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AU NOM DE L'EXIGENCE DE SA LIBERATION, BAGNOLET CELEBRE GEORGES ABDALLAH !

Publié le par Tourtaux

 

Au nom de l’exigence de sa libération, Bagnolet célèbre Georges Abdallah !


Conduite par Christian Champiré, une délégation d’élus de Grenay et de militants des comités nordistes de soutien à Georges Ibrahim Abdallah (avec Jean-Louis Chalanset, son avocat) s’est rendue à Bagnolet, 3e commune de France, après Calonne-Ricouart et Grenay à élever le partisan communiste libanais au rang de citoyen d’honneur

 

Des élus de Grenay et des militants de collectifs nordistes de soutien à Georges Ibrahim Abdallah avaient fait le déplacement de Bagnolet, 3e commune de France, après Calonne- Ricouart et Grenay à élever ce militant anti-impérialiste au rang de « citoyen d’honneur »

L’un préside aux destinées de la ville de Bagnolet, dans la banlieue parisienne. L’autre assume la direction de la commune minière de Grenay dans le Pas-de-Calais. Tous deux ont fait de Georges Ibrahim Abdallah « citoyen d’honneur » de leur commune. A l’invitation du Groupe des Associations de Bagnolet (GAB) et en dépit d’une ultime tentative du PS local d’empêcher le meeting, les maires communistes Marc Everbecq et Christian Champiré étaient réunis, ce jeudi 16 janvier 2014 pour exiger la libération du communiste libanais Georges Ibrahim Abdallah. Ce dernier a entamé, l’automne dernier, sa 30e année de détention à Lannemezan dans les Pyrénées (1). Les parlementaires conservateurs américains, les haineux sionistes du Conseil représentatif des Institutions juives de France (CRIF), les partisans de l’Algérie française, les fascistes de l’hebdomadaire Minute le qualifient de « terroriste » pour avoir combattu, , au nom de la libération de la Palestine et du respect de l’intégrité territoriale du Liban, le colonialisme israélien ou l’impérialisme occidental en Orient.

Un partisan communiste

Alors terroriste Abdallah ? Ou plus sûrement résistant ? Marc Everbecq le compare volontiers « au colonel Fabien qui a combattu les nazis, un pistolet à la main » à l’heure où Christian Champiré l’assimile « aux mineurs grévistes de 1948 opposés à l’impérialisme américain ou encore aux mineurs du Nord qui se sont, en mai-juin 1941, élevés en masse contre l’occupant ». Unanimes, ils saluent le parcours d’un homme qui n’a jamais « renié son engagement au sein de la Fraction armée révolutionnaire libanaise », souligne Christian Champiré « fier » que sa commune soutienne un « tel terroriste » (2). « C’est l’oppresseur qui décide du choix du combat de l’opprimé », insiste Marc Everbecq heureux que Bagnolet, déjà jumelé avec le camp palestinien de Chatila, ait ainsi salué le parcours de ce « militant de la cause anti-impérialiste. C’est notre honneur que d’exiger sa libération. Nous ne sommes pas les esclaves des Américains ».

« Ca suffit maintenant ! »

Si effectivement, ce sont les Etats-Unis d’Amérique qui font pression sur le gouvernement français pour empêcher l’élargissement de Georges Ibrahim Abdallah, c’est bien « l’Etat français aux mains du Parti socialiste, qui le maintient en détention », proclame Stéphane Hardy qui dit sa colère contre ce Parti social-sion-iste (P « SS ») au pouvoir (3). Ou quand Manuel Valls emboîte le pas de Jules Moch, le très sioniste ministre de l’Intérieur assassin de mineurs en 1948 ! Stéphane Hardy témoigne au nom des collectifs nordistes de soutien à Georges Ibrahim Abdallah (4). Se félicitant de la prise de position « sans équivoque des maires communistes de Bagnolet, Grenay et Calonne-Ricouart », il invite « à briser le mur du silence et la censure médiatique autour de sa situation et à mettre la pression sur le PS à l’occasion des Municipales. Ca suffit maintenant ! La libération de notre camarade doit être la priorité des priorités de notre action militante ». Lors de son intervention Stéphane Hardy a aussi rappelé l’importance de la « solidarité visible » envers tous les prisonniers politiques anti-impérialistes  et dénoncé l’État espagnol qui poursuit dans le cadre d’ une répression et d’une « justice » d’exception à l’encontre des militants basques, et tout particulièrement des 527  prisonniers politiques emprisonnés en France et en Espagne. Il a aussi dénoncé le gouvernement français, et le président Hollande pour leur «  soutien intolérable à « l’Etat » israélien ». L’occasion pour l’ensemble des intervenants d’exprimer leur soutien total à la lutte du peuple palestinien.



Un héros arabe

Abdallah ? Un homme de « courage, de conviction et digne », selon Youssef Brakni du GAB qui en appelle à populariser le combat « de ce héros arabe auprès des jeunes de nos quartiers souvent ignorants de cette injustice ». Dans un courrier adressé aux organisateurs de cette cérémonie, Georges Ibrahim Abdallah rappelle que « savoir ses camarades et ses amis rassemblés autour d’une initiative solidaire est en soi un moment d’une particulière intensité, ici derrière ces abominables murs ». Evoquant la crise mondiale du capitalisme qui jette dans la misère des millions d’hommes et de femmes, le plus ancien prisonnier politique d’Europe rappelle que « c’est justement en assumant la solidarité sur le terrain de la lutte anticapitaliste/anti-impérialiste que l’on apporte le soutien le plus efficace aux prisonniers révolutionnaires. Le capitalisme n’est plus que barbarie, honneur à tous ceux et celles qui s’y opposent dans la diversité de leurs expressions ! » (5).



(1) Maire PCF de Calonne-Ricouart et conseiller général du Pas-de-Calais, André Delcourt était excusé.

(2) Outre Christian Champiré, Anouk Breton et Patrick Mania, adjoints, étaient présents à Bagnolet.

(3) En contradiction avec le positionnement national de leur organisation, des parlementaires PS du Pas-de- Calais, à l’instar du député Serge Janquin, se sont engagés en faveur de Georges Ibrahim Abdallah.

(4) Il s’agit du comité « Libérez-les ! » (59 – 62), du Collectif « Bassin minier » et de Solidarité Georges Lille.

