Venezuela

Mardi 22 avril 2014 2 22 /04 /Avr /2014 11:16

Les barrios ne descendent pas

Par Eleazar Diaz Rangel, ultimasnoticias.com.ve

 

eleazarJournaliste et historien des médias, diplômé de l’Université Centrale du Venezuela (UCV). Prix National de Journalisme. Directeur du journal Últimas Noticias (centre, critique du gouvernement) depuis 2001. Professeur titulaire de l’UCV, dont il dirigea la faculté de communications sociales (1983-86). Président de l’Association Vénézuélienne des Journalistes.

Il y a peu, un matin de mars, je recevais un journaliste européen, parmi tous ceux qui visitent le Venezuela lorsqu’il fait l¨actu¨. Certains d’entre eux visitent les médias pour recueillir des témoignages et des opinions qui les aident à se faire une idée plus complète de la situation du pays pour les reportages, chroniques ou articles qu’ils doivent envoyer dans leurs pays. A une de ses questions, j’ai parlé des ¨guarimbas¨ (barrages violents des militants de droite), de leur composition de classe, de leur localisation à Caracas et dans d’autres villes, toujours dans des secteurs où vivent des familles de classe moyenne et gouvernées par des maires de partis d’opposition, ainsi que de leur éventuel financement, qui fait aujourd’hui l’objet d’une enquête du Parquet.

Le bureau du directeur de Últimas Noticias possède de grandes baies vitrées qui donnent sur de vastes zones de Petare, avec ses collines peuplées de barrios (quartiers populaires) et d’immeubles résidentiels et industriels. Le journaliste me les montra et m’interrogea “Et là ? Ils ne montent pas de guarimbas ?

Je lui ai expliqué. Dans ces barrios, quartiers populaires, pas de guarimbas, pas de barrages, pas de violences. Malgré leurs efforts, ils n’ont pas réussi à attirer les jeunes ni à les enrôler. Le journaliste ne comprenait pas. Si les violences visaient la pénurie, la faim, les mauvaises conditions de vie, etc… comme l’affirment les médias internationaux, jusqu’á en faire l’image même du Venezuela pour la majorité de ceux qui vivent hors de notre pays -, pourquoi les plus pauvres de Caracas étaient-ils absents de ces manifestations, pourquoi ne participaient-ils pas aux actes de violence ?

 

Aerial view of Venezuela's biggest slum of Petare in Caracas

 

Je lui ai dit qu’il est vrai qu’il y a des pénuries et que je crois que c’est le problème numéro un du pays, de devoir faire de longues files pour accéder à beaucoup d’aliments et de produits de première nécessité, mais qu’ils ont les moyens de les acheter; le problème est de les trouver, difficulté qui n’est pas limitée aux quartiers populaires, puisque différents niveaux de la classe moyenne ont aussi des difficultés pour acquérir certains produits.

Je lui ai raconté ce qui s’est passé à Caracas en février 1989. Un matin, dans une agglomération voisine, Guarenas, les gens ont commencé à protester violemment lorsqu’ils apprirent que la hausse des prix du transport jusqu’à la capitale. En peu de temps, la protestation s’étendit avec férocité et commencèrent les pillages des commerces. Des milliers de personnes, au départ venues des quartiers populaires, ensuite d’autres classes, sortaient de magasins et de centres commerciaux les bras chargés de tout ce qu’ils trouvaient. Cela dura trois jours. Les forces de police et la Garde Nationale ne purent l’empêcher, on vit même en certains lieux la police mettre de l’ordre pour que les pillages se déroulent normalement ! Finalement le gouvernement lâcha l’armée pour contenir la population. On parla officiellement de 500 morts mais d’autres estimations s’élèvent à plusieurs milliers de victimes.

 

Ce massacre de deux à trois mille personnes par l’armée fut ordonné par le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez pour écraser la rébellion populaire anti-FMI du 27 février 1989.

Ce massacre de deux à trois mille personnes par l’armée fut ordonné par le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez pour écraser la rébellion populaire anti-FMI du 27 février 1989.

 

Il y a une grande différence : à l’époque les magasins étaient bien fournis mais les gens pauvres, quasi la moitié de la population, n’avait pas de quoi acheter. Aujourd’hui ils ont de quoi acheter, malgré certaines pénuries actuelles.

Le collègue fut surpris.

L’ explication réside dans quelques statistiques. Par exemple le revenu mensuel d’une famille en 2011 était de 4.282 Bolivars; un an plus tard ils avait augmenté à 6.252 bolivars, et au 31 décembre 2013 il est de 8.514 bolivars. Soit un doublement du revenu en deux ans seulement.
Quant au nombre d’inscrits à l’université, puisqu’on a tenté de faire croire qu’un ¨mouvement étudiant¨ était à l’avant-garde des manifestations : en 2000 il y avait 862 mille 862 étudiants dans les universités, en 2005 ils étaient un million 526 mille 625 et en 2013, 2 millions 629 mille 312. Même courbe ascendante pour les investissements sociaux : de 11 milliards 458 millions mensuels en 2005 à 134 milliards 414 millions l’an passé. En matiére de santé on est passé de 8 milliards en 2005 à prés de 89 milliards en 2013. Bien que ce secteur présente encore des failles.

 

dscn1069Le fait qu’il y ait une meilleure protection sociale pour les pauvres – grâce aux énormes investissements – et qu’aujourd’hui – y compris les personnes âgées – vivent mieux qu’il y a 10 ou 15 ans, explique pourquoi les barrios, soit 80 % de la population, ne sont pas descendus des collines pour se joindre aux manifestations de la classe moyenne; ni à la version pacifique d’un secteur majoritaire de la droite, ni à la version violente.

J’ignore ce que le journaliste écrivit pour son journal.

 

Source: http://www.ultimasnoticias.com.ve/opinion/firmas/los-domingos-de-diaz-rangel—eleazar-diaz-rangel/los-barrios-no-bajan.aspx


Traduction de l’espagnol : Thierry Deronne

 

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/22/les-barrios-ne-descendent-pas/

Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Jeudi 17 avril 2014 4 17 /04 /Avr /2014 09:24

Le Venezuela montre que les manifestations peuvent aussi être une défense des privilèges, par Seumas Milne (The Guardian)

 

Note : C’est pour ses révélations sur le système mondial de la NSA que le Pulitzer a été décerné au journal The Guardian (Londres) parce qu’¨exemple distingué de service public en tant que quotidien d’information¨. The Guardian vient aussi de sauver l’honneur du journalisme occidental au sujet du Venezuela. Alors que ses confrères sont restés enchaînés au fond de la Caverne de Platon, il a dépêché un envoyé spécial sur place, rappelant l’époque glorieuse où informer était synonyme d’enquêter. Journaliste à The Economist avant de devenir chroniqueur et rédacteur associé au Guardian, Seumas Milne a effectué des reportages au Moyen-Orient, en Asie du Sud, en Russie, en Europe de l’Est et en Amérique Latine. Il est l’auteur d’un livre à succès sur la grêve des mineurs anglais de 1984–5 British intitulé L’ennemi intérieur : la guerre secrète contre les mineurs, fruit d’une enquête sur les agissements du MI5 et de la Special Branch dans ce conflit.

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Par Seumas Milne
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Si on l’ignorait avant, la recrudescence de protestations globales au cours des deux dernières années nous offre une leçon que des manifestations de masse peuvent avoir des sens sociaux et politiques totalement différents. Porter des foulards et construire des barricades – ou même porter des revendications authentiques – ne veut pas dire automatiquement que ceux qui protestent se battent pour la démocratie ou la justice sociale.

De l’Ukraine à la Thaïlande et de l’Egypte au Venezuela, des protestations à grande échelle visaient – et dans certains cas ont réussi – à renverser des gouvernements. Dans certains pays les protestations de masse étaient conduites par des organisations de travailleurs contestant l’austérité et le pouvoir des entreprises privées. Dans d’autres cas des troubles où prédominent la classe moyenne ont servi de levier pour restaurer des élites évincées.


Parfois, en l’absence d’organisation politique, les deux peuvent se chevaucher. Mais quel que soit le secteur qu’elles représentent, elles se ressemblent toutes… à la télévision. Et les manifestations de rue ont été tellement efficaces pour faire tomber des gouvernements ces 25 dernières années que les pouvoirs globaux se sont ruées en force sur le marché de la protestation.


Depuis le renversement du gouvernement élu Mossadegh en Iran dans les années 1950, pour lequel la CIA et le MI6 ont payé des manifestants anti-gouvernementaux, les États-Unis et leurs alliés ont dominé le champ : en finançant des "révolutions de couleur", en fondant des ONGs affiliées, en formant des activistes étudiants, en alimentant les réseaux sociaux de la protestation pour dénoncer – ou ignorer – les répressions policières selon leur convenance.


Après une période où ils se vantaient de promouvoir la démocratie, voici qu’ils reviennent à leur méthodes anti-démocratiques. Prenez le Venezuela qui, ces deux derniers mois a été en proie à des manifestations anti-gouvernementales visant à renverser le gouvernement socialiste de Nicolas Maduro, élu l’année dernière pour succéder à Hugo Chávez .


L’opposition de droite vénézuélienne a depuis longtemps un problème avec le système démocratique. Après avoir perdu 18 des 19 élections ou référendums depuis que Chávez a été élu la première fois en 1998 – dans un processus électoral décrit par l’ancien président américain Jimmy Carter comme "le meilleur du monde" – ses espoirs s’étaient ravivés en avril 2013 à la suite de la mort de Chavez, lorsque le candidat de l’opposition de droite n’avait perdu que de 1,5 % face à Maduro. Mais en décembre 2013, les élections municipales dans tout le pays rendirent à la coalition chaviste une avance de 10 points.


Le mois suivant, des dirigeants d’opposition liés aux États-Unis– parmi lesquels certains sont impliqués dans le coup d’État contre Chávez en 2002 – ont relancé une campagne pour chasser Maduro, appelant leurs militants à “allumer les rues au feu du combat". Avec le haut niveau de l’inflation, la criminalité violente et les pénuries de certains produits de base, il y en avait plus qu’assez pour alimenter la campagne – et les manifestants ont répondu à l’appel, de manière littérale.


Pendant huit semaines, ils ont incendié des universités, des édifices publics, des arrêts de bus, et prés de 39 personnes ont été tuées. Malgré les déclarations du secrétaire d’État John Kerry pour qui le gouvernement vénézuélien mène une "campagne de terreur" contre ses citoyens, les preuves indiquent que la majorité a été assassinée par des militants de l’opposition, et parmi ces victimes on compte huit membres des forces de sécurité et trois motards égorgés par des filins d’acier tendus aux barrages de rue. Quatre militants d’opposition ont été tués par la police, faits qui ont entraîné l’arrestation de plusieurs membres des forces de l’ordre (1).


Ce qu’on dépeint comme ¨protestations pacifiques¨ a toutes les marques d’une rébellion anti-démocratique, ancrée dans des privilèges de classe et dans le racisme. Confinée à l’extrême aux zones riches et blanches de classe moyenne, ces manifestations ont rapidement tourné aux incendies et aux combats rituels avec la police, tandis que d’autres secteurs de l’opposition ont accepté de participer aux dialogues de paix.

 

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Des militants de droite installent une “guillotine” dans un quartier riche, à Caracas. La présence de certains civils armés dans des manifestations de l’opposition a déclenché une diabolisation de tout motard de secteur populaire ou de collectif sympathisant du chavisme. C’est sur cette base qu’ont été justifiés des dispositifs comme des câbles d’acier tendus en travers d’avenues ou de rues à une hauteur de 1,20m environ, et qui ont coûté la vie à deux personnes. Cette guillotine recommandée aux opposants par Angel Vivas, général d’extrême-droite à la retraite, est un instrument socialement sélectif, les motos étant un moyen de transport généralement utilisé par les travailleurs de milieu populaire.


