce qui était très exaltant. Puis voilà que le Ministère de la Culture, dirigé par Jack Lang, me contacte pour institutionnaliser un ensemble vocal, de chambre choral-contemporain, dans le but d’irriguer le territoire français en concert de qualité, et d’en faire aussi des marqueurs d’une excellence, pour des tournées à l’étranger. Et c’est là que j’ai débuté un travail réflexif, avec une crise identitaire assez caractéristique de l’entrée à l’âge adulte, vers 23, 24 ans. J’ai commencé à interroger ma grand-mère. Et j’ai refusé la proposition du Ministère. Je me suis mis à apprendre l’euskara, et à suivre des études d’anthropologie. Malheureusement, je ne parle toujours pas basque. Je devine plus que je ne comprends, à part à l’écrit, où je me débrouille. Et, bizarrement, lors de ces lectures, c’est comme si la musique d’enfance revenait.

Vous vous y sentez bien, alors…
Ah oui ! Je considère l’euskara comme mienne, alors que je ne la parle pas. Je n’ai qu’une crainte : que l’on s’adresse à moi en basque ! Et, paradoxalement, lors du championnat de bertsolari, par exemple, je me sens à la maison.

Mais cette singularité basque ne vous a rien apporté dans le monde musical parisien ?
Rien du tout. C’est vraiment deux mondes séparés. Ou c’est peut-être moi qui les ai séparés. Il y en a qui arrivent à gérer tout cela… Mais moi, non. Vers 24 ans, je suis allé au Musée des Arts et Traditions Populaires, dirigé par Maguy Andral, qui connaissait un peu le terrain, au Pays Basque, pour y avoir enquêté. C’est grâce à elle que j’ai mieux connu Jean Haritschelhar. Et j’ai préparé un diplôme en Sciences Sociales, tout en interrogeant ma grand-mère. Avec ma femme, Martine, qui m’a accompagné partout, nous avions dans l’idée de réaliser une monographie sur la basse vallée de la Nivelle. Nous avons enregistré des chants, dans le but de connaître les pratiques familiales et domestiques. Ma grand-mère ne comprenait vraiment pas pourquoi je m’intéressais à tout cela ! C’est par mon regard qu’elle a pu le contempler autrement. Nous avons rencontré des personnages incroyables : un dénommé Txistu, à St Pée ; Brigitte Delpech, à Sare, qui avait bien connu Barandiaran. La famille Laduche, à Ascain, où cela a été plus difficile : ils chantaient énormément, mais entre eux. J’étais en même temps déçu, mais très compréhensif. Puis j’ai rencontré le bertsolari Fermin Mihura, et cela a tout changé. J’étais fasciné par la pratique du bertsolarisme, et j’ai laissé tomber notre monographie pour écrire ma thèse évoquée précédemment.

Par quoi étiez-vous fasciné, exactement ?
Par le tour de magie de cette performance. En même temps que Mihura, j’ai connu Jean-Louis Laka, avec qui j’ai également eu des échanges très forts. J’ai commencé à m’informer, et me suis rendu compte que les gens s’intéressaient beaucoup à l’aspect poétique, parce que, malheureusement pour eux, ils parlaient basque ! C’est devenu une chance pour moi de ne pas parler l’euskara, parce que je repérais ainsi des choses que les euskaldun ne percevaient pas. Je me suis beaucoup intéressé à la musique. Xanpun, avec qui j’ai énormément parlé, me disait que le bertsolarisme n’était pas intéressant, parce que trop spontané : « ça vous vient comme l’envie de roter », disait-il ! Je me suis rendu compte qu’il y a eu un saut de génération, avec des bertsolari comme Xanpun, Xalbador, Mattin, qui ont grandi là-dedans, et se sont totalement approprié cette langue si particulière du bertsolarisme. Mais ils l’ont tellement habitée, qu’ils ne se sont plus posé la question de la structure formelle. Puis il y a des gens comme Laka, ou Mihura, qui n’ont pas exactement cette démarche-là : c’est plus du militantisme, pour que le bertsolarisme continue à vivre. C’est d’ailleurs cette génération-là qui a assuré une étape pédagogique fondamentale. Mihura, lui, a débuté le bertsolarisme à trente ans, avec un complexe gigantesque par rapport à la génération précédente. C’était quelqu’un de très gentil, timide, introverti, qui passait un temps fou à améliorer ses performances de mémoire en inventant des petits trucs.