(5) Déclaration complète disponible sur le site du Collectif pour la Libération de Georges Ibrahim Abdallah : http://liberonsgeorges.over-blog.com/.

Transmis par Jacques Kmieciak

  

 Succès du meeting à Bagnolet pour Georges Abdallah.

Bagnolet 160114

 

Le meeting de soutien à la libération de Georges Ibrahim Abdallah s'est tenu dans la salle du conseil municipal de la Mairie de Bagnolet, là-même où notre camarade a été déclaré citoyen d'honneur de la ville le 11 décembre 2013.

La salle du Cin'Hoche où le meeting devait avoir lieu initialement, a été refusée au dernier moment sur pression du Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA). 

Rappelons que déjà en décembre 2012, le même BNVCA avait demandé au ministre de l'intérieur et au préfet de Toulouse d'interdire le meeting "Palestine vaincra" organisé par nos camarades anti-impérialistes de Coup Pour Coup à l'université du Mirail. Ils avaient même réclamé la dissolution de Coup Pour Coup au motif que ce mouvement soutenait le terrorisme sur son site par la demande, entre autres, de la libération de Georges Ibrahim Abdallah...

L'université toulousaine, tout comme les gestionnaires du Cin'Hoche, a cédé sous les pressions, mais le meeting se déroula avec succès dans une autre salle. Lire et relire la déclaration de Coup Pour Coup

 "Et parce que l’avenir appartient à ceux qui résistent : Palestine vaincra ! "  était la conclusion de leur intervention.

Le résistant arabe libanais, Georges Ibrahim Abdallah, a été honoré ce soir-là du 16 janvier 2014 à Bagnolet, à travers les nombreuses interventions de qualité des participants de la tribune et les nombreux témoignages de solidarité des divers comités de soutien présents, qui ont réaffirmé leur détermination militante à continuer le combat pour le faire sortir de prison.

✭ Reportage de la chaîne espagnole HispanTV.

Lire le communiqué de presse du Groupe des Assossiations de Bagnolet (GAB), organisateur du meeting.

Témoignages de solidarité lus par Marc Everbecq, maire de Bagnolet au cours de la soirée :

- Famille et amis de Georges Abdallah au Liban. Lire ici.

- Union des jeunes démocrate libanais (UJDL). Lire ici.

- Collectif palois pour la libération de Georges Abdallah. Lire ici.

2014 : trentième année de détention dans les prisons françaises. Georges Ibrahim Abdallah est un prisonnier politique séquestré par un gouvernement qui refuse de le libérer malgré un avis favorable du tribunal d'application des peines en décembre 2012. 

 Rien ne parviendra à entraver le mouvement de solidarité avec Georges Ibrahim Abdallah.

Les diverses pressions sionistes et la soumission de leurs affidés n'affaibliront pas l'exigence de sa libération et notre détermination à le faire libérer.

 

 

Déclaration de Georges Abdallah - Bagnolet - 16 janvier 2014 -

      Bagnolet 160114 

 PDF 

 

Cher«e»s camarades, cher«e»s ami«e»s,

 

D’une manière générale, savoir ses camarades et ses amis rassemblés autour d’une initiative solidaire est en soi un moment d’une particulière intensité, ici derrière ces abominables murs. Certainement c’est encore plus vrai quand on est déjà dans sa trentième année de captivité. Votre initiative solidaire ce soir Camarades, me remplit de force, me réchauffe le cœur et surtout me comble d’honneur.

Tout au long de ces années passées, la mobilisation des uns et des autres et les multiples initiatives que vous avez su développer, non seulement ont participé efficacement à démasquer l’acharnement judiciaire dont font l’objet les prisonniers politiques, mais aussi et surtout, ont fortifié et conforté toujours plus la détermination et la résolution de ces derniers… 

Certainement camarades, nul besoin de s’attarder longtemps sur les diverses arguties judiciaires pour expliquer le refus de libérer tel ou tel prisonnier ; c’est toujours au niveau des instances politiques que l’on décide de la place et du poids du rituel judiciaire dans telle ou telle affaire, du moment où il est question des soi-disant intérêts supérieurs, à lire intérêts du capital ; et tout particulièrement dans les espaces agités, à savoir les espaces où la crise du système a atteint une telle acuité qui laisse entrevoir certaines perspectives anticapitalistes anti-impérialistes. Or il se trouve camarades, que de nos jours la crise est déjà là au niveau planétaire,  aussi bien dans les centres du système que dans ses périphéries. Et certainement nous n’avons pas besoin de leurs experts pour constater les contours de cette crise, crise majeure qui secoue les piliers du système et ne cesse de s’aggraver, jetant dans la misère des millions d’hommes et de femmes, des jeunes et de moins jeunes.  

D’un pays à l’autre, les mesures préconisées au service du capital sont presque toujours identiques : faire supporter aux masses populaires les frais d’entretien de leur système d’exploitation moribond. Force est de constater camarades, que ces mesures mêmes ne font qu’amplifier l’étendue des sinistres et accentuer encore plus la dynamique de la crise.

Les masses populaires de par le monde ne pouvant plus rester indifférentes, comme par enchantement, partout ou presque, sortent de leur torpeur. Et par vagues de dizaines de milliers voire des centaines de milliers elles descendent dans la rue et investissent les places publiques… et du coup une nouvelle époque commence à se former et se structurer devant nos yeux et tant d’espoirs commencent à se profiler à l’horizon.

Tout naturellement, les propagandistes du système nous cassent les oreilles à longueur de journées avec leur « plus rien ne peut changer fondamentalement et encore moins collectivement » « il faut s’adapter aux exigences du marché… » et bien entendu en  saluant au passage à l’unisson les expéditions militaires néocolonialistes ici et là, et en expliquant sur tous les tons la pertinence de ces manœuvres et de ces alliances avec les régimes les plus obscurantistes et les plus réactionnaires, tout particulièrement dans notre région…

Certainement Camarades, on a du mal à trouver un exemple plus frappant de la putréfaction de toute cette criminelle bourgeoisie impérialiste que celui de son soutien à la réaction en Arabie Saoudite et aux autres pays du Golfe « pour les buts égoïstes des brasseurs d'affaires de la finance et des escrocs capitalistes ». Juste au moment où cette même bourgeoisie cherche par tous les moyens à diviser les masses populaires ici dans ce pays en surfant sur les peurs des uns pour les opposer autres, tantôt en instrumentalisant des acquis historiques pour stigmatiser telle ou telle communauté, tantôt en sollicitant les bas instincts à travers un discours fascisant et raciste dit décomplexé… 

C’est justement pourquoi Camarades, c’est en assumant la solidarité sur ce terrain, le terrain de la lutte anticapitaliste/anti-impérialiste que l’on apporte le soutien le plus efficace aux prisonniers révolutionnaires.