Le soutien au gouvernement, pendant ce temps, reste solide dans le monde du travail. Anacauna Marin, une activiste locale du quartier populaire 23 de Enero à Caracas, explique : "Historiquement les manifestations étaient un moyen que les pauvres utilisaient pour exiger une amélioration de leurs conditions. Mais ici ce sont les riches qui protestent et les pauvres qui travaillent".


Dans ces circonstances il ne faut pas être surpris si Maduro analyse les événements comme une déstabilisation soutenue par les USA dans le style ¨ukrainien¨, ainsi qu’il me l’a dit. La réponse des États-Unis qui rejettent comme ¨infondée¨ cette analyse, est absurde. Les preuves de la subversion états-unienne au Venezuela – depuis le coup d’État de 2002 jusqu’aux câbles de WikiLeaks éclairant les plans états-uniens pour ¨pénétrer¨, ¨isoler¨ et ¨diviser¨ le gouvernement bolivarien, sans oublier le financement à grande échelle de groupes d’ opposition, sont volumineuses.


Ce n’est pas seulement parce que le Venezuela est assis sur les plus grandes réserves pétrolières du monde (2) mais aussi mais parce qu’il a dirigé la marée progressiste qui a déferlé sur l’Amérique latine au cours de la dernière décennie : contestant la domination des États-Unis , reprenant le contrôle de ressources aux mains des entreprises privées pour redistribuer les richesses et le pouvoir. En dépit de ses problèmes économiques actuels, les réalisations du Venezuela révolutionnaire sont incontestables.


Depuis qu’il a renationalisé le secteur pétrolier, le Venezuela l’a utilisé pour réduire de moitié la pauvreté, et l’extrême pauvreté de 70%, massifier la santé publique, le logement, l’éducation et les droits des femmes, augmenter les pensions et le salaire minimum, établir des dizaines de milliers de coopératives et d’entreprises publiques, transférer des ressources aux organisations de base de la démocratie participative, et financer des programmes de santé et de développement à travers l’Amérique latine et les Caraïbes.


Rien de surprenant donc si les chavistes pro-Maduro gardent le soutien de la majorité.


Pour le maintenir, le gouvernement devra réduire les pénuries et l’inflation – et il a les moyens de le faire. L’envolée des prix s’est produite après l’interruption de l’approvisionnement en dollars du secteur privé qui domine les importations et l’offre de produits alimentaires, et une grande proportion des marchandises soumise au contrôle des prix sort en contrebande du pays pour être revendues en Colombie à des prix beaucoup plus élevés.


De nouvelles mesures de contrôle des changes ont déjà produit leurs effets. Malgré tous ses problèmes, l’économie vénézuélienne a continué à croître et le chômage et la pauvreté à baisser (3). Le Venezuela est très éloigné d’être le cas désespéré dont rêvent ses ennemis. Mais le risque existe que, les manifestations s’essoufflant, des secteurs de l’opposition augmentent le niveau des violences pour compenser leurs défaites électorales.

Le Venezuela et ses alliés progressistes en Amérique Latine son importants pour le reste du monde – non parce qu’ils offrent un modèle politique et social ¨à imiter¨ mais parce qu’ils ont démontré qu’il y a de multiples alternatives économiques et sociales à la faillite néo-libérale dans laquelle sont plongés l’Occident et ses alliés.


Leurs opposants espéraient qu’avec la mort de Chavez se tarirait l’impulsion du changement régional. La récente élection de Michele Bachelet (centre-gauche) au Chili et de l’ex-dirigeant de la guérilla de gauche Sánchez Cerén au Salvador indique que le courant continue. Mais de puissants intérêts sur place et à l’extérieur sont determinés à le faire échouer – ce qui signifie qu’on verra surgir d’ autres manifestations ¨dans le style du Venezuela.¨


Twitter: @SeumasMilne


Notes :


(1)  parmi lesquels il faut compter également des effectifs policiers obéissant à des maires de droite comme ceux de Polichacao (maire : Ramon Muchacho) (NdT).


(2)  La compagnie pétrolière PDVSA vient de découvrir dans l’axe Zulia-Falcón un nouveau gisement de l’ordre de 185 millones de barils de pétrole et de 1,1 milliards de pieds cube de gaz (1,1 TCF) (NdT).


(3)  Voir http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/01/22/venezuela-laugmentation-du-salaire-et-la-baisse-du-chomage-continuent/ (NdT)


Original de cet article : http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/apr/09/venezuela-protest-defence-privilege-maduro-elites


Traduction de l’anglais : Thierry Deronne


URL de la version française : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/16/le-venezuela-montre-que-les-manifestations-peuvent-aussi-etre-une-defense-des-privileges-par-seumas-milne-the-guardian/ 

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Lundi 14 avril 2014 1 14 /04 /Avr /2014 19:55

Venezuela : médias et terrorisme, par Luis Britto Garcia.

Note : On a rappellé récemment le rôle de médias locaux et de puissances occidentales dans le génocide du Rwanda. En abril 2002 les médias privés vénézuéliens ont co-organisé un coup d’État sanglant qui substitua brièvement le président élu Hugo Chavez par le chef du patronat. Les évènements récents montrent que ces médias, hégémoniques au Venezuela, et relayés par les médias internationaux, continuent à justifier la violence d’une opposition et à la conforter dans son refus d’accepter les résultats d’élections favorables à la révolution.


Luis Britto García

Luis Britto García

L’auteur de cette étude, Luis Britto García (Caracas, 9 octobre 1940) est un écrivain vénézuélien. Professeur universitaire, essayiste, dramaturge. Parmi une soixantaine de titres, on lui doit  “Rajatabla” (Prix "Casa de las Américas" 1970) et “Abrapalabra” (Prix "Casa de las Américas" 1969).

T.D., Caracas 13 avril 2014.


Traduction : Jean-Marc del Percio


Chaque fois que l’on traite du thème de la liberté d’expression au Venezuela, l’on devrait obligatoirement recourir au classique paradoxe du grec menteur : « Tous les Grecs sont menteurs », proclame le sophiste, et d’enchaîner : « je suis Grec ». « Il n’y a pas de liberté d’expression au Venezuela » assénera en mentant, un commentateur. Et il l’affirmera librement dans un pays où supposément, la liberté de le dire serait inexistante.

Or, tout cela ne concerne pas un pays quelconque. Il soutient qu’il n’y a pas de liberté d’expression, dans un pays qui aura vécu en 2002, le premier coup d’Etat fondé sur le recours aux médias. Et par conséquent, en abusant de cette liberté. Ce coup d’Etat -premier du genre- a consisté à confisquer la parole au Président en exercice, et dans le même temps, à propager la fausse nouvelle de son retrait. A la toute fin de la même année 2002 et au début de celle qui suivit, tous les médias s’employèrent durant deux mois et demi à déclamer sur tous les tons -24 heures sur 24- le renversement du gouvernement légitime. En vain, cependant. Cela étant, aucun des médias ayant participé à ces activités pourtant délictueuses n’aura à connaître une fermeture administrative ; aucun de ceux-ci n’aura été poursuivi en justice.

Une thèse n’est bien bâtie qu’à partir du moment où elle se fonde sur des faits, et non pas sur des contradictions. Celui qui souhaite toucher du doigt l’absolue liberté d’expression que la société et l’Etat vénézuélien accordent aux moyens de communication de ce pays, n’a qu’à s’informer lui-même y compris sommairement, de son contenu. Ce n’est pas difficile. Il peut le faire quotidiennement, à travers -entre autres possibilités- la consultation de la page Web de la Organisation of American States.

Les médias vénézueliens répètent à l’envi et sans entrave aucune, que le gouvernement du Venezuela serait tyrannique ou autoritaire. C’est un mensonge. Pourtant, en date du 21 mars 2014 El Nacional exposera en page 8 et sur 5 colonnes, l’opinion de Marco Rubio, sénateur de l’Etat de Floride. Ce dernier annoncera sans embages que « le Venezuela vivrait sous la tyrannie ». Il n’est qu’à réfléchir un peu. Quel type de tyrannie permettrait qu’un quotidien la qualifie ainsi ? Le même jour, El Universal imprimera (page 1-7) : « Marquez : Nicolas Maduro est natif de Bogota. C’est un fait irréfutable». Il faudrait pouvoir expliquer quel genre de « dictateur » tolérerait que l’on émette des doutes sur sa propre nationalité ; et que l’on en déduise « que son élection à la tête de l’Etat vénézuélien serait nulle et non avenue ». Ce même jour également, les journaux les plus importants du pays relaieront l’appel de Leopoldo Lopez à un « rassemblement national contre la dictature et pour la liberté ». Or, existe-t-il une seule dictature au monde qui permettrait que l’on diffuse cette proclamation à l’échelle nationale ? Qui plus est, un appel à le renverser ?

En possession de ces éléments d’information, le lecteur ne s’étonnera aucunement que le 18 février, El Universal, publiera en page une de son volet 3 ce qui suit : « Les étudiants ont dénoncé la censure en s’adressant à Conatel (Commission Nationale des Télecoms) ». Quel gouvernement pratique la censure de telle façon que l’on puisse accéder librement aux protestations émises contre elle ? Il est inutile de multiplier les exemples, que le public a la faculté de glaner jour après jour au hasard de n’importe quel kiosque à journaux, écran de télévision ou radio allumée dans les transports en commun ou le bar d’à côté. Une part notable des communicants venezueliens se situent non seulement bien loin de la vérité, mais toute forme de honte et de scrupule leur sont étrangers.

La censure existe-t-elle au Venezuela ? Oui, en effet. Elle est le fait d’une partie des médias nationaux et internationaux qui en use pour occulter ce qui en réalité se passe dans le pays ; privant ainsi de son droit à l’information l’immense majorité silencieuse dans le monde entier. Une dictature règne-t-elle au Venezuela ? Oui, en effet. Une dictature médiatique qui prétend imposer des tyrans du style de Carmona Estanga (chef du patronat putschiste qui avec l’appui de militaires de droite déposa Chavez brièvement en 2002, NdT), ou des énormités de ce genre : ¨le Venezuela est confronté à une guerre civile. Pour quelle raison mentent-ils ? Munis d’un tel bagage éthique, ils prétendent s’imposer comme des acteurs politiques à part entière, déposer ou désigner des mandataires, s’interposer auprès d’organismes internationaux -qui s’occupent de pays qui eux, commettent des fraudes semblables- et porter des accusations contre le Venezuela. C’est le plus grave.

Hégémonie des moyens de communication privés.

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Avec la même indifférence pour la vérité qui leur permet d’imposer l’allégation selon laquelle une dictature sévirait au Venezuela, ils soutiennent que l’Etat exerce une hégémonie sur le plan de la communication. La réalité est diamétralement opposée à ce qu’ils affirment. En 1998, 80% des stations de télévision et 97% du secteur de la radio-diffusion (FM) relevaient du secteur privé. Par ailleurs, les moyens de communication communautaires étaient inexistants. Ces medias aux mains du privé, se caractérisaient par une haute concentration de la propriété, tant sur le plan horizontal que vertical.

En 2014, pas moins de 2896 medias opèrent au Venezuela. 2332 d’entre eux sont des entreprises privées. 65,18% appartiennent au secteur privé ; 30,76% dépendent du secteur communautaire ; et à peine 3,22% de l’ensemble, ressortissent au service public. 

La multiplication des médias communautaires s’impose comme le changement principal. A travers eux, c’est l’ensemble de la société qui accède à la communication. Il faut ajouter que la grande majorité d’entre eux est pourvue d’une portée restreinte et leur temps de vie est limité.

Dans le domaine de la radio-diffusion, 1598 émetteurs appartiennent au secteur privé, 654 dépendent du domaine communautaire et à peine 80 d’entre eux relèvent du service public.

 Quant aux canaux de télévision en signal ouvert, 55 d’entre eux relèvent du secteur privé, 25 du secteur communautaire ; alors que le service public contrôle à peine 8 d’entre eux.