Des repères de mémoire ?
Oui, d’une part pour que les rimes lui viennent plus facilement, et d’autre part, pour travailler  l’image du bertso au moment où il improvise. C’est étrange, parce que l’on retrouve ces schémas chez les rhéteurs romains, comme Quintilien ou Cicéron, pour garder le fil de son idée. A cette époque, on ne maîtrisait pas toujours l’écrit, alors on usait de telles stratégies pour ne pas se perdre en route. C’est une association entre la mnémotechnie et la structuration formelle du discours. C’est cela que l’on retrouvait chez Mihura. Or, je ne pense pas qu’il ait lu Cicéron, et c’est ce côté instinctif qui m’a fasciné. En Hegoalde, je n’ai pas retrouvé de personnage aussi atypique, parce que là-bas, les bertsolari voient le bertso écrit. Ce qui peut amener une certaine coupure vis-à-vis du public. Malgré tout, grâce au bertsolarisme, j’ai pu entrer en dialogue avec des gens qui s’intéressent à l’action située, ou, en d’autres termes, l’engagement dans l’action. Comment prête-t-on attention à l’environnement pour s’y ajuster, ou pas ? C’est l’un des ressorts fondamental de la communication sociale. Et il m’était plus facile d’aborder ce point avec une personne moins spontanée, comme Mihura, plutôt qu’avec Xanpun.

C’est bizarre qu’une pratique comme le bertsolarisme trouve une place dans la société actuelle…
Tout est bizarre, au Pays Basque ! Mais c’est vrai que dans les canons esthétiques, médiatiques actuels, cela serait voué à disparaître. C’est juste un moment de communion intense, de partage collectif. On se rassemble autour de la langue, puis il y a un moment de concentration intense. Le silence de treize mille spectateurs, au moment où Maialen Lujanbio improvise, c’est fabuleux ! Le déclenchement des applaudissements à la fin, comme catharsis de cette tension de l’écoute, c’est magnifique. Je me dis qu’un peuple qui est capable d’écouter d’une manière aussi intense ne peut pas disparaître.

Vous évoquez là deux moments précis sans paroles…
C’est la dramatisation de la prise de parole. Pour parler, il faut savoir se taire, et c’est ainsi que l’on construit un dialogue. On a pris l’habitude de dire que le bertsolari évoque tout haut ce que tout le monde pense tout bas… Mais tout le monde comprend, dans le silence, cette part de vécu basque qui ne peut pas toujours se dire, mais que l’on partage. La présence très intense des prisonniers politiques, par exemple. Quant aux applaudissements, ils font partie de l’improvisation. Ce n’est pas une sanction, mais plutôt une manière de dire : « nous improvisons avec toi ; si nous n’étions pas là, tu n’improviserais pas ». C’est une construction collective, ce qui fait du bertsolarisme un art éminemment social.