Le capitalisme n’est plus que barbarie, honneur à tous ceux et celles qui s’y opposent dans la diversité de leurs expressions !

À bas l’impérialisme et ses chiens de garde sionistes et autres réactionnaires arabes ! Honneur aux Martyrs et aux masses populaires en lutte ! La solidarité, toute la solidarité avec la lutte du peuple palestinien et ses Résistants incarcérés ! Ensemble camarades et ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons ! 

À vous tous Camarades, mes plus chaleureuses salutations Rouges.

 

Georges Ibrahim Abdallah

16 janvier 2014

  

  

  

  

Publié dans LIBAN

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GEORG LUKACS : " LENINE, THORICIEN DE LA PRATIQUE "

Publié le par Tourtaux

lenin21 janvier 1924/2014 : « Lénine, théoricien de la pratique » par Georg Lukacs



Extrait de la post-face de Georg Lukacs de 1967 à son ouvrage de 1924: « Lénine, une étude de l'unité de sa pensée ».



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Dans la chaîne des révolutions démocratiques des temps modernes deux types de leaders, aux antipodes l'un de l'autre, firent leur apparition, incarnés par des hommes tels que Danton et Robespierre, à la fois dans la réalité et dans la grande littérature (on peut penser à Georg Buchner).



Même les grands orateurs des révolutions ouvrières, par exemple Lassalle et Trotsky, dénotent certains traits Dantonistes.



Lénine est le premier représentant d'un type entièrement neuf, d'un tertium datur, opposé à ces deux extrêmes. Jusque dans ses instincts spontanés, Lénine garde cette fidélité aux principes des grands ascètes révolutionnaires – bien qu'il n'y ait pas une once d'ascétisme dans la personnalité de Lénine.



Il était débordant de vie, avec un cetain sens de l'humour, il pouvait jouir de tout ce que la vie avait lui à offrir, de la chasse à la pêche en passant par une partie d'échecs ou encore la lecture de Pouchkine et Tolstoi; et il pouvait se dévouer et s'identifier à des hommes concrets.



Sa fidélité aux principes s'est mue en une dureté implacable pendant la guerre civile, mais sans haine. Il luttait contre des institutions et naturellement les hommes qui les représentaient, si nécessaire jusqu'à leur annihilation.



Mais il l'a toujours considéré comme une nécessité objective, inéluctable humainement regrettable mais à la quelle on ne pouvait pas échapper dans la lutte concrète. Gorki se rappelait de ses mots symptomatiques de Lénine, après avoir écouté la sonate Appassionata de Beethoven:



« L'Appassionata est la plus belle chose que je connaisse, je pourrais l'écouter tous les jours. C'est une musique divine, magnifique. Je pense toujours avec fierté, peut-être est-ce naif de ma part, Regarde ce que les êtres humains peuvent faire ».



Il fait ensuite un clin d'oeil, sourit et ajoute avec regret : « Mais je ne peux pas écouter de la musique, cela me tape tellement sur les nerfs que je pourrais dire des bêtises, susurrer des mots doux à l'oreille de ceux capables de produire de telles choses sublimes dans l'enfer abominable dans lequel ils vivent. Cependant, aujourd'hui plus question de susurrer des mots doux – on vous mordrait la main. Nous devons frapper les gens sans pitié sur la tête bien que théoriquement nous soyons contre tout type de violence entre les hommes. Oh, nôtre tâche est diablement difficile ! »



Il est clair que même une telle démonstration spontanée d'émotions n'est pas une révolte des instincts contre sa « façon de vivre », mais qu'il est ici aussi strictement fidèle aux impératifs de sa conception du monde.



Des décennies avant cet épisode, le jeune Lénine polémiquait contre les Naordniks et leurs critiques marxistes légaux.



En analysant ces derniers, il soulignait que l'objectivisme de leur démonstration de la nécessité d'une série donnée de faits, et combien il était facile de tomber dans la « position d'un apologiste de ces faits ».



Pour lui, la seule solution c'était la plus grande cohérence du Marxisme sans sa capacité à saisir la réalité objective, à dévoiler les véritables racines sociales de ces faits eux-mêmes.



La supériorité du Marxiste sur le simple objectiviste résiste dans sa cohérence ; il applique son objectivisme plus profondément et plus rigoureusement.



Seule cet objectivité supérieure peut être la source de ce que Lénine appelait l'engagement, « s'engager, quand on analyse un événement, c'est adopter directement et ouvertement la position d'une classe sociale particulière. »



L'attitude subjective découle toujours d'une réalité objective et y revient.



Cela peut produire des conflits si les contradictions de la réalité atteignent un point d'opposition mutuellement exclusive, et chaque homme engagé doit traiter lui-même ce type de conflits.



Mais il y a une différence fondamentale entre le conflit de convictions et de sentiments ancrés dans la réalité – dans les rapports d'un individu – et l'homme en conflit qui ressent sa propre existence en tant qu'être humain comme mise en danger. Ce dernier cas n'est jamais vrai pour Lénine.



Le plus grand hommage que rend Hamlet à Horace est le suivant : « Bienheureux ceux chez qui le tempérament et le jugement sont si bien d'accord ! / Ils ne sont pas sous les doigts de la fortune une flûte qui sonne par le trou qu'elle veut ».



Le tempérament et le jugement : leur opposition comme comme leur unité ne découlent que de la sphère biologique comme base générale et immédiate de l'existence humaine. Concrètement, les deux expriment l'harmonie ou la dissonance d'un être humain social avec un certain moment historique, en théorie et en pratique.



Tempérament et jugement se mariaient bien en Lénine car il orientait sa connaissance de la société à tout moment vers l'action qui était socialement nécessaire à ce moment-là, et car sa pratique suivait toujours nécessairement la somme et le système des idées vraies accumulées jusqu'alors.



Il n'y avait donc chez Lénine pas la moindre trace de ce qui aurait pu apparaître comme de l'auto-satisfaction. Le succès ne l'a jamais rendu vaniteux, tout comme l'échec ne l'a jamais déprimé. Il insistait sur le fait qu'il n'y avait aucune situation à laquelle un homme ne pouvait apporter une réponse pratique.