La quasi totalité de ces medias privés se situent dans l’opposition. Par conséquent, prétendre que l’Etat en serait à exercer son hégémonie dans le domaine de la communication, en s’appuyant sur les faibles moyens dont il dispose, est une affirmation infondée qui suffit à disqualifier celui qui la propage. Le bolivarisme exerce toutefois une évidente hégémonie. Non pas en terme quantitatif, mais en ce qui concerne le message qu’il formule. Un message qui postule la démocratie face à la dictature, l’égalité face au privilège, la tolérance en lieu et place du racisme, l’éducation gratuite et la sécurité sociale pour tous. Tout cela est bien évidemment préférable à celui qui soutiendrait le contraire. C’est la raison pour laquelle cette politique assure de solides majorités électorales à ceux qui la préconisent et l’appliquent.

L’accès à l’information.

Certains médias soutiennent la thèse selon laquelle l’Etat ne leur fournirait pas les informations qu’ils attendent de lui, et/ou ne les invite pas lors des événements qui lui en permettraient la pleine diffusion. Il convient tout d’abord de signaler que si l’on considère que pas moins de 3000 médias de communication sont en activité sur le sol vénézuélien, il semble extrêmement difficile pour l’Etat de transmettre à chacun d’entre eux les informations requises. D’autant plus que certains d’entre eux, emploient des dizaines, voire des centaines de personnes. A cela, il faut ajouter que la déformation systématique de la teneur des déclarations et des données émanant du secteur public, justifie si besoin était, de traiter avec circonspection les exigences que les medias privés formulent. Il en est ainsi par exemple, de diverses pages d’Internet -anonymes ou dont la source se trouve à l’extérieur des frontières- dédiées à la diffusion de supposés taux de cotation du dollar ou de l’euro. L’intention étant de provoquer la dévaluation de la monnaie nationale. En vertu des articles 5 et 12 de la loi relative aux transactions illicites en matière de change (17 mai 2010), une centaine de pages internet destinées à diffuser ces informations fallacieuses et visant à déstabiliser l’équilibre de la monnaie nationale, ont été bloquées.

Les chiffres réels de l’insécurité.

Dans d’autres cas, les médias privés diffusent des informations au contenu volontairement exagéré, ou simplement fausses et sans fondement. L’Etat s’employant quant à lui, à divulguer des chiffres et données bien plus fiables. Se basant sur des enquêtes de « perception » de l’insécurité, des organisations non gouvernementales telles que l’Observatorio Venezolano de Violencia aboutissent à des résultats plaçant le taux d’homicide pour 100 000 habitants, à une hauteur oscillant entre 73 et 75,8. Cherchant à amplifier le sentiment d’insécurité, il ajoutera aux chiffres des victimes de la violence, les personnes ayant perdu la vie dans les accidents de la route ou du travail ; et abordera par ailleurs sous un angle sensationnaliste la question des délits.

A l’opposé, le ministre de l’Intérieur et de la Justice Miguel Rodriguez Torres, a tenu à préciser que le taux réel des homicides (2013) s’élève en fait, à 39 pour 100 000 habitants. Divisant ainsi par deux, les données que les médias privés ont rendu publiques. Cela dit, les données falsifiées ayant trait à l’insécurité sont la clé de voûte de la campagne de propagande menée par l’opposition. La manifestation du 12 février 2014, qui déclencha tout un tragique déchaînement de violence, était initialement destinée à… protester contre l’insécurité.

Il semble bien que notre pays soit la victime depuis 5 ans, d’une opération de Guerre Psychologique basée sur la question de l’ « insécurité ». Elle aura consisté à instaurer un climat de panique, à susciter divers types de violence. Et ce, afin de donner corps au renversement du gouvernement bolivarien démocratiquement élu, par le recours à la terreur. Celui-là même qui aura vu 75% des municipalités voter en sa faveur en décembre 2013 et qui bénéficiera d’un avantage de 10 points et demi du total des votes sur l’opposition.

Les médias vénézuéliens et la légitimation du terrorisme.

Dans un quartier huppé de Caracas, une mise en scène destinée à l'opinion publique internationale. L'image de ces jeunes "guarimberos" d'extrême droite, alliée à l'occultation des marches pacifiques d'une majorité de vénézuéliens défendant de leur choix électoral, a produit une inversion du réel sur les petits écrans occidentaux.

Dans un quartier huppé de Caracas, une mise en scène destinée à l’opinion publique internationale. L’image de ces jeunes "guarimberos" d’extrême droite, alliée à l’occultation des marches pacifiques d’une majorité de vénézuéliens défendant de leur choix électoral, a produit une inversion du réel sur les petits écrans occidentaux.

 

Au Venezuela, une violence terroriste se manifeste sous la forme de barrages routiers, d’assassinats prémédités dont les habitants de moins d’une douzaine de municipalités sont les victimes. Cette violence est suscitée en sous-main par des maires et des polices locales se situant dans l’opposition. Les véritables raisons en sont falsifiées. Les médias appuient et promeuvent cet ensemble de phénomènes, en prétendant qu’il s’agit là d’un « soulèvement social », « pacifique » à l’« échelle nationale ». Les violences seront mises en avant lorsqu’elles seront le fait d’infiltrés ou des membres de « collectifs ». Nous allons nous pencher sur le traitement biaisé et tendancieux de ces événements. Le dirigeant du parti minoritaire Voluntad Popular, Leopoldo Lopez qui était déjà de ceux qui participèrent au coup d’Etat d’avril 2002, s’exprimera en ces termes (janvier 2014) dans les médias : « Qu’ils s’en aillent tous, ceux qui détiennent les rênes du pouvoir au niveau national doivent faire l’objet d’un changement total et profond ». Le même, ajoutera quelque temps après : « Nous souhaitons lancer un appel aux Vénézuéliens (…) à ceux qui nous soutiennent. Nous invitons le peuple vénézuélien a dire "basta ya". (…) L’objectif dont il faut discuter : "la sortie (du président)". Quelle est le type de sortie que ce désastre implique ? ». Celle qui consiste à persister dans la voie menant à la violence. Il insistera sur ce point, tout en incitant ses acolytes à y recourir : « Je lance un appel au pays afin que l’on maintienne et que l’on augmente la pression jusqu’à ce que la dictature soit brisée ». (Salim Lamrani, « 25 verdades sobre a manifestaçoes na Venezuela », Opera mundi, et « Opositor Leopoldo Lopez pide a venezolanos aumentar presion "hasta quebrar la dictadura" », 19 de março de 2014).

Le 13 février 2014, Notitarde écrit en page 1 : « Des infiltrés émaillent de violence les marches étudiantes ». (Sauf indication contraire, les citations qui vont suivre relèvent également de « unes »). Le même jour, Ultimas noticias titrera : « Juan Montoya, d’un collectif du 23 Janvier et Basil da Costa, étudiant de la Humboldt, sont tombés à la Candelaria ». El National déploiera le titre suivant : « des éléments violents ont attaqué la Manifestation pour la Paix ». Ce journal se gardera bien d’expliquer comment il est possible d’en appeler à « la Paix », pour faire en sorte qu’un Président élu « s’en aille immédiatement ». Le Carabobeno quant à lui, cherchera à légitimer ce qui est arrivé, en ayant recours au bandeau « visionnaire » suivant : « La protestation est dans la rue ». Au même moment, El Universal mentira également en affichant à sa « une » : « Dans tout le pays, la jeunesse s’est mobilisée », confondant ainsi un secteur du quartier La Candelaria avec la totalité du Venezuela. Afin de semer un peu plus la confusion, il affirmera en outre, que « des membres des collectifs proches du pouvoir, ont tiré contre des personnes rassemblées avenue Universidad ». Ce faisant, il jettera les bases d’une affirmation infondée qui sera reprise à l’envi par les médias, de longues semaines durant : « dans tout le pays » (alors que tout cela s’est déroulé sur le territoire d’une municipalité),une manifestation « pacifique » (dans le sillage de laquelle des édifices et des véhicules ont été incendiés), aurait été la cible de tirs du fait de « collectifs ». C’est à partir de cette configuration d’ensemble, que la présence (imaginaire) de groupes armés bolivariens sur le terrain prendra corps.

En fin de compte, est-il nécessaire de poursuivre cette analyse indéfiniment ? A travers elle, il est possible d’obtenir la confirmation de l’existence d’une atteinte durable à la vérité de l’information, et ce lorsqu’il s’agit d’affirmer que le gouvernement serait d’essence dictatoriale ou tyrannique (bien qu’étant démocratiquement élu) ; de l’exercice d’une censure (bien qu’elle n’entrave en aucune manière la diffusion de ce genre d’allégations). Tout cela accompagne les prétentions d’une opposition bien décidée à rechercher une « issue », par le biais de l’instauration d’un « gouvernement de transition » inconstitutionnel. Ce serait des groupes « non violents » (qui entravent par la violence la circulation à l’aide de barrages routiers, et qui assassinent tous ceux qui entendent bien déplacer ces obstacles) qui opéreraient sur l’ensemble du « territoire national » (alors qu’ils ne représentent qu’un petit nombre de groupes terroristes, agissant sur le territoire d’une poignée de municipalités se situant dans l’opposition).

C’est en ces termes que les médias défigurent la réalité des faits. Ceux-là même qui feignent d’être confrontés à une ¨guerre civile.¨ Qui servirait le cas échéant, de prétexte au déclenchement d’un coup d’Etat, à une invasion étrangère ou à une sécession du territoire national, alors que la réalité du Venezuela, pour paraphraser l’écrivain colombien William Ospina, voit les pauvres se réjouir, et les riches protester.

Une présentation erronée de la violence terroriste comme forme de protestation sociale.

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La campagne des médias privés en faveur du coup d’État contre Hugo Chavez (avril 2002)

 

A la défense et illustration du coup d’Etat « médiatique » (2002) ; au lock-out patronal accompagné du sabotage du secteur de l’industrie pétrolière (2002/2003), il convient d’ajouter le fait que les médias venezueliens s’emploient à promouvoir la violence terroriste, en tant qu’elle serait une forme supposée de protestation sociale. L’emploi de la violence, et le recours à la désinformation et au terrorisme tendent à atteindre un objectif politique illégitime. Dans cette perspective, une partie de l’opposition vénézuélienne s’attelle à la tâche visant à user de violence, mais aussi à abuser de la désinformation. Et ce, dans le dessein de renverser le gouvernement démocratiquement élu de Nicolas Maduro et de lui substituer un « gouvernement de transition » pour lequel personne n’aurait voté. Tous ceux qui ont suivi de près les agressions violentes dont le Venezuela aura été le théâtre, et la manière dont la presse les aura abordées, ont su en discerner les caractéristiques suivantes :

1 – à l’instar de la marche du 11 avril 2002, la violence inhérente à celle qui se sera déroulée le 12 février, aura été préparée et planifiée par l’opposition. Le 11 février 2014, Venezolano de Television a rendue publique la teneur d’un échange téléphonique entre les tenants de l’opposition que sont Fernando Gerbasi et Carratu Molina. Il spécifiait que le rassemblement prévu le jour suivant (12 février) devrait être émaillés d’actes de violence s’inspirant du 11 avril (2002). Pour ce faire, ils déclarent disposer d’un fond d’un montant de 120 000 millions de bolivars pour les financer.

2 – dans un premier temps, les actes terroristes se focalisèrent en 19, puis en 9 points, pour se concentrer sur le territoire de certaines des municipalité à la tête desquelles se trouvent des maires de l’opposition où la classe moyenne/à moyenne supérieure est hégémonique par rapport aux secteurs populaires. Quelque-unes d’entre elles se situant par ailleurs, à l’intérieur de zones frontalières sous influence du paramilitarisme colombien. Mais il est utile de le répéter, elles correspondent à d’infimes portions de territoire au regard des 335 divisions communales constitutives du Venezuela. Les zones urbaines ¨selec¨t – telles que le Country Club ou La Lagunita – habitées par les classes sociales particulièrement aisées n’ont pas connu de perturbations du type barrage. Et on n’osa pas fomneter ces violences dans les zones populaires. Comme le notera à la une, Ultimas Noticias (23 février 2014) : « les zones populaires n’ont pas fait de guarimbas (barrages)».