On commence à parler d’identité… Pourtant, c’est plutôt dur d’en parler aujourd’hui, non ?
Ah non, il n’y a que cela ! Sarkozy, Valls en parlent très bien… Apparemment, l’identité Rom ou basque ne leur posent pas problème… Eux savent ce que c’est ! 
Et nous, euskaldun, en sommes-nous capables d’en parler ?Oui, mais très mal ! L’identité est un mot-outil, et on lui fait dire ce que l’on a envie. Les Basques sont des terroristes, par exemple. On peut s’en servir pour dénaturer, ou pour justifier des actions. Nous sortons de deux siècles de construction de l’Europe des Nations, où chacune a essayé de se construire une identité en repérant des traits culturels particuliers. La France d’après-révolution, par exemple, autour de valeurs démocratiques, où, pour donner à chacun sa chance, il fallait éliminer toutes les différences. Chaque nation a aussi écrit son histoire pour justifier son identité. Et la nation basque n’a pas échappé à cela ! Il fallait un drapeau, on s’est doté d’emblèmes… pour montrer que c’était cela, l’identité basque. En même temps, on est très mal à l’aise  par rapport à la langue. Et je ne crois pas que la pelote, le bertsolarisme soient spécifiquement basques. On les retrouve ailleurs, sous des formes différentes. Par contre, il existe une manière basque de vivre les relations sociales. De faire exister la pelote ou le bertsolarisme comme un moment de rencontre social qui est propre aux gens d’ici. Je me souviens des paroles du chanoine Lafitte, lorsque je lui avais évoqué mon intérêt pour les chansons traditionnelles basques : « j’espère que vous ne vous attendez à rien d’original ! ». Il m’avait dit que la plupart des chants sont des troupes napoléoniennes qui ont laissé cela ici, et dont nous nous sommes appropriés. Il exagérait un peu, mais cela a orienté mon approche de l’identité vers un angle plus constructiviste. Au lieu de considérer que l’identité réside dans des objets, voir que la forme relationnelle à l’objet est plus importante. Le lien à l’objet, et surtout le lien entre les personnes par rapport à l’objet, fait un désir d’identification commun que l’on va appeler culture basque. L’identité basque est dans le désir partagé de faire de certaines choses des marqueurs communs.

Et la langue, dans tout cela ?
La langue est le premier des marqueurs d’une identité.

Mais pourquoi n’arrive-t-on pas à une volonté commune cohérente, par rapport à la langue ?
Déjà, c’est une langue difficile… Ou plutôt différente. Quoi qu’il en soit, il n’y a aucune valorisation sociale de l’euskara. Elle n’est jamais perçue comme un atout, que ce soit dans le monde économique, alors que cela pourrait être un plus. Dans ce registre, l’alsacien est enseigné partout, parce qu’elle permet de trouver du travail de l’autre côté de la frontière, par exemple. Puis la non-valorisation de la langue basque est l’outil par excellence des politiques français pour empêcher tout développement de cette région. Ils font semblant de dépenser beaucoup d’énergie avec toute sorte d’outils, alors que rendre la langue officielle serait le plus efficace. Le rapport à la langue est fondamental, et l’Etat l’a très bien compris. Parler basque reste un acte militant. Mais cela n’empêche pas qu’il y a un manque de confiance chez les euskaldun. Cependant, il faudra bien comprendre qu’il sera fondamental d’utiliser aussi l’euskara comme une langue de communication, pour montrer à tout le monde qu’elle existe. Un usage décomplexé, et plus pragmatique de la langue : si elle ne vit pas ici, elle ne vivra nulle part, et c’est aussi cela qui la rend spécifique. Puis on reproche aux euskaldun leur fermeture, alors que s’il y a des polyglottes ici, ce sont eux ! Il n’est pas rare de voir un euskaldun parler trois, quatre langues… Mais un cadre institutionnel reste un facteur essentiel, déterminant.

Mais que faire, en attendant ce cadre ?
Il faut bien voter…

Il faut voter abertzale ?
C’est vous qui voyez… Je me prononce en fonction de ce qui est important pour moi dans les programmes des gens. Et si j’estime que la langue est une chose importante, il me semble que je vais déjà aller vers ceux qui osent faire des tracts bilingues. Plutôt que vers ceux qui se disent être en faveur de la langue basque… mais leurs signes d’encouragement sont tellement minimes, qu’il s’agit plus d’alibis que d’autre chose. Je crois d’ailleurs que les institutions ont leur importance, sont capables de rassembler plus large. Mais en attendant, le meilleur moyen de faire pression à ce sujet, c’est de parler la langue.