Il était un de ces grands hommes qui – précisément dans la pratique de leur vie – avaient réalisé beaucoup de choses, y compris les plus essentielles. Néanmoins – ou peut-être par conséquent – presque personne n'a jamais écrit aussi durement, avec aussi peu de pathos sur ses propres échecs, réels ou potentiels :



« L'homme intelligent n'est pas celui qui ne fait pas d'erreurs. Ces hommes n'existent pas, ils ne pourraient pas exister. L'homme intelligent est celui qui ne fait pas d'erreurs fondamentales et qui sait comment les corriger rapidement et sans conséquences ».



Ce commentaire si prosaïque sur l'art de l'action exprime plus clairement le fond de son attitude que toute profession de foi grandiloquente.



Sa vie fut perpétuellement dans l'action, la lutte ininterrompue dans un monde où il était profondément convaincu qu'il n'y avait pas de situation sans une solution, pour lui ou ses opposants. Le leitmotiv de sa vie était, logiquement, toujours être prêt pour l'action – l'action juste.



La sobre simplicité de Lénine eut donc un effet énorme sur les masses. Encore en opposition avec le premier type de grand révolutionnaire, il était un tribun du peuple sans égal, sans la moindre trace de rhétorique (pensons à ce sujet à des Lassalle et Trotsky).



Tant dans sa vie privée comme publique il avait une aversion profonde pour les beaux parleurs, pour tout ce qui était grandiloquent et exagéré. Il est encore significatif qu'il ait donné à ce mépris politique et humain de tout ce qui était « exagéré » une base philosophique objective :



« Toute la vérité, si elle est exagérée, ou si elle s'étend au-delà des limites de sa réalisation concrète peut devenir une absurdité, et elle tendra dans de telles conditions à devenir une absurdité ».



Cela signifie que, pour Lénine, même les catégories philosophiques les plus générales n'étaient jamais une généralité contemplative abstraite, elles étaient constamment tournées vers la pratique, comme les moyens de la préparation théorique pour la pratique.



Dans le débat sur les syndicats, il s'opposa à la position équivoque, éclectique et de conciliation de Boukharine en s'appuyant sur la catégorie de totalité. La façon dont Lénine appliquait une catégorie philosophique est symptomatique :



« Si nous devons avoir une véritable connaissance d'un objet, nous devons le regarder et mettre à l'épreuve toutes ses facettes, ses connections et ses 'médiations'. C'est quelque chose que l'on ne peut réaliser intégralement, mais la règle de la totalité nous préserve de bien des erreurs et rigidités ».



Il est instructif de voir comment une catégorie philosophique abstraite, renforcée par des réserves épistémologiques quant à son application, sert directement comme un impératif pour une pratique juste.



Cette attitude chez Lénine, on peut la voir encore plus clairement exprimée dans le débat sur la paix de Brest-Litovsk.



C'est devenu un lieu commun historique que de dire qu'en termes de Realpolitik, Lénine avait raison contre les communistes gauchistes qui, sur des bases internationalistes, défendaient le soutien à la révolution allemande qui s'annonçait par une guerre révolutionnaire, risquant l'existence même de la République soviétique russe.



Mais la pratique correcte de Lénine reposa sur une analyse théorique profonde de la particularité du développement de la révolution dans son ensemble.



La priorité à la révolution mondiale sur un seul événement mondial, disait-il, était une vérité authentique (donc pratique), « si on n'ignorait pas le chemin difficile et long vers la victoire totale du socialisme ».



Mais, par rapport à la particularité théorique de cette situation concrète, il ajoutait : « Toute vérité abstraite devient un mot creux si elle est appliquée à chaque situation concrète ».



La différence entre la vérité et la phraséologie révolutionnaire comme base de la pratique est, donc, que tandis que la première découle de l'état exact de la lutte révolutionnaire nécessaire et possible à ce moment précis, le dernier non.



Les sentiments les plus nobles, et l’engagement le plus désintéressé, ne deviennent que paroles creuses si l'essence théorique de la situation (sa particularité) ne permettent aucune pratique révolutionnaire authentique.



Une telle pratique n'est pas nécessairement un succès. Lors de la révolution de 1905, Lénine s'opposa vigoureusement au jugement de Plekhanov sur la défaite du soulèvement armé à Moscou, pour lui, il « n'aurait pas fallu prendre les armes ». Pour Lénine, cette défaite a fait avancer le processus révolutionnaire dans son ensemble.



Toute analogie, toute confusion de l'abstrait avec le concret, de l'universel avec le réel, conduit immédiatement à des mots creux ; par exemple la comparaison entre la France de 1792-93 et la Russie en 1918, souvent employée dans le débat sur Brest-Litovsk.



De la même façon, quand les communistes allemands dressèrent des thèses très intelligentes, auto-critiques après le putsch de Kapp en 1920, comme principes directeurs si jamais un tel putsch devait se reproduire, Lénine leur aurait dit : Comment savez-vous que la réaction allemande refera un tel coup ?



De telles réponses portent avec elles l'auto-éducation permanente de Lénine. En 1914, après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, à la suite de démêlés avec la police, il se réfugia en Suisse.



Une fois arrivé, il décida que la première tâche à faire était de profiter pleinement de ses « vacances » en étudiant la Logiquede Hegel.



De la même façon, quand il vivait clandestinement dans la maison d'un ouvrier après les événements de Juillet 1917, il remarqua comment ce dernier louait le pain du midi : « Alors, ils n'osent même plus nous donner du pain de mauvaise qualité, maintenant ! ».



Lénine fut frappé et enchanté par cette « analyse de classe des journées de Juillet ». Il réfléchit sur ses propres analyses complexes de cet événements et les tâches qui en découlaient : « Le pain, moi qui n'ai pas connu le besoin, je n'y avais pas pensé (…) l’esprit approche le fondement de tout chose, la lutte de classe pour le pain, par une analyse politique qui passe par des chemins extrêmement complexes et tortueux. »



Pendant toute sa vie, Lénine était toujours en train d'apprendre ; que ce soit de la Logique de Hegel ou de l'opinion d'un travailleur sur le pain.