3 – Les maires de l’opposition et leurs polices municipales respectives ont appuyé les troubles et protégé les violences à un point tel que des agents de la Police de Chacao ont assassiné un agent des services de la sûreté bolivarienne en ouvrant le feu sur lui. Ce dernier avait procédé à l’arrestation de l’un des éléments violents. Répondant à la demande de riverains ayant été les victimes de barrages, il aura été nécessaire au Tribunal Suprême de Justice -par une sentence en date du 17 mars-de rappeler à leur devoir les maires ; de se mettre en conformité avec la Constitution et avec les dispositions légales leur ordonnant de garantir le droit à la circulation de chacun, là où les voies de communication étaient bloquées. Etaient concernées les villes et les édiles suivants : Chacao (Ramon Muchachos) ; San Diego (Vicencio Scarano) ; San Cristobal (Daniel Ceballos) ; El Hatillo (Davis Smolanski) ; Baruta (Gerardo Blyde) ; Lecherias (Gustavo Marcano).

4 – Le lendemain du jour qui aura vu le Tribunal Suprême de Justice rendre sa sentence, les violences (et les barrages) supposément placés sous le signe de spontanéité, ont quasiment tous cessé. C’est-à-dire à partir du moment où les éléments à l’origine de ces actes, ne purent plus compter sur la protection des polices locales/municipales. Exception faite de San Cristobal dont le maire (Daniel Ceballos) fera l’objet d’un mandat d’arrêt pour rébellion et complot, et de Vicencio Scarano qui sera condamné à 10 mois et 15 jours de prison pour outrage à l’autorité, et refus d’appliquer la sentence initiale.

5 – Les activistes usant de violence sont présentés par les médias comme de « jeunes étudiants ». Cependant des adultes cagoulés, notamment paramilitaires et mercenaires étrangers, se feront passer pour eux. D’ailleurs, le 14 mars, Nicolas Maduro déclarera que sur les 1529 personnes détenues à l’issue d’un mois de violences, seulement 558 d’entre elles -c’est-à-dire 1/3 de celles-ci- sont réellement des étudiants. Elles seront toutes libérées, hormis 105 individus contre lesquels seront appliquées des mesures de privation de liberté, du fait qu’au moment de leur arrestation, ils se trouvaient en possession d’armes à feu. Par ailleurs, des cinq détenus ayant été appréhendés par le corps de sécurité de l’Université Centrale du Venezuela, aucun ne possédera la qualité d’étudiants. Et celui qui l’est, est issu de l’Université privée Santa María. Il convient d’ajouter que plus de 9 millions et demi de vénézuéliens sont à l’heure actuelle étudiants. C’est-à-dire à peu près 1 sur 3. Ce qui signifie que si cette population étudiante était hostile à la Révolution bolivarienne, celle-ci n’aurait pas remporté les élections de mars et décembre 2013 et n’aurait pas pu résister à cette flambée de violence.

 

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6 – Au lieu de manifester pacifiquement, les éléments violents cagoulés ont incendié une centaine de véhicules de transports collectifs et alimentaires. Ils ont également procédé à la destruction totale ou partielle d’édifices publics, de stations du Metro, des sièges de 15 universités gratuites, sans oublier les installations électriques et téléphoniques. Ils ont ouvert le feu contre la population et à maintes reprises – dans le dos – contre celles et ceux qui participaient aux manifestations. Ils ont élevé des barrages routiers sur le territoire des communes dont les maires se situent dans l’opposition ; employant la force, ils ont empêché les riverains de circuler, allant jusqu’à les séquestrer dans leurs propres lieux d’habitation. Ils les ont intoxiqué en mettant le feu aux immondices ; ils sont responsables de la destruction d’un millier d’arbres et de divers panneaux de signalisation. Et pour finir, ils se sont employés à verser du gasoile dans les adductions d’eau potable.

7 – Les terroristes ont abandonné les multiples obstacles qu’ils laissèrent sur la voie publique, et ont assassiné à distance -par tirs d’armes à feu- les personnes ou les représentants des autorités (notamment des policiers ou gardes nationaux) qui tentaient de les déplacer.

8 – Les terroristes cagoulés ont eu recours aux menaces, aux agressions physiques et jusqu’à l’assassinat de personnes -tirs à la tête et dans le dos- après les avoir attiré dans des pièges qu’ils leur avaient tendus. Leur parcours les mena finalement au pillage et au rançonnage.

9 – Ils s’approvisionnent en argent, produits alimentaires, vêtements imperméables à capuches ; en substances incendiaires et explosives, mais aussi en armes dans des stocks organisés non loin des lieux où les troubles se déroulaient, et installés dans des zones relevant de la juridiction des communes dont les maires sont liés à l’opposition.

10 – l’activisme des terroristes s’imposa 4 semaines durant. C’est un laps de temps inusuel pour des manifestations spontanées. A l’évidence, elles auront fait l’objet d’une préparation et d’une coordination sur le plan organisationnel ; bénéficié d’un entraînement et d’un financement à grande échelle.

11 – Les terroristes ont utilisé des armes à feu, munies de lunettes à visée laser. Le plus souvent gantés, ils se déplaçaient suivi d’«anges gardiens», qui s’employaient à recueillir les douilles. Et ce, afin d’empêcher toute identification des armes employées. Ils ont par ailleurs usé du maniement de divers engins afin de rendre inutilisables les pneus des véhicules. Ils ont également eu recours aux grenades à fragmentation, et ont tendus divers pièges contre des personnes. Le 24 février, un terroriste du Medio Oriente a été capturé. Il s’agit de Mokded Mokde. Le gouverneur Tarek el Aisami a déclaré qu’il existait contre lui des « preuves convergentes de son implication, en vue de la réalisation d’actes terroristes » (Ciudad CCS 25-2-2014,p.4). Un autre terroriste d’origine chinoise celui-là, a été arrêté en possession d’un arsenal, et placé en détention. Le 1er avril, Tarek el Aissami a annoncé via la chaîne Venezolana de Television la confiscation d’un autre arsenal (explosifs, substances incendiaires, et détonateurs pourvus d’un mécanisme à déclenchement différé). De plus, fin mars les observateurs constateront une inhabituelle concentration de para-militaires. C’est la division administrative frontalière du Departamento Norte de Santander qui sera concerné. Le président Maduro a par ailleurs annoncé l’emprisonnement de 3 généraux d’aviation. Une enquête a été ouverte pour faire la lumière sur leur participation présumée à la préparation d’un coup d’Etat. Aucun de tous ces individus impliqués n’est étudiant.

12 – Le décompte des victimes et le bilan qui en découle, dément formellement l’allégation selon laquelle ces diverses actions auraient été « pacifiques ». En date du 29 mars, 6 membres des gardes nationales et 19 personnes sont tombés sous les tirs. Tout laisse supposer que ces coups de feu ont été tirés des rangs des manifestants de l’opposition. Au total, 25 compatriotes ont été atteints. 7 personnes ont perdu la vie dans des accidents qui ont été causés par les barrages routiers que des manifestants ont installé. Du fait de cette entrave à la libre circulation, 2 d’entre elles sont mortes, faute d’avoir pu être transportées à temps vers les centres de secours. Une octogénaire a été victime d’un infarctus. Son lieu d’habitation ayant été investi par les manifestants de l’opposition. L’un de ces derniers est mort à la suite de la manipulation inappropriée d’un mortier. Un autre s’est électrocuté après avoir tenté de rétablir une barricade. Cela dit, 3 riverains seulement sont décédés des suites de coups de feu probablement tirés par des agents de la force publique. Un autre est tombé, victime d’un tir issu des rang de la Garde Nationale. En tout, 14 fonctionnaires font l’objet d’enquêtes relatives à ces événements. 5 des personnes ayant eu à voir avec ces événements possède réellement la qualité d’étudiants. L’âge des victimes quant à elles, avoisinent les 30 ans en moyenne. Il semble par conséquent, que la participation des étudiants et des jeunes à ces actes, est loin d’être prépondérante. Au 24 mars, on a enregistré le nombre de 461 blessés. 143 de ceux-ci -c’est-à-dire 1/3 de l’ensemble- sont des policiers ou des gardes nationaux.

Les actions de ces groupes terroristes ne peuvent en aucune manière obtenir l’assentiment du corps social. Selon diverses enquêtes réalisées (notament par la firme privée Interlaces), 87% des vénézuéliens rejettent les « guarimbas »(« barrages »). Les commentateurs de l’opposition tels que Carolina Espada et Milagros Socorro les condamnent également en des termes dévastateurs. Le maire de l’opposition Carlos Ocariz (Municipio Sucre de l’Etat Miranda) confiera à El Universal : « ceux qui sont à l’origine des guarimbas, se situent en situation de faiblesse -ils soustraient – et n’additionnent pas ». (2 mars 2014).

13 – Aussi incroyable que cela puisse paraître, les terroristes ne proposent aucun programme, aucun projet d’ensemble et n’avancent pas de revendications précises. La seule exigence (inconstitutionnelle) qu’ils émettent : imposer par la force la « sortie » du gouvernement issu des élections, et lui substituer un « gouvernement de transition ». le tout étant assorti du slogan « Maduro va-t-en maintenant ». C’est en ces termes qu’ils se présentent aux médias nationaux et internationaux qui couvrent -d’une manière bien opaque- les événements en cours.

14 – En tant que telles, ces actions terroristes n’ont pas de buts réellement affichés. Il s’agit uniquement -à l’intention des médias- de jeter les bases d’un scenario de « guerre civile » (supposée), qui ne touchent en réalité qu’une petite minorité des 335 municipalités du Venezuela.

15 – Sur le plan pratique, tactique et logistique ces actions terroristes n’ont rien à voir -ni de près, ni de loin- avec un mouvement qui serait à dominante étudiante, et qui mobiliserait la jeunesse.

L’appui des médias étrangers au terrorisme.

"Vous m'entendez Fernando ?" En direct du Vénézuela avec les "jeunes étudiants contestataires" : Fernando Rincon de CNN.

"Vous m’entendez Fernando ?" En direct du Vénézuela avec les "jeunes étudiants contestataires" : Fernando Rincon de CNN.

 

Jamais au monde, aucun mouvement de la « jeunesse » n’aura bénéficié d’un soutien aussi empressé, suspect et systématique, que celui qui émane de la Sociedad Interamericana de Prensa (SIP) (laquelle avait déjà été trés active dans la campagne internationale contre le gouvernement Allende peu avant le coup d’État de Pinochet en 1973). La SIP a demandé à ses patrons de médias affiliés qu’ils consacrent quotidiennement au moins une page pour dénigrer le gouvernement du Venezuela. L’immense majorité des medias privés n’est pas en reste, qui met au pinacle les actions délictuelles de l’opposition, et passe sous silence les massives et convergentes manifestations pour la paix qui mobilisent l’immense majorité du peuple « bolivarien ».

Jamais au monde, aucun mouvement de la « jeunesse » n’aura bénéficié d’un soutien aussi assidu des 3 groupes de presse dominants d’Amérique latine : GDA (Grupo de Diarios de las Americas), ANDIARIOS (Asociacion de Editores de Diarios et Medios Informativos), PAL (Grupo Periodicos Asociados Latinoamericanos), qui regroupent à eux seuls, 82 journaux qui publient jour après jour leur page sur le Venezuela.

Bien évidemment, aucun mouvement étudiant ou de la jeunesse digne de ce nom, n’accepterait le patronage d’hommes tels que l’ex président colombien Uribe, intimement lié au secteur paramilitaire et responsable de crimes massifs contre l’humanité, qui s’emploie aujourd’hui à réunir un million de signatures en faveur du renversement du gouvernement légitime du Venezuela ; d’individus tels que le président en exercice de l’OEA, qui s’est immiscé dans les affaires intérieures du Venezuela en tentant de dépêcher sur place une commission d’enquête ; de personnes telle que le Haut Commissaire pour les Droits de l’Homme de l’ONU, qui attend du Venezuela que soient déférés devant la justice, les responsables des attaques contre les manifestants anti-gouvernementaux ; de responsables tels que le Secrétaire d’Etat états-unien, ou d’institutions telles que la Chambre des Représentants de ce même pays, qui déplore quant à elle « l’inexcusable violence exercée contre les dirigeants et les manifestants de l’opposition vénézuéliens ».