Est-ce aux abertzale de représenter une communauté linguistique ?
On aimerait que cela soit autre, que l’UMP y soit très sensible. Mais il faut bien constater la réalité. Les institutions n’ont pas suivi l’évolution des mentalités. Le drame, c’est d’assimiler la revendication de la langue basque à des partis abertzale, mais il faut aussi prendre compte que ce sont les seuls qui prennent cela comme un enjeu vital.

Il reste tout de même un travail pédagogique à faire…
Oui, il faudra persuader, à défaut de convaincre, que la langue basque continue à exister est important pour l’humanité ; que cela se passe ici, et qu’ils ont la possibilité de faire quelque chose.

En quoi est-ce important pour l’humanité ?
C’est une richesse d’un monde encore divers. Je trouve important qu’il y ait encore des signes de distinction, que tout ne soit pas uniformisé, même si cela ne me gêne pas de travailler en anglais sur beaucoup de plans personnels. Mais au niveau de l’interaction, des échanges, de la vie, c’est intéressant de se confronter à une variété culturelle, donc linguistique.

Nous sommes là dans un paradigme écologique ?
Oui. Ce sont les paradigmes de l’UNESCO, ce qui a l’avantage de toucher plus de monde, de constituer des groupes de travail, et appliquer des politiques mondiales, ce qui peut inciter les institutions à évoluer. En même temps, le danger, c’est que, pour l’UNESCO, il s’agit là d’un intérêt qui relève plus d’un inventaire mondial, plutôt que de la richesse des interactions au niveau local. Par contre, on se focalise beaucoup sur la langue, mais il ne faut pas oublier une chose : la création artistique, qui est fondamentale à la culture. Je cite d’ailleurs Paul Veyne, dans mon livre : une culture est bien morte quand on la défend, au lieu de l’inventer.

A ce propos, vous avez un projet de centre de recherche…
J’ai dans l’idée d’implanter sur Bayonne un centre de recherche sur les musiques du monde. J’espère ainsi apporter plusieurs problématiques. D’abord, celle qui consiste à questionner "les musiques du monde" à partir d'un territoire (basque) où la musique tient une place très importante dans la vie sociale. Ensuite, je dois dire qu'il existe peu de centres de recherche sur ce thème dans le monde alors que c'est un problème mondial, et je dois dire aussi que les centres de recherche qui existent sont souvent désarticulés de la société, ce qui n’arrange en rien une méfiance générale vis-à-vis des institutions. J’aimerais donc connecter le projet à des outils déjà présents: recherche, enseignement, diffusion, pôle de documentation, rencontres avec les publics les plus divers, invitations de chercheurs, résidence d'artistes, organisation d'activités extra-scolaires... Enfin, il y a une problématique dont on parle peu, celle de toutes les personnes du monde universitaire ou du monde artistique, qui sont parties d’ici, qui rêvent de revenir et qui sont persuadés qu'il n'y a pas de place pour eux au Pays Basque ou qui pensent ne pas avoir l’énergie nécessaire pour créer des choses nouvelles ici. Tout ce monde meurt d’envie de revenir, mais n’en voit pas la possibilité. La semaine dernière, à Tours, j'ai rencontré une musicienne de très haut niveau qui vit et exerce à Paris, qui vient de Biarritz et ne sait pas comment offrir au Pays Basque son talent et les compétences qu'elle a acquises. Elle avait les larmes aux yeux quand j'ai évoqué avec elle ce projet d'Institut. C'est un témoignage supplémentaire: avec un projet comme ce centre de recherche, j’aimerais ouvrir une brèche qui serve à décomplexer ce monde, à ouvrir un champ des possibles pour que ce pays prenne conscience de sa richesse humaine.

Publié dans Pays Basque

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