L'auto-éducation permanente, l'ouverture constante à de nouvelles leçons de l'expérience, est une des dimensions essentielles de la priorité absolue de la pratique dans la vie de Lénine. Cela – et surtout la forme de son auto-éducation – créa un fossé insurmontable entre lui et tous les empiristes ou politiciens au pouvoir.



Il ne rappelait pas seulement l'importance de la catégorie de la totalité, comme base et mesure de la politique sur le plan polémique et pédagogique. Les exigences qu'il s'imposait étaient bien plus dures que celles qu'il imposait à ses plus estimés collaborateurs.



Universalité, totalité et la singularité du concret étaient les traits décisifs de la réalité dans laquelle l'action devait être entreprise ; dans quelle mesure elles devaient être comprises est donc la mesure de la véritable efficacité de toute pratique.



Bien sûr, l'histoire fait naître des situations qui contredisent les théories connues. Il y a même des situations où il est impossible d'agir selon des principes vrais et reconnus comme vrais.



Par exemple, avant Octobre 1917, Lénine avait prédit avec justesse que dans une Russie économiquement arriérée, une forme de transition, ce qui allait plus tard la NEP, serait indispensable.



Mais la guerre civile et l'intervention étrangère imposèrent à l’État soviétique ce qu'on appela le communisme de guerre.



Lénine céda à cette nécessité factuelle mais sans abandonner sa conviction théorique. Il conduisit aussi efficacement que possible ce qui était imposé par le communisme de guerre, sans – contrairement à la majorité de ses contemporains – à aucun moment considérer que le communisme de guerre était la forme authentique de transition vers le socialisme.



Il était absolument déterminé à revenir à la ligne théoriquement juste de la NEP dès que la guerre civile et l'intervention étrangère arrivèrent à leur terme. Dans les deux cas, il ne fut jamais ni un empiriste ni un dogmatique, mais un théoricien de la pratique, un praticien de la théorie.



Tout comme « Que faire ? » est un titre symbolique de l'ensemble de sa production écrite, la base théorique de son ouvrage est une thèse préliminaire de l'ensemble de sa conception du monde (Weltanschauung).



Il affirmait que la lutte de classe spontanée incarnée dans les grèves, même si elles sont bien organisées, ne produisent que les germes de la conscience de classe au sein du prolétariat.



Il manque encore aux travailleurs « la conscience de l'opposition irréductible de leurs intérêts avec ceux du système social et politique actuel dans son ensemble ». Encore une fois, c'est la totalité qui détermine la bonne voie à la conscience de classe tendant vers la pratique révolutionnaire.



Sans une orientation vers la totalité, il ne peut y avoir de pratique historiquement vraie. Mais la connaissance de la totalité n'est jamais spontanée, elle doit toujours être introduite « de l'extérieur », c'est-à-dire théoriquement.



La prédominance de la pratique ne peut donc être réalisée que sur la base d'une théorie qui doit viser à la totalité. Mais, comme Lénine le savait bien, la totalité de l'étant tel qu'il se déploie objectivement est infini, et elle ne peut donc jamais être adéquatement saisie.



Un cercle vicieux semble se mettre en place entre l'infinité du savoir et les impératifs toujours actuels d'une action concrète, immédiate. Mais cette insolubilité théorico-abstraite peut – comme le nœud gordien – être tranchée par la pratique.



La seule épée valable, c'est l'attitude humaine pour laquelle nous devons encore faire référence à Shakespeare : « The readiness is all », le tout c'est d'être prêt.



Un des traits les plus caractéristiques et les plus créatifs de Lénine est qu'il n'a jamais cessé d'apprendre théoriquement de la réalité, tout en restant toujours prêt pour l'action.



Cela détermine un des attributs les plus frappants et les plus paradoxaux en apparence de son style théorique : il ne voyait jamais les leçons tirées de la réalité comme achevées, mais ce qu'il en avait appris était organisé et dirigé en lui vers l'action possible à chaque moment donné.



J'eus la chance d'être témoin de l'attitude de Lénine lors de ces innombrables moments. C'était en 1921. Il y avait une session du comité tchécoslovaque du III ème Congrès du Komintern.



Les questions étaient extrêmement complexes, les opinions inconciliables. Soudainement, Lénine fit son apparition. Tout le monde lui demanda son opinion sur les problèmes tchèques.



Il refusa de répondre. Il disait qu'il avait essayé d'étudier les dossiers mais que des affaires politiques urgentes avaient fait irruption et qu'il avait juste jeté un coup d'oeil à deux journaux qu'il avait emporté avec lui dans sa veste.



C'est seulement après avoir été interrogé à plusieurs reprises qu'il accepta de donner ses impressions sur les deux journaux. Il les tira de sa poche et livra une analyse non-méthodique, improvisée en commençant par l'article principal et en finissant par les nouvelles du jour.



Cette analyse impromptue fut l'analyse la plus profonde de la situation en Tchécoslovaquie et des tâches du Parti communiste.



Évidemment, homme caractérisé par sa préparation à l'action et sa cohérence, dans la relation réciproque entre théorie et pratique, Lénine choisit toujours de donner la priorité à la pratique. Il le fit de façon frappante à la fin de son principal ouvrage théorique, Etat et Révolution.



Il l'écrivit dans la clandestinité après les journées de Juillet, et il ne put jamais finir le dernier chapitre sur les expériences des Révolutions de 1905 et 1917. Le cours de la Révolution ne lui permit pas.



Dans un post-scriptum, il écrivait : « Il est plus plaisant et utile de vivre l'expérience de la révolution que d'écrire sur elle ». Il dit cela avec une profonde sincérité. Nous savons qu'il a toujours voulu pallier à ce qu'il n'avait pu faire. Ce n'est pas lui mais le cours des événements qui le rendit impossible.



Il y eut un changement important dans les attitudes humaines ces derniers siècles : l'idéal du « sage » stoico-épicurien a eu une très forte influence sur nos opinions éthiques, politiques et sociales, bien au-delà des limites de la philosophie académique.



Mais cette influence fut tout aussi une transformation interne : l'élément pratique-actif dans ce prototype se renforça par rapport à l'époque classique. La préparation permanente à l'action de Lénine est le dernier, et jusqu'à présent le plus grand et le plus important, stade de ce développement.



Le fait qu'aujourd'hui la manipulation absorbe la pratique et que la « fin des idéologies » absorbe la théorie, cet idéal ne pèse pas lourd aux yeux des « experts », ceci n'est qu'un épisode, allant contre la marche de l'histoire mondiale.