Il est frappant qu’aucun de ces groupes de presse, aucune de ces structures institutionnelles ne se soit prononcée en faveur de jeunes et d’étudiants tels que ceux qui au Chili -et ailleurs- réclament la gratuité de l’enseignement supérieur et subissent la répression de gouvernements néo-libéraux. Ni n’ont appuyé les mouvements des travailleurs colombiens en lutte contre le Traité de Libre Commerce. En revanche, ces corporations médiatiques ont toujours manifesté leur sympathie envers des interventions impériales contre des gouvernements démocratiques

Parallèlement aux actes de violence que les médias encensent d’une manière disproportionnée, ce sont uniquement les terroristes cagoulés qui s’attellent à justifier le recours à un coup d’Etat, qui en appellent à une intervention étrangère, ou qui soutiennent l’établissement d’un « territoire libéré » qui légitimerait la sécession des riches états (vénézuéliens) frontaliers.

 

A Valencia, dans le centre du pays, des étudiants de droite "pendent" des effigies de militants bolivariens, dans le plus pur style de la terreur du paramilitarisme colombien ou des cartels de la drogue mexicains.

A Valencia, dans le centre du pays, des militants de droite "pendent" des effigies de militants bolivariens, dans le plus pur style de la terreur du paramilitarisme colombien ou des cartels de la drogue mexicains.

Sous l'effigie d'un chaviste pendu haut et court, la dirigeante de droite María Corina Machado tient un discours dans l'État de Tachira (région sous influence des paramilitaires colombiens et des mafias de la contrebande, où ont débuté les violences de février 2014).

Sous l’effigie d’un chaviste pendu haut et court, la dirigeante de droite María Corina Machado tient un discours dans l’État de Tachira (région sous influence des paramilitaires colombiens et des mafias de la contrebande, où ont débuté les violences de février 2014).

Le terrorisme mercenaire.

A ce sombre tableau d’ensemble s’ajoute la conversation téléphonique entre le dirigeant de l’opposition Requesens et un complice. Cet échange porte sur l’abandon des activités subversives de certains terroristes, du fait qu’il aurait négligé de les dédommager totalement en retour de leurs actes de destruction (1000 bolivares par jour et 3000 bolivars/jour pour les motards). Nous n’approuvons pas particulièrement l’interception des communications privées, mais encore moins les mercenaires stipendiés pour assassiner des compatriotes.

Par ailleurs, le ministre de l’Intérieur et de la Justice Miguel Rodriguez Torres a rendu publique la nouvelle selon laquelle parmi les détenus on compte des paramilitaires. Ces éléments d’information aident à tracer les contours de la nébuleuse qui est à l’origine des actes terroristes. Ils en restituent la véritable nature. Et ils explicitent la persistance de traits spécifiques, qui rendent ces procédés totalement étrangers aux étudiants. Nous songeons à des actes tels que les assassinats sélectifs (balles dans la tête), les actions de sabotage à grande échelle, et la destruction aveugle des biens publics et privés.

Ces dix dernières années, nous nous sommes souvent inquiétés face à la politique d’infiltration des para-militaires. Lesquels supervisent les agissements de la pègre créole, tout en dominant les secteurs du commerce informel et de la contrebande d’aliments de médicaments et de carburant vers la Colombie et les Caraïbes; ils prélèvent également des impôts sur les ventes illicites, pratiquent le racket, et sont impliqués dans le trafic de personnes et de stupéfiants. Ils lavent des capitaux, régentent le secteur des casinos et des jeux d’argent, font l’acquisition d’entreprises de transport. Ils assassinent également des syndicalistes ou des leaders des comunes en construction, tant en milieu agraire, qu’en milieu urbain.

Bien qu’ils soient en tant que tels suffisamment préoccupants, il convient d’ajouter ce qui suit : les paramilitaires colombiens pénètrent d’une manière continuelle sur le territoire national. Selon des sources fiables, ces derniers prélèveraient également des impôts et des rançons. Cet état de fait concerne les états (vénézuéliens) frontaliers. En outre, feu le Président Hugo Chavez Frias avait annoncé que ces groupes auraient pris pied dans la capitale.

Les paramilitaires s’installent dans des zones populaires et recourent à l’argent du narcotrafic pour prendre la tête d’activités financières de type usuraire. Ils organisent le trafic de personnes, de drogue, des tueurs à gage. Ils s’intéressent de près au secteur illégal des jeux d’argent (loterie, casinos) et machines à sous installées dans les débits de boisson. Certains de ces groupes de para-militaires vont jusqu’à prendre le contrôle de lignes de transport. D’autres industries présentant un intérêt stratégique, ne sont pas délaissées.

En cas d’intervention, ces noyaux paramilitaires sont autant de têtes de pont potentielles. Ils en sont également la « cinquième colonne ». Ils pourraient être le détonateur qui déclencherait une guerre civile. Ils pourraient également être de ceux qui chercheraient à enrayer la mobilisation des secteurs populaires, s’il advenait qu’un conflit interne au Venezuela éclate. Une déstabilisation interne du type de celui qui a débouché sur le 13 avril 2002.

Il semble bien que nous nous trouvions confrontés à la concrétisation de ce scénario. Bénéficiant du soutien des polices municipales concernées, tout un réseau d’agents perturbateurs dont les principales municipalités gouvernées par l’opposition seraient autant de points d’appui, auraient la faculté de tenir sur pied durant un mois, forts de la présence d’un complexe maillage terroriste.

 

L'ex-président Uribe Alvaro Uribe, un des principaux soutiens financiers et paramilitaires, avec les États-Unis, de l'insurrection de l'extrême-droite au Venezuela.

L’ex-président Uribe Alvaro Uribe, un des principaux soutiens financiers et paramilitaires, avec les États-Unis, de l’insurrection de l’extrême-droite au Venezuela.

La liberté sur Internet.

L’Institut Presse et Societé soutient la thèse selon laquelle se serait l’exécutif national qui aurait fait appel à la capacité délibérative qu’accordent les réseaux sociaux à la population. Entre février et mars 2014, il a été affirmé que Twitter avait été bloqué partiellement. La société publique CANTV a nié toute responsabilité en la matière. De son côté l’entreprise twitter n’a jamais confirmé qu’un tel blocage ait jamais existé. En réalité le flux intense des deux parties n’a jamais cessé, le Venezuela étant un des pays du continent connaissant l’usage le plus élevé des réseaux sociaux, même si, en revancha, des miliers de compte de militants bolivariesn furent mystérieusement supprimés par Twitter durant 24 heures et une partie seulement rétablie aprés protestations des usagers.

S’exprimant sur ce sujet, le Ministère du Pouvoir Populaire pour la Communication et l’Information, insiste sur le fait que « le Venezuela est à l’heure actuelle victime d’une stratégie relevant de la cyberguerre. En effet, toute une série d’attaques cybernétiques et informatiques cherche à pénétrer -pour la détruire- la plateforme des technologies de communication et d’information du gouvernement ». Durant ce laps de temps, « pas moins de 160 sites internet (hautement sensibes) du secteur public tels ceux de Pdvsa, des ministères de la Défense, des Finances, de la telefonica CANTV, et de la Commission Nationale des Télécommunications ont eu à subir des attaques systématiques visant à pénétrer leurs systèmes d’information respectifs. Et ce, afin de les rendre inutilisables ». Cette attaque a mis en péril 266 000 domaines publics et privés. Par ailleurs, certains des sites relevant du secteur public ont eu à subir pas moins de 10 millions d’attaques focalisées sur un temps restreint (quelques heures).

Au Venezuela, l’accès à Internet et aux réseaux sociaux est entièrement libre. Or, l’opposition use et abuse de ces technologies pour adresser au plus grand nombre des messages haineux et discriminatoires. Karen Rojas Mata écrira par exemple qu’il faut tuer tous ces maudits chavistes. Mayelis Colmenarez : Chaque fois que je croise des chavistes, j’ai envie d’avoir en ma possession un mitraillette et tatatatata, de les tuer. Oscary : je me sens mal à l’aise lorsque je vois un groupe de chavistes parlant de leur Président. Une seule envie me prend : sortir un fusil et les tuer tous.

A tout cela, se mêle la diffusion de rumeurs et de nouvelles infondées. Nous en voulons pour preuve les scènes de répression dont on a prétendu qu’elles se déroulaient au Venezuela alors qu’elles avaient été prises en Turquie, au Chili, en Egypte, en Espagne, au Brésil ou en Syrie ; les annonces ayant trait à de supposées ruptures d’approvisionnement ; les allégations prophétisant le collapsus de l’économie vénézuélienne ; les attaques médiatiques visant à déstabiliser la monnaie nationale ; la pure invention d’événements divers, mais aussi le recours à toute série de méthodes consistant à instrumentaliser l’outil Internet et les réseaux sociaux, et les associer par voie de conséquence, au terrorisme.

C’est dans ce contexte, qu’il faut interpréter l’émergence d’une xénophobie hystérique que dénoncera Eduardo Rothe dans son article « De la haine ». Partie prenante de l’actuel coup d’Etat prenant pour cible la démocratie vénézuélienne, la CIA (fidèle à elle-même) a intensifié -par le truchement des réseaux sociaux- sa campagne sur la ¨cubanisation¨ du Venezuela lancée il y a 10 ans. Elle a réussi à s’insinuer dans les cerveaux des opposants. Il en est ainsi du malsain Padre Palmar, mais aussi de la jeunesse dorée qui s’exprime sur twitter. Ils rapportent tous que des camions de transport de troupes cubains convergent sur Caracas ; ou que des officiers du G2 cubain seraint ceux qui donneraient les ordres à Fuerte Tiuna (complexe militaire et siège du Ministère vénézuélien de la Défense). La seule et unique preuve avancée, ce sont les photographies de soldats vénézuéliens, teintées de racisme. Car « Au Venezuela, nous n’avons pas de noirs aussi noirs que ceux-ci »…

Luis Britto García

 

Traduction : Jean-Marc del Percio


Original (espagnol) : http://luisbrittogarcia.blogspot.com/2014/04/venezuela-medios-de-comunicacion-y.html

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/13/venezuela-medias-et-terrorisme-par-luis-britto-garcia/ 

Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Dimanche 13 avril 2014 7 13 /04 /Avr /2014 08:15
Mark Weisbrot, co-directeur du Centre for Economic and Policy Research in Washington DC (CEPR)

Mark Weisbrot, économiste, co-directeur du Centre for Economic and Policy Research, Washington DC (CEPR)


Nate Silver, rendu célèbre par sa capacité à manier les données électorales pour projeter avec succès les résultats des élections aux USA, a lancé le mois dernier un nouveau blog – FiveThirtyEight.com. Ce fut un démarrage difficile, “quelque chose entre une déception et un désastre” comme Paul Krugman l’a écrit après son lancement, en constatant le mauvais traitement de certains éléments et des “affirmations basée sur l’emploi désinvolte et bâclé de quelques données, comme le dit la vieille expression, à la manière dont un ivrogne utilise un réverbère — comme support, non comme éclairage” dit Krugman.

Je laisse le lecteur juger si cette image s’applique à l’article publié dans FiveThirtyEight le 17 mars par Dorothy Kronick sur le Venezuela. Bien qu’il soit devenu banal de publier à peu près n’importe quoi sur le Venezuela du moment que ce soit négatif pour le gouvernement, au CEPR nous appliquons les mêmes mesures aux mêmes produits.