Par-delà le sens de ses actions et écrits, la figure de Lénine comme incarnation de la préparation permanente à l'action représente une valeur ineffaçable : une nouvelle forme d'attitude exemplaire face à la réalité.

 


Mardi 21 janvier 2014

Publié dans Lutte des classes

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LE GRAND LENINE (22-04-1870 / 21-O1-1924)

Publié le par Tourtaux

Publié dans Lutte des classes

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QUAND LA CGT A LAQUELLE JE MILITE DEPUIS UN 1/2 SIECLE, DENONCAIT L'UNION EUROPEENNE DU CAPITAL ET LES ILLUSIONS DE L'EUROPE SOCIALE, C'ETAIT EN 1989

Publié le par Tourtaux

krasucki.jpgQuand la CGT dénonçait l'Union européenne du Capital et les illusions de l'Europe sociale, c'était en 1989

 

Dette-prétexte, austérité en faveur du patronat, fiscalité à deux vitesses, casse de l'appareil productif, compétitivité pour légitimer la casse des acquis sociaux, l'Europe comme prétexte et instrument de cette œuvre de démolition : on croirait ce discours sorti d'un dirigeant syndical ou politique en 2014, pourtant c'était Henri Krasucki, c'était en 1989 !

 

C'est dire la pertinence de la grille d'analyse marxiste. C'est dire aussi le chemin parcouru par nos organisations de classe, CGT et PCF, depuis l'époque où ils combattaient l'Europe du capital, dénonçaient les illusions de l'Europe sociale.

 

En 1995, la CGT quittait l'internationaliste FSM pour rejoindre l'européiste CES en 2000.

 

En 2005, Bernard Thibault suivait Lord John Monks, secrétaire de la CES, et appelait à voter « Oui » à la Constitution européenne. En 2011, il signait un texte avec plusieurs syndicalistes européens pour appeler l'Union européenne à renouer avec l'esprit du « Traité de Rome » et du « Traité de Maastricht » !

 

Ici, nous vous proposons un extrait du rapport d'Henri Krasucki, alors secrétaire de la GGT, au 43 ème Congrès de la CGT.

 

Il choisit, en plein débat sur le Traité de Maastricht de commencer son rapport par une dénonciation claire et nette de l'Europe du capital, dénonciation des illusions de l'Europe sociale maintenue par certains à gauche, et certains syndicats.

 

Une vision prophétique de la France que nous connaissons aujourd'hui. A l'époque, la presse bourgeoisie titrait : « la CGT en guerre contre l'Europe ». Hélas, cela ne risque pas d'arriver aujourd'hui !

 

Introduction et retranscription AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

En vidéo, un extrait de la conférence de presse de Krasucki : http://www.ina.fr/video/CAB88033600

 

 

La France et l'Europe qu'ils veulent

 

Où en sommes-nous en France ?

 

Dans la mise en œuvre de sa stratégie, la grande bourgeoisie française ne cesse d'aller plus loin dans tous les domaines du recul social et national déjà mis en évidence par notre précédent congrès.

 

Si elle procède à des adaptations, qui tiennent compte de l'évolution de la crise, ses objectifs demeurent fondamentalement les mêmes. Une seule chose progresse, et de quelle façon, ce sont les profits. Mais c'est bien le but recherché.

 

C'est un fait universellement reconnu, mis en lumière par un récent article de la Vie Française qui accumule les superlatifs : « explosion des profits », « fantastiques profits », « véritable feu d'artifice », « 1988, année de tous les profits ».

 

Pendant ce temps, les travailleurs et la France subissent de plein fouet les conséquences des choix imposés par le grand capital et les gouvernements successifs. Pour les salariés, pour la masse des gens, c'est l'austérité atteignant pour certains l'intolérable.

 

Pour le pays, c'est le déclin, terme que constatent avec aigreur les plus hautes autorités de l’État mais que confirment les réalités profondes.

 

Qu'est aujourd'hui la France, parmi les puissances industrielles et mondiales au regard de ce qu'elle était il y a seulement 8, 10 ou 15 ans ?

 

Oui c'est bien l'austérité et le déclin, contreparties des choix opérés en faveur du profit et des facilités accordées au capital. Oui, il en résulte tout un ensemble d'agressions sociales dont le projet de document d'orientation donne un large aperçu.

 

On nous oppose ce que les uns appellent « embellie » et le Premier ministre « convalescence ». Il est vrai qu'on peut faire état d'un peu de croissance et d'un peu d'investissement d'ailleurs très sélectif et très orienté. Mais à quel prix !

 

Ces résultats trompeurs et qui risquent d'être fort éphémères ont été acquis contre l'emploi, contre le pouvoir d'achat, ils sont le fruit du recul social.

 

Durant ces années, cette politique a été menée sous des habillages successifs : assainissement, modernisation, puis, adaptation aux contraintes extérieures.

 

L'Europe et la France du recul social

 

Aujourd'hui, c'est au nom de l'Europe que patronat et gouvernement la poursuivent. Mais cette fois il s'agit plus seulement d'un prétexte.

 

C'est un objectif concret, qui se met pratiquement en place, et interfère de plus en plus sur la réalité économique et sociale de notre pays.

 

Comment dissocier, par exemple, ce qui se fait au niveau de la fiscalité contre les petits gens et les salariés au bénéfice du capital français, de l' « harmonisation fiscale » projetée au niveau européen ?

 

En diminuant de moitié l'impôt des plus riches, en majorant de 5 000 F par an en moyenne la contribution d'un couple salarié, en assujettissant à l'impôt 3 millions de Français aujourd'hui exonérés, c'est bien aux exigences de la grande bourgeoisie français que répondent celles de la construction européenne.

 

L'Europe de la jungle

 

C'est donc bien de la place de la France dans l'Europe que le grand capital veut nous faire, et que mettent en place les gouvernements successifs, qu'il est question aujourd'hui.

 

Il y a bien du monde pour présenter l'Europe comme un projet généreux, en agitant des idées qui ne nous sont en rien indifférentes, comme « progrès », « amitié entre les peuples », « solidarité internationale ». Mais ce qu'ils font, c'est tout autre chose !

 

Ce qu'ils veulent créer en vérité, c'est une zone de douze pays, délimitant un véritable terrain de chasse pour grands fauves. Ils pourront s'y affronter avec une férocité dont la valse des OPA nous donne quelque idée.