La thèse de l’article de D. Kronick est étrange. Tout en notant correctement que la polarisation politique au Venezuela épouse à l’extrême les coupures de classe, avec des groupes de haut revenu qui tendent à soutenir les protestations et les vénézuéliens de moindre revenu appuyant le gouvernement, l’auteur pose la question rhétorique : ¨pourquoi la division ?¨et répond :

Le désaccord sur la vision politique pour leur pays proviendrait en partie du fait qu’ils utilisent des références différentes pour mesurer le ¨chavisme¨ : alors que les chavistes comparent le Venezuela d’aujpurd’hui à celui d’avant la révolution, l’opposition compare la situation économique actuelle avec les récents développements dans le reste de l’Amérique Latine.

Je pense que l’auteure veut dire que le chavisme semble meilleur si on le compare à l’ère d’avant Chávez que si on le compare avec le reste de l’Amérique Latine. Il est très facile de répondre à la première partie : le PIB per capita a chuté de plus de 15 pour cent au cours des 20 années qui ont précédé Chávez (1978-1998). Cependant, il n’existe aucune preuve que les deux parties fassent ces comparaisons. Quels électeurs dans le monde jugent-ils leur gouvernement en se basant sur une comparaison avec ses voisins ? Si c’était le cas aux États-Unis par exemple, les taux d’approbation du président Obama seraient très élevés et les démocrates voleraient vers une victoire éclatante aux électiosn pour le Congrès en novembre grâce à la comparaison du niveau de revenu se ferait avec l’Europe, qui s’est comportée de manière bien pire dans sa récupération de la grande récession depuis 2009.

Voyons maintenant la comparaison entre le Venezuela et le reste de l’Amérique Latine. Est-il probant ou même logique d’évaluer la performance des gouvernements de 9hávez (et de ical to judge the entre le Vu se ferait avec l’e rnement, au isChávez (et de Maduro) depuis 1999, l’année où le premier a pris ses fonctions ? Pendant les quatre premières années le gouvernement bolivarien ne contrôlait pas la compagnie nationale pétrolière, qui compte pour 50 pour cent dans les ressources du gouvernement et pour 90 % dans les bénéfices de l’exportation. Cette compagnie était sous contrôle de l’opposition qui l’a utilisée pour saboter l’économie et pour lancer plusieurs tentatives de renevrser le gouvernement. Comme le journaliste d’opposition Teodoro Petkoff l’a écrit par la suite, l’opposition vénézuélienne a suivi une stratégie de “prise de pouvoir militaire” de 1999 à 2003 (brièvement couronnée de succès lors du coup d’État d’avril 2002).  La dernière tentative de l’opposition pour prendre le contrôle de l’industrie pétrolière en décembre 2002 a provoqué une perte de 24 % du PIB, comparable au pire moment de la récession états-unienne. Elle a aussi mené à une forte chute permanente de la production des champs pétrolifères traditionnels du Venezuela.

Pour poser une question analogue en ce qui concerne les États-Unis : si Paul Ryan (congressiste républicain ultra-libéral, NdT) contrôlait la Réserve fédérale et augmentait les taux d’intérêt à 25 %, pour plonger l’économie américaine dans une grave récession alors que le président Obama était au pouvoir, Obama serait-il responsable des résultats de l’économie américaine au cours de cette récession ? Bien sûr, si vous êtes un opposant inconditionnel, vous pouvez blâmer Chávez pour tous ces dégâts en disant que s’il avait fait ce que ses adversaires politiques voulaient qu’il fît (au lieu d’accomplir le programme pour lequel avait voté les électeurs), alors il n’y aurait pas eu cet énorme sabotage de l’économie. Mais je ne voudrais pas mettre Dorothy Kronick ou Nate Silver dans cette catégorie.

Même si D. Kronick peut avoir d’autres raisons de tenir le gouvernement pour responsable des dommages économiques causés par ses adversaires, nous ne pouvons pas commencer à 1999. Le gouvernement a finalement obtenu le contrôle de l’industrie pétrolière en 2003. Mais reprendre la mesure à partir de 2003 ne serait pas juste non plus pour ceux qui critiquent le gouvernement, car cela reviendrait à mesurer la croissance depuis un point très bas. La façon juste de le faire est de recommencer en 2004, lorsque le PIB a rattrapé le niveau d’avant la récession. C’est une mesure valable des années Chávez/Maduro.

Si l’on regarde la croissance du PIB par habitant entre 2004 et 2013, l’image change de façon significative. Le Venezuela est le 12ème sur 20 pays latino-américains, et plus important encore pour la comparaison faite par D. Kronick, il égale la Bolivie avec une croissance du PIB annuel par habitant de 2,7 pour cent. (D. Kronick utilise la Bolivie comme une comparaison pour affirmer que le Venezuela ne s’est pas bien porté sous les années Chávez/Maduro).


Amérique latine: croissance annuelle, PIB par habitant 2004-2013 


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 Source: FMI.

L’auteure note la réduction de la pauvreté au Venezuela, mais pour une raison inconnue, ne la compare pas à celle des autres pays. Toutefois, si nous faisons cette comparaison, nous voyons que le Venezuela est la quatrième de 9 pays d’Amérique du Sud plus le par Bolivie, la comparaison choi qumpraisonnerenevrser le gouvernement, au is Mexique dans le pourcentage de réduction de la pauvreté et aussi de l’extrême pauvreté; notons qu’il est en avance sur la Bolivie, la comparaison choisie par Kronick, et loin devant la moyenne de l’Amérique latine dans son ensemble. Cette mesure comprend le revenu mesuré uniquement en espèces; si nous devions mettre une valeur monétaire sur les augmentations de l’accès gratuit aux soins de santé, à l’éducation et au logement, le rang du Venezuela monterait de manière significative.

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Source: CEPAL, Commission Économique Pour l’Amérique Latine (ONU).

Remarque: Les exposants se rapportent à des périodes de temps reflétées dans le graphique; (1) 2004-2012, (2) 2004-2011, (3) 2003-2011, et (4) de 2007 à 2012.

 

Le reste des comparaisons de Kronick ne prend pas en compte le niveau de vie. L’inflation est bien sûr devenue un problème grave au cours des 16 derniers mois, et si elle devait se poursuivre à ce rythme, elle pourrait nuire à la production, à l’emploi et éventuellement à la répartition des revenus. Cependant, nous ne pouvons pas affirmer que ce sera le cas; par exemple, l’inflation annuelle était de 39 pour cent en Février 2003, mais a baissé en février 2014. Donc, tout ce que nous pouvons faire actuellement pour une comparaison de ce genre est de comparer les mesures du niveau de vie et la protection sociale de 2004 à nos jours, avec les dernières données disponibles. Beaucoup de gens ne sont pas conscients de ce fait, mais l’inflation n’est pas une mesure du niveau de vie.

Pas plus que ne l’est le montant des réserves de liquidités détenues par le gouvernement central du Venezuela, qui est comparé avec la Bolivie dans cet article. Il n’est pas dit clairement pourquoi nous devrions penser que c’est un point de comparaison important, ou pourquoi les Vénézuéliens devraient s’en soucier. Selon le dernier rapport de Bank of America Merrill Lynch, les actifs liquides et semi-liquides de la banque centrale, de PDVSA, et d’autres avoirs du gouvernement totalisent plus de 50 milliards de dollars, ce qui est un montant tout à fait raisonnable de réserves par rapport aux importations du Venezuela (équivalent à la valeur d’une année). Et ce d’autant plus que la monnaie du Venezuela n’est pas directement convertible (il existe des contrôles de change). Il n’est pas clair pourquoi les réserves de trésorerie serait la mesure la plus pertinente pour la balance des paiements.

D. Kronick compare également la dette publique extérieure du Venezuela avec celle de la Bolivie, qui montre que celle du Venezuela est plus élevée, à environ 27 pour cent du PIB alors que la Bolivie en est à 16 pour cent du PIB. Bien sûr, ce n’est pas une mesure du niveau de vie soit, mais cela pourrait être pertinent si on considère que le Venezuela est confronté à une sorte de crise de la dette. Mais ce n’est pas le cas. Si nous comparons, il est important de souligner que la Bolivie avait un montant de dette extérieure à 10 pour cent de son PIB – due à la Banque interaméricaine de développement – qui fut annulée en 2007. Ce chiffre représente la quasi-totalité de la différence entre la la dette publique extérieure de deux pays. Ce fut Chávez, d’ailleurs, qui réussit à faire annuler la dette en poussant d’autres gouvernements d’Amérique du Sud à l’accepter (ce mouvement comprenait également l’annulation de la dette pour le Honduras, Haïti, le Guyana et le Nicaragua).

La comparaison de la réduction de la mortalité infantile entre le Venezuela et le reste de l’Amérique latine est aussi peu valide. D. Kronick mesure le pourcentage de réduction annuelle mais bien sûr, il est beaucoup plus facile de réduire la mortalité infantile de 1 point de pourcentage si vous êtes à 60 pour mille que si vous êtes déjà tombé à 18 comme le Venezuela. Comme l’explique le graphique ci-dessous, le Venezuela a commencé la période (ici vous pouvez utiliser 1999 ou 2004 comme ici, cela ne change pas la photo) avec le cinquième le plus bas taux de mortalité infantile et a terminé la période avec le sixième le plus bas taux de mortalité infantile.


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Il y a d’autres comparaisons tout aussi peu pertinentes (par exemple, Kronick écrit que Chávez a remporté l’élection de 2012 par "seulement" 11 points d’avance, c-à-d moins que les autres titulaires) mais cela ne vaut pas la peine de les relever toutes. L’article illustre bien le commentaire initial que Krugman fait sur ce blog, celui d’utiliser (ou d’abuser) des chiffres sans cadre cohérent.

La comparaison avec la Bolivie, par exemple, aurait pu être instructive pour illustrer deux importantes erreurs de politique économique importantes faites par le gouvernement vénézuélien, si l’auteur avait disposé d’un cadre cohérent. Bien que la Bolivie n’avait nul besoin de 50 pour cent du PIB en réserves de liquidités, le gouvernement Morales a maintenu le taux de change bolivien très stable pendant sept ans. Les boliviens ont utilisé un flottement dirigé sans cible pré-annoncée, et accumulé suffisamment de réserves (tout en utilisant des contrôles de change) pour maintenir le taux de change dans une fourchette étroite. Le système du taux de change au Venezuela, en revanche, a été beaucoup moins stable et a rencontré des difficultés graves depuis un an et demi, avec une forte hausse du prix du dollar sur le marché noir et une forte augmentation conséquente de l’inflation.

La seconde comparaison intéressante entre la Bolivie et le Venezuela porte sur leur réponse à la crise financière et à la récession mondiales de 2008-09. La Bolivie – en partie à cause des plans déjà mis en route – disposait d’une large stimulation fiscale et a fini avec pratiquement la meilleure performance en termes de croissance de l’hémisphère en 2009. Le Venezuela a répondu avec des réductions de dépenses pro-cycliques et a donc connu une récession qui a duré un et demi (toute l’année 2009, plus de la première année de l’année 2010). Si le gouvernement vénézuélien avait adopté des politiques anticycliques, sa croissance durant la dernière décennie aurait été plus élevée que la Bolivie et en avance sur la plupart des pays de la région.

Bien sûr, si la tendance des 16 derniers mois devait se maintenir, l’économie vénézuélienne suivrait une autre voie et pourrait en effet afficher des résultats moindres que ceux des pays voisins dans son but affiché d’élever le niveau de vie des vénézuéliens. Mais l’auteure prétend que ceci s’est déjà produit sous les années Chávez/Maduro – et sur ce point, les données vont dans le sens contraire de ses affirmations.

Finalement, toute évaluation des années Chávez/Maduro devrait prendre en compte les milliards de dollars de coopération extérieure que le Venezuela a fournis à la région – un fait probablement sans précédent pour une économie de cette taille. Du point de vue d’un opposant, bien sûr, cela ne mérite aucun crédit. Mais quand on considère ce qui s’est passé avec les recettes pétrolières de cette époque qui ne furent pas réinvesties sur place, il y a ici une grande différence avec le fait de les transférer sur un compte en Suisse comme c’est le cas pour de nombreux alliés des États-Unis. D’un point de vue économique, humain et moral, cela mérite d’être pris en compte.