 

Dans cette lutte sans merci, des entreprises, des villes, des régions, peut-être des pays seront sacrifiés. Mais au-delà des contradictions, des rivalités, des affrontements entre capitalistes, dans cette jungle où régnera la loi du plus fort, le gibier ce sera avant tout les salariés.

 

Nous ne sommes plus seuls à dire qu'impératifs économiques, compétitivité sont autant de prétextes pour de bons apôtres qui ne pensent qu'à liquider au nom de l'Europe des conquêtes sociales qu'ils n'ont jamais digérées.

 

Il s'agit bel et bien d'éliminer tout ce qui peut entraver la course à des profits toujours plus grands, dont les capitalistes ne sont jamais rassasiés.

 

L'Europe du fric

 

Cette Europe, c'est celle du fric, où les multi-nationales régneraient en maîtres. C'est aussi celle où dominerait la RFA, tandis que les USA et le Japon auront les moyens d'y faire prévaloir leur puissance industrielle et financière.

 

Le Premier ministre de la France Michel Rocard affirme crûment cette réalité lorsqu'il déclare au grand journal ouest-allemand Spiegel : « Construire l'Europe c'est également reconnaître que l'Allemagne est la puissance économique dominante ».

 

Pour être carré, le propos n'en est pas moins scandaleux. C'est admettre que la France de cette Europe-là serait un pays économiquement dominé, amputant gravement de surcroît, sa souveraineté nationale sur l'autel des institutions européennes.

 

Et dans une optique semblable, quelle industrie pour notre pays ? Quels services publics ? Quelle recherche ? Quelle culture ?

 

Une industrie mutilée, repliée sur quelques créneaux, vassale des multi-nationales, avec comme conséquence un reflux massif des emplois industriels, une pénétration sans cesse accrue de notre marché intérieur.

 

Des services publics détournés de leur vocation naturelle qui est d'être au service des gens et de leurs besoins, démantelés, reconvertis en fonction des intérêts du grand capital. Les statuts annihilés, l'emploi public décimé.

 

La recherche réduite à la portion congrue, asservie à la rentabilité financière, à la recherche du profit. La culture bradée, la création soumise à la concurrence sauvage des sous-produits américains, par des mesures comme celle qui fait disparaître les quotas de 60 % d’œuvres européennes sur les télévisions des pays d'Europe.

 

La CGT est partie prenante à la lutte des créateurs, des artistes et des autres professions concernées pour l'identité culturelle de la France et de chacun des pays européens.

 

D'autres questions, toutes aussi graves sont posées. Quelle agriculture quand on sait que la disparition de la moitié des exploitations familiales est la note à payer pour les dix années à venir ?

 

Quel environnement lorsqu'on décrète la libre circulation des déchets toxiques, et qu'avec la suppression ou l'abaissement des normes on vise à la disparition des faibles et insuffisantes protections nationales contre la pollution ?

 

Et quel enseignement quand l'harmonisation fiscale européenne exige une diminution massive des dépenses publiques au moment où, comme le préconise la CGT, il faudrait pour combler les retards existants, construire des centaines d'établissements, embaucher près de 500 000 agents enseignants et non-enseignants, revaloriser les salaires de façon substantielle ?

 

Quelles régions enfin, alors qu'elles se trouvent de plus en plus directement confrontées au processus communautaire, et à ses conséquences dramatiques ?

 

Ce n'est pas en implantant les Schtroumpfs à la place des complexes sidérurgiques, en hébergeant, ici ou là, les Vikings, Astérix ou Mickey, en caressant près de 300 projets du même genre, qu'on résoudra les problèmes de l'emploi régional, et qu'on maintiendra la France comme grande puissance industrielle !

 

Pour la CGT, la place des régions est essentielle, parce qu'elles sont une cible et un moyen de l'intégration.

 

Mais aussi parce qu'en dépit des dégâts subis, la lutte peut permettre de défendre leurs propres atouts pour l'emploi et les activités utiles. Elle est une nécessité et peut aboutir à des succès.

 

Ces questions, chacun se les pose de plus en plus, à l'expérience de ce qu'il vit, de ce qu'il voit se produire quotidiennement. Mais pour comprendre ce qui se passe au quotidien, il faut avoir aussi clairement que possible ce qu'ils visent vraiment.

 

Le patronat annonce la couleur

 

Le grand projet du patronat français et européen, celui qui progresse dans les faits, jour après jour, c'est une France et une Europe du recul social. On a beaucoup subi, et l'inquiétude grandit devant ce qui s'annonce. Mais, ce qui se met en place est pire ce que s'imaginent la plupart de ceux qui s'inquiètent.

 

« Ne soyons pas naifs », nous dit le président du CNPF, M.Périgot. Et lui annonce la couleur, sans s'embarrasser de formules : « On va enfin dépoussiérer la société française, nous dit-il, la débarrasser de ses scories ».

 

« Quelle est la finalité de l'Europe, en matière sociale ? », ajoute-t-il, et la réponse est « à mon sens, c'est la flexibilité ». La grande erreur nous avertit M.Périgot serait de « rêver de vivre tous comme ceux qui vivent le mieux ».

 

Et devant ses pairs, aux assises du CNPF, il déclare : « Unie, l'Europe devra définir un nouveau type de rapports sociaux fondé sur la flexibilité, le respect des différences, l'épanouissement des aspirations individuelles.

 

Personne ne saurait gagner la bataille de l'Europe en préservant frileusement les acquis d'un monde aujourd'hui révolu. »

 

Les commentaires sont inutiles. M.Périgot dit tout, dans son langage de patron. L'Europe qu'ils veulent vraiment nous faire, c'est celle-là. La France qu'ils veulent, c'est celle qui accepte ce fantastique effondrement social.

 

Que valent alors les discours lénifiants que nous attendons par ailleurs ? Le Président de la République François Mitterrand affirme que « l'Europe sera sociale ou ne sera pas » et déclare qu'il « ne veut pas d'une Europe dans laquelle il y aurait une régression ».

 

M.Giscard d'Estaing se répand à son habitude en déclarations de bonnes intentions, tandis que le Président de l'Assemblée nationale, M.Laurent Fabius, affirme vouloir « l'Europe sociale vers le haut ».

 

C'est fou ce que les bonnes intentions peuvent s'afficher par les temps qui courent !