Mark Weisbrot

Source: CEPR


Traduit de l’anglais par Thierry Deronne


URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/13/fivethirtyeight-se-trompe-sur-le-venezuela-par-mark-weisbrot-cepr-washington/

Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Samedi 12 avril 2014 6 12 /04 /Avr /2014 10:52

La vérité sur le Venezuela : une révolte des classes aisées, pas une « campagne de terreur » (The Guardian, Mark Weisbrodt)

La rhétorique de John Kerry est déconnectée de la réalité sur le terrain, où la vie continue – même sur les barrages

 

Les images forgent la réalité et octroient un pouvoir à télévision et aux vidéos et même aux photos qui peuvent s’enfoncer profondément dans la conscience des gens sans même qu’ils s’en rendent compte. Moi aussi j’ai pensé que j’étais à l’abri de ces représentations répétitives du Venezuela comme un état défaillant pris dans les affres d’une révolte populaire. Mais je ne m’attendais pas à ce que j’ai vu à Caracas ce mois-ci : combien peu de la vie quotidienne semble être affectée par les manifestations et combien la normalité prévalait dans la grande majorité de la ville. Moi aussi, j’avais été happé par les images des médias.

De grands médias ont déjà indiqué que les pauvres du Venezuela n’ont pas rejoint les protestations de l’opposition de droite, mais c’est un euphémisme : ce ne sont pas seulement les pauvres qui s’abstiennent – à Caracas, c’est pratiquement tout le monde à l’exception de quelques zones riches comme Altamira, où de petits groupes de manifestants se livrent à des batailles nocturnes avec les forces de sécurité, jetant des pierres et des bombes incendiaires et fuyant les gaz lacrymogènes.

En marchant dans le quartier de la classe ouvrière de Sabana Grande au centre de la ville, il n’y avait aucun signe que le Venezuela est en proie à une « crise » qui nécessite une intervention de l’Organisation des États américains (OEA), et peu importe ce que John Kerry vous raconte. Le métro fonctionnait normalement aussi, même si je n’ai pas pu descendre à la gare d’Altamira, où les rebelles avaient établi leur base d’opérations avant leur expulsion cette semaine.

 

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Photos : manifestation de droite dans le quartier cossu d’Altamira. Slogans : "Maten a Maduro" ("Tuez Maduro") et "Viva el cancer" ("Vive le cancer", allusion a Chavez)

 

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J’ai eu mon premier aperçu des barrages à Los Palos Grandes, une zone de revenus supérieurs où les manifestants ont le soutien de la population, et où les voisins s’en prennent à ceux qui tentent de démonter les barrages – une opération risquée (au moins quatre personnes ont apparemment été abattues en tentant de le faire). Mais même ici, sur les barrages, la vie est à peu près normale, à part quelques embouteillages. Le week-end, le Parque del Este était plein de familles et de coureurs en sueur dans la chaleur étouffante – avant Chávez, on m’a raconté qu’il fallait payer pour y entrer, et les résidents ici étaient déçus quand les moins bien lotis ont été autorisés à entrer gratuitement. Le soir, les restaurants sont toujours pleins.

Voyager permet plus qu’une simple vérification de la réalité, bien sûr, et j’ai visité Caracas principalement pour recueillir des données sur l’économie. Mais je suis revenu très sceptiques quant aux récits rapportés chaque jour dans les médias et selon lesquels les pénuries croissantes de produits alimentaires de base et des biens de consommation sont une motivation sérieuse pour les manifestations. Les gens qui sont les plus incommodés par ces pénuries sont, bien sûr, les pauvres et les classes ouvrières. Mais les habitants de Los Palos Grandes et Altamira, où j’ai vu de véritables manifestations, ont des serviteurs qui font la queue pour eux et ils ont les moyens et l’espace pour faire des stocks.

Ces gens-là ne souffrent pas – ils s’en sortent très bien. Leur revenu a augmenté à un rythme constant depuis que le gouvernement Chávez a pris le contrôle de l’industrie pétrolière, il y a dix ans. Ils bénéficient même d’une mesure coûteuse pour le gouvernement : n’importe qui avec une carte de crédit (ce qui exclut les pauvres et les millions de personnes qui travaillent ) a droit à 3000 $ par an à un taux de change subventionné. Ils peuvent ensuite vendre ces dollars à 6 fois le prix qu’ils ont payé, ce qui équivaut à une subvention annuelle de plusieurs milliards de dollars pour les privilégiés – mais ce sont eux qui fournissent la base et les troupes de la rébellion.

La nature de classe de cette lutte a toujours été évidente et incontournable, aujourd’hui plus que jamais. En passant devant la foule qui s’est présentée pour les cérémonies du 5 Mars pour marquer l’anniversaire de la mort de Chávez, c’était une marée humaine de Vénézuéliens de la classe ouvrière, des dizaines de milliers d’entre eux. Il n’y avait pas de vêtements de luxe ou de chaussures à $300. Quel contraste avec les masses mécontentes de Los Palos Grandes, avec leurs Jeeps Grand Cherokee à $40 000 affichant le slogan du moment : SOS VENEZUELA.

Quand il s’agit du Venezuela, John Kerry sait de quel côté de la guerre de classe il se situe. La semaine dernière, alors que je quittais la ville, le secrétaire d’État des États-Unis a redoublé de violence dans sa rhétorique contre le gouvernement, accusant le président Nicolás Maduro de mener une « campagne de terreur contre son propre peuple ». Kerry a également menacé d’invoquer la Charte démocratique interaméricaine de l’OEA contre le Venezuela, ainsi que des sanctions.

Brandissant la Charte démocratique contre le Venezuela est un peu comme menacer Vladimir Poutine avec un vote parrainé par l’ONU sur la sécession en Crimée. Peut-être que Kerry ne l’a pas remarqué, mais quelques jours avant ses menaces, l’OEA s’est saisi d’une résolution que Washington a présenté contre le Venezuela en l’a retourné contre lui, en déclarant « la solidarité » de l’organisme régional avec le gouvernement de Maduro. Vingt-neuf pays l’ont approuvé, seuls les gouvernements de droite de Panama et le Canada se sont rangés du côté des États-Unis.

L’article 21 de la Charte démocratique de l’OEA s’applique à l’ « interruption inconstitutionnelle de l’ordre démocratique d’un Etat membre » (comme le coup d’état militaire de 2009 au Honduras que Washington a contribué à légitimer, ou le coup d’État militaire de 2002 au Venezuela, appuyé encore plus par le gouvernement des Etats-Unis). Compte tenu de son récent vote, l’OEA serait plus susceptible d’invoquer la Charte démocratique contre le gouvernement américain pour ses meurtres sans procès de citoyens américains par drones que de condamner le Venezuela.

 

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La rhétorique de Kerry sur la « campagne de terreur » est également déconnectée de la réalité, et de façon prévisible a provoqué une réaction équivalente du ministre des Affaires étrangères du Venezuela, qui a qualifié Kerry d’ « assassin ». Voici la vérité sur ces accusations de Kerry : depuis que les manifestations au Venezuela ont commencé, il semble que plus de gens ont été tués par des manifestants que par les forces de sécurité. Selon les décès signalés par le CEPR le mois dernier, en plus de ceux tués pour avoir tenté de démonter des barricades, environ sept ont apparemment été tués par des obstacles installés par les manifestants – dont un motard décapité par un fil tendu à travers la route – et cinq officiers de la Garde nationale ont été tués.

 

 Opposante chilienne en 1973 : "Il faut chasser du Chili tous ces communistes et ce gouvernement marxiste de dégénérés, immondes. pourris, corrompus !”


Quant à la violence de la répression, au moins trois personnes semblent avoir été tués par la Garde nationale ou d’autres forces de sécurité – dont deux manifestants et un militant pro-gouvernemental. Certains blâment le gouvernement pour trois meurtres supplémentaires par des civils armés ; dans un pays avec une moyenne de plus de 65 homicides par jour, il est tout à fait possible que ces gens aient agi de leur propre chef.

21 membres des forces de sécurité sont en état d’arrestation pour abus, y compris pour certains des meurtres. Il n’y a pas de « campagne de terreur ».

Dans le même temps, il est difficile de trouver une dénonciation sérieuse de la violence des principaux dirigeants de l’opposition. Les sondages indiquent que les protestations sont très impopulaires au Venezuela, même si elles font beaucoup mieux à l’étranger où elles sont présentées comme des « manifestations pacifiques » par des gens comme Kerry. Les sondages indiquent également que la majorité des Vénézuéliens voient ces perturbations pour ce qu’elles sont : une tentative de renverser le gouvernement élu.

La politique intérieure de la posture de Kerry est assez simple. D’une part, vous avez le lobby de la droite cubano-américaine en Floride et leurs alliés néo-conservateurs qui réclament à cors et à cris le renversement du gouvernement. A gauche de l’extrême droite, il n’y a… rien. Cette Maison Blanche se soucie très peu de l’Amérique latine, et il n’y a pas de conséquences électorales à faire en sorte que la plupart des gouvernements du continent soient un peu plus dégoûtés de Washington.

Peut-être que Kerry pense que l’économie vénézuélienne va s’effondrer et que cela entraînera quelques Vénézuéliens pas-si-riches dans les rues contre le gouvernement. Mais la situation économique se stabilise – l’inflation a diminué en Février, et le dollar sur le marché noir a fortement baissé à l’annonce que le gouvernement mettait en place un nouveau taux de change, basé sur le marché. Les obligations souveraines du Venezuela ont eu un rendement de 11,5% entre le 11 Février (veille des manifestations) et le 13 Mars, soit le rendement les plus élevé de l’indice du marché Bloomberg en dollars des pays émergents. Les pénuries seront probablement réduites dans les semaines et mois à venir.

Evidemment, c’est justement là le problème principal de l’opposition : la prochaine élection est prévue dans 18 mois, et à ce moment, il est probable que les pénuries économiques et l’inflation qui avaient tellement augmenté au cours des 15 derniers mois auront diminué. L’opposition perdra alors probablement les élections législatives, car elle a perdu toutes les élections de ces 15 dernières années. Et la stratégie insurrectionnelle actuelle n’aide pas sa cause et semble avoir divisé l’opposition et réuni les chavistes.

Le seul endroit où l’opposition semble recueillir un large soutien est Washington.

Mark Weisbrodt

Traduit par Viktor Dedaj

Source: Le Grand Soir

Article original: The Guardian (anglais)

 

Des manifestants des quartiers huppés de Caracas (de peau blanche car descendants d’européens, souvent les plus radicaux au sein de l’extrême droite) se font prendre en photo devant les “singes chavistes” (monos chavistas). Ces gardes nationaux, chargés de défendre les transports et infrastructures publiques contre les destructions sont pour la plupart issus de la majorité populaire, métisse. Ces séances photo empreintes de racisme et qui s’accompagnent souvent d’insultes, de jets d’urine, se font en présence de photographes et caméramans de médias nationaux et internationaux qui guettent les réactions des gardes. Notons que si le gouvernement a fait arrêter une femme garde nationale (ainsi qu’une quinzaine de policiers) pour usage de la violence ou homicides, la quasi-totalité de ce corps armé est resté dans son rôle de contention pacifique, fait resté “hors champ” des médias internationaux.


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Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Vendredi 11 avril 2014 5 11 /04 /Avr /2014 07:34

Vient de paraître "Ainsi parle Chávez"… ou les histoires du vendeur d’araignées

Ainsi parle Chavez

Les arañas ce sont les petits gâteaux, en forme d’araignées, préparés par sa grand-mère et que Chavez vendait à la criée dans les rues de Sabaneta, sa ville natale. Voilà par où commence toute l’histoire…

Voici l’ adaptation française du livre "Histoires du vendeurs d’araignées" (Cuentos del arañero) publié en 2012 au Venezuela par le ministère du Pouvoir populaire pour la Culture. « Ainsi parle Chavez » est une sélection de ces Cuentos del Arañero pour le public francophone, avec une cinquantaine de textes, une petite chronologie et une préface d’Ignacio Ramonet, et c’est publié par l’éditeur Bruno Leprince.