 

En réalité, c'est tout le contraire qui se fait, et tous le savent d'autant mieux que cela résulte des décisions sur lesquelles s'accordent les chefs d'Etats et de gouvernements. C'est M.Périgot qui dit la vérité !

 

Ce qui est voulu, décidé, et déjà en route en France même et dans chacun des douze pays de la Communauté, c'est bel et bien la mise en concurrence des travailleurs de ces pays entre eux pour aligner vers le bas leurs conditions sociales.

 

La « libre circulation » de la main d'oeuvre est un instrument de cette concurrence. Elle fait peser des menaces de discriminations aggravées pour les travailleurs, notamment pour les travailleurs immigrés originaires de pays extérieurs à la Communauté.

 

L'objectif : la destruction des acquis sociaux

 

Comme nous avons souvent eu l'occasion de le dire, et comme le souligne le projet de document d'orientation, c'est ce que les salariés ont conquis de plus avantageux par l'action syndicale dans le cadre national, qui est menacé de destruction.

 

Pour la France, par exemple, plus d'élus dans les CHSCT, la sécurité de chacun abandonnée au bon vouloir du patron, alors que se multiplient les accidents de travail. Plus d'interventions ou de contrôle des CE notamment en ce qui concerne l'introduction de nouvelles technologies et leurs conséquences pour les travailleurs.

 

Des statuts publics vidés de leur contenu, une protection sociale laminée, la disparition d'un tiers des lits d'hôpitaux. Individualisation de la formation professionnelle, élaboration d'une classification des emplois du niveau de CAP dans une série de branches industrielles, préfigurant une « Convention collective européenne » dont on peut imaginer le contenu !

 

Ce ne sont que quelques exemples. Ils illustrent la nature des choix opérés et que nous voyons dès maintenant se concrétiser dans des projets précis à la veille d'approbation par les instances européennes.

 

Des choix qui, en même temps, dictent les mesures qu'on applique déjà dans notre pays. Il suffit de voir ce que nous prépare le budget pour 1990, pour s'en convaincre. C'est le premier budget que l'on peut qualifier d'essentiellement européen.

 

Il aligne étroitement l'évolution de l'économie française sur les « performances » allemandes en matière monétaire et en matière de prix. Il met en pratique l'ouverture tous azimuts dans la perspective de la mise en place du grand marché communautaire.

 

Le résultat, c'est une réduction massive d'impôts évaluée à 15 milliards environ, pour le capital. Et pour compenser, une nouvelle réduction des dépenses socialement utiles atteignent particulièrement le secteur public où la rigueur salariale régnera plus que jamais, et où une nouvelle réduction d'effectifs de l'ordre de 1,5 % est prévue.

 

Au-delà des déclarations « sociales », c'est cela qui compte. C'est à cela qu'on a affaire et contre quoi il faut lutter. Il faut une réplique au niveau de l'agression dont les travailleurs sont l'objet en France et dans l'ensemble des pays de la Communauté.

 

Les responsabilités des syndicats

 

La Confédération européenne des syndicats (CES) fait un constat de situation qui n'est pas différent du nôtre. Ce qui manque, c'est l'action. Elle critique mais se prête à la mise en œuvre de l'intégration telle que l'imposent capitalistes et gouvernements.

 


Lundi 20 janvier 2014

Publié dans Lutte des classes

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ISRAËL MENACE DE REPRENDRE LES ATTENTATS CIBLES CONTRE LES DIRIGEANTS DU HAMAS DANS LA BANDE DE GAZA

Publié le par Tourtaux

Roquettes contre assassinats: La nouvelle équation de Netanyahu
 

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a menacé de reprendre la politique des assassinats contre les dirigeants du Hamas dans la bande de Gaza.

« Nous sommes décidés à préserver l’accalmie au Sud et nous le ferons par le biais de la politique de dissuasion préventive et par une riposte forte contre quiconque tente de nous attaquer », a déclaré Netanyahu.

Et d’un ton menaçant, il a averti le Hamas au début de la réunion ministérielle hebdomadaire : « Je propose qu’ils prennent en compte cette politique ».

Selon le porte-parole de l’armée israélienne, les tirs de roquettes à partir de Gaza le mois dernier a augmenté considérablement par rapport à la moyenne en 2013. En effet, 12 roquettes se sont abattues à l’intérieur de la ligne verte en mois de janvier, alors que la moyenne des tirs en 2013 était de 4 roquettes par mois.

Par ailleurs, le nombre des raids aériens sionistes contre la Bande de Gaza a augmenté. 12 raids ont été menés ce mois de janvier contre deux raids par mois en 2013.

Suite aux menaces lancées par le Premier ministre israélien, des sources sécuritaires palestiniennes et des témoins ont rapporté que des avions de guerre israéliens ont mené dimanche à l’aube deux raids sur deux positions des brigades el Qassam, branche armée du Hamas. 

Le premier raid a visé la région Est de Khan Younes au sud de Gaza, et le deuxième contre le camp de Nousseirat au centre de Gaza. Ces raids ont provoqué des dégâts dans les habitations voisines.
L’armée israélienne a indiqué dans un communiqué que l’armée de l’air a mené un raid « réussi contre Ahmad Saad, haut responsable du jihad islamique », selon ce communiqué.

Et le texte d’ajouter : « Ahmad Saad est responsable de tirs de cinq roquettes sur Ashkelon le 16 décembre denier. Le dôme d’acier anti-missile les a toutefois interceptés ».

Par ailleurs, deux Palestiniens ont été blessés dimanche lors d’un bombardement aérien israélien contre le dirigeant du Jihad. Ce raid a visé un Palestinien qui conduisait sa moto au nord de la ville de Gaza. Il se trouve dans un état critique.

Dans le cadre de l’escalade sécuritaire, le chef de municipalité d’Ashdod (territoires occupés), a déclaré que « lundi sera un jour férié dans tous les établissements scolaires qui ne sont pas à l’abri des roquettes ».

Selon la dixième chaine de télévision israélienne, le commandant de la région sud à l’armée israélienne, Sami Tordjman, a convoqué les chefs des municipalités proches de la Bande de Gaza pour les avertir contre « une possible escalade prochaine avec la Bande de Gaza ».

 

Source: Sites web

20-01-2014 - 10:37 Dernière mise à jour 20-01-2014 - 10:37

 

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=151215&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=22&s1=1

Publié dans Israël

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