Chavez n’est pas né avec une petite cuillère en argent dans la bouche. C’est justement sur cet épisode de sa vie que revient le premier texte du livre en français. Cela plante le décor : Chavez est né dans une famille pauvre. A sa naissance, ses parents étaient très jeunes ; ils travaillaient en tant qu’instituteurs intérimaires, qui gagnaient peu d’argent, et c’est pour cela que Chavez a été élevé par sa grand-mère paternelle, tout comme son frère Adan. Chez Rosa Ines, la grand-mère, les revenus du foyer reposaient essentiellement sur la vente des petits gâteaux.

Je voudrais citer Ignacio Ramonet qui nous a fait le grand plaisir de signer la préface du livre : « Chavez était un communicateur exceptionnel, ses discours étaient agréables et accessibles, illustrés d’anecdotes, de touches d’humour et même de chansons. Son admirable facilité de parole, il l’a probablement acquise dès ses années de vendeur de rue, bavardant et négociant avec d’éventuels clients à la sortie du cinéma, des magasins, du jeu de boules ou du combat de coqs. »

 

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Oui on peut le rappeler, Chavez avait vraiment la tchatche comme on dit, et il avait ce don de dire tout haut ce que beaucoup d’entre nous pensons tout bas. Tout le monde se souvient de son discours à l’ONU en 2006, il avait osé dire en parlant du président Bush : « Hier le diable était ici, en ces mêmes lieux. Ca sent encore le soufre ici ! » Les discours de Chavez sont nombreux, percutants, passionnants.
Mais il fallait choisir. Et plutôt que de traduire des discours, j’ai choisi de traduire quelques unes de ces "histoires de vendeurs d’araignées" qui surgissaient au fil des « Aló Presidente », émission dans laquelle Chavez venait parler en direct de tous les sujets avec les Vénézuéliennes et Vénézuéliens, chaque dimanche pendant 13 ans.

Ces récits nous font entrer dans une autre dimension plus intime, plus personnelle et nous permettent de découvrir l’homme Hugo Chavez attachant, généreux et combatif jusqu’à la mort qu’il a frôlée plus d’une fois, préoccupé jusque dans ses tripes par le sort des plus démunis, soucieux d’égalité et de dignité pour son peuple.

Voilà, ce petit document est un véritable témoignage historique dans lequel on sent flotter un esprit de lutte, de solidarité, d’internationalisme et d’optimisme permanent. C’est l’expression de la révolution bolivarienne en marche, portée par Chavez et par tout un peuple qui s’est enfin senti représenté.

C’est aussi le premier tome de la collection « Amérique bolivarienne » : un clin d’œil pour rappeler à tous ceux qui l’oublient trop souvent, par la magie du langage courant dominant, que l’Amérique est un continent qui commence au Nord au Canada et descend au Sud jusqu’à la Terre de feu. « Amérique bolivarienne » pour souligner qu’aujourd’hui plusieurs gouvernements et plusieurs peuples américains ont décidé de s’unir, pour faire progresser le rêve d’unité du Libertador Simon Bolivar.
Le prochain tome de cette collectionsera consacré à des textes du président bolivien Evo Morales.

Notre intention était de faire un livre très abordable et accessible à tout public : j’espère que vous aurez autant de plaisir à le lire que j’en ai eu à le traduire. Pensez à l’offrir à vos amis français ou francophones : c’est un outil contre la désinformation !

Karine Alvarez

Ainsi parle Chávez
128 pages, format 12 x 17 cm – 6 e
Disponible en librairie
Éditions Bruno Leprince, 62, rue Monsieur Le Prince 75006 Paris – http://www.graffic.fr/amerique-bolivarienne/145-ainsi-parle-chavez-9782364880917.html

Contact presse : 01 44 41 37 23 – presse@graffic.fr

Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Mercredi 9 avril 2014 3 09 /04 /Avr /2014 21:34

Venezuela, comment renverser un gouvernement en cinq étapes

 

Les temps de la guerre "corps à corps" n’étant pas efficace, de nouvelles méthodes ont surgi pour prendre le pouvoir.

"La nature de la guerre au XXIe siècle a changé," nous révèle le politologue Gene Sharp (1), qui rappelle que "nous nous combattons avec des armes psychologiques, sociales, économiques et politiques".

Ce sont les armes qui sont utilisées actuellement pour renverser les gouvernements sans avoir recours aux armes conventionnelles. Sharp est l’auteur d’un essai polémique intitulé " De la dictature à la démocratie " qui décrit 198 méthodes pour destituer les gouvernements au moyen de ce qui est connu comme "un coups d’Etat doux ".

Ces coups d’Etat seraient réalisés au moyen d’une série de mesures qui vont de l’affaiblissement du gouvernement à la fracture institutionnelle. Ce serait le cas de ce qui arrive au Venezuela et selon certains experts, provoquée par l’opposition.

Le renversement de gouvernements en cinq phases
Les " coups d’Etat doux " se développeraient en cinq étapes :

Première étape : Elle consisterait à mener des actions pour générer et promouvoir un climat d’agitation et de malaise. Pendant ces actions, sont promulguées "de fausses allégations de corruption et la mise en place d’intrigues", remarquent les experts.

Deuxième étape : on procéderait à développer des campagnes intenses pour la défense de la liberté de presse et des droits de l’homme accompagnées d’ accusations de totalitarisme contre le gouvernement au pouvoir.

Troisième étape : Cette phase se concentrerait dans une lutte active pour des revendications politiques et sociales et en promouvant des manifestations et protestations violentes menaçant les institutions.

Quatrième étape : Dans ce point on réaliserait des opérations de guerre psychologique et une déstabilisation du gouvernement, en créant un climat "d’anarchie".

Cinquième étape : La dernière étape serait de forcer à la démission le président par des émeutes, pour contrôler les institutions, tout en maintenant la pression dans la rue. En paralèlle, le terrain est préparé à une intervention militaire, tandis qu’une longue guerre civile se développe et isole le pays sur le plan international

http://actualidad.rt.com/video/actualidad/view/120344-psicologia-economia-armas-golpe-estado

(1) Gene Sharp (né le 21 janvier 1928) est un politologue américain connu pour ses nombreux écrits sur la lutte non-violente. Il a été parfois surnommé le « Machiavel de la non-violence » ou le « Clausewitz de la guerre non-violente ». (Wikipedia)

Traduit de l’espagnol par Bernard Tornare

Il est le fondateur de l’Albert Einstein Institution, une association sans but lucratif qui étudie et promeut la résistance non-violente dans les zones de conflits actuelles. En 2012, il reçoit le Right Livelihood Award pour "avoir développé et articulé les principes fondamentaux et les stratégies de résistances non-violentes et les avoir diffusés dans des zones en conflit." La non-violence, en tant que technique d’action politique, peut être employée à n’importe quelle fin. Dans les années 1980, l’OTAN s’est intéressée à son utilisation pour organiser la résistance en Europe après une invasion de l’Armée rouge. Depuis quinze ans, la CIA en fait usage pour renverser des gouvernements récalcitrants, sans soulever d’indignation internationale. Elle dispose pour cela d’une agréable vitrine idéologique, l’Institut Albert-Einstein du philosophe Gene Sharp, qui a joué un rôle, de l’Irak à la Lituanie, en passant par le Venezuela et l’Ukraine. NDT

Source : Cómo derrocar un Gobierno en cinco pasos http://es.rt.com/viY

»» http://b-tornare.overblog.com/2014/04/venezuela-comment-renverser-un-g…

Paru dans :

http://www.legrandsoir.info/venezuela-comment-renverser-un-gouvernement-en-cinq-etapes.html

 

Par Tourtaux - Publié dans : Venezuela - Communauté : Syndicalisme
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Samedi 5 avril 2014 6 05 /04 /Avr /2014 10:49

En voulant isoler le Venezuela, Obama s’isole en Amérique latine. (Boston Globe)

Mark WEISBROT, Oliver STONE

Le Gouvernement de Bush eut l’intention politique d’essayer d’isoler le Venezuela de ses voisins, mais, au lieu de cela, sa stratégie eut pour résultat d’isoler Washington. Le Président Obama, lors de sa première rencontre avec les leaders du continent, à Trinidad en 2009, promit un renouveau dans les relations. Pourtant aujourd’hui, son gouvernement se retrouve encore plus isolé que celui de son prédécesseur, et en grande partie pour les mêmes raisons.


Un exemple qui démontre clairement cela, fut le vote très peu équilibré qui eut lieu à l’Organisation des Etats Américains (OEA) au sujet du Venezuela le 7 Mars dernier. Vingt neuf des trente deux pays non seulement rejetèrent l’intention de Washington de faire intervenir l’OEA au Venezuela, mais en plus, approuvèrent une résolution dans laquelle ils exprimaient leur solidarité avec le Gouvernement de Nicolas Maduro. Difficile de concevoir une déroute plus absolue que celle-ci, pour une institution en laquelle le gouvernement des Etats-Unis a encore un niveau d’influence élevé et disproportionné.


De façon tout à fait surréaliste, le Gouvernement d’Obama semble ne pas s’apercevoir que ce continent est très différent à ce qu’il était il y a 15 ans. Les gouvernements qui représentent la majorité de l’Amérique Latine, dont le Brésil, l’Argentine, l’Equateur, la Bolivie, l’Uruguay et le Venezuela en Amérique du Sud, et le Salvador et le Nicaragua en Amérique Centrale, sont de gauche. Ces gouvernements rejettent avec force la représentation faite par Washington des récents événements qui ont lieu au Venezuela comme si le gouvernement voulait « réprimer des manifestants pacifiques ». Si nous considérons les déclarations de ces gouvernements et des Institutions du bloc commercial Sud-Américain (Mercosur), et de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur), elles partagent le point de vue de Maduro sur ces manifestations. Elles les voient comme un essai de destituer un Gouvernement élu démocratiquement. Même la Présidente du Chili, pourtant peu encline à critiquer Washington, a utilisé, comme beaucoup d’autre, le mot « déstabilisation » pour décrire ces manifestations. Ces Gouvernements voient, de plus, que Washington utilise son pouvoir pour appuyer cet essai de déstabilisation.


C’est un scénario qu’ils ont déjà vu auparavant. En 2002, le Gouvernement de Bush a « procuré un entrainement, un développement institutionnel et d’autres sortes d’aides à des individus et des organisations qui ont été mêlées de façon active au coup d’état militaire » qui destitua brièvement le Président d’alors, Hugo Chavez, selon le Département d’Etat. Après l’échec de ce coup d’état, Washington augmenta le niveau de financement des groupes d’opposition, ce qui a continué jusqu’à aujourd’hui.


Ces leaders respectent Maduro, et ont toutes les raisons de le croire quand il dit qu’il tente par tous les moyens de faire cesser la violence. Le Gouvernement a arrêté à ce jour, 21 agents de la sécurité. Malgré les délits commis individuellement par des agents des forces de l’ordre, il n’y a aucune preuve que le Gouvernement de Maduro ait voulu recourir à la violence pour réprimer la dissidence. Depuis le début des manifestations la majorité des morts ont été causées par les manifestants et non par les forces de l’ordre.


L’Equateur et la Bolivie ont eux aussi été confrontés à des manifestations violentes quand des forces de droite similaires à celles qui sont à la tête de l’opposition vénézuélienne ont tenté de destituer leurs gouvernements en 2008 et 2010 respectivement. L’Amérique du sud conduite par le Brésil se mobilisa en leur faveur en ces occasions. Et ce fut le cas également au Venezuela en avril 2013, quand plusieurs personnes furent assassinées (cette fois toutes étaient Chavistes) lors de manifestations contre la victoire électorale de Maduro. Cette fois encore on put voir que Washington était du mauvais coté, jetant de l’huile sur le feu en refusant de reconnaitre les résultats d’élections démocratiques qui étaient absolument sûrs. La Présidente du Brésil Dilma Roussef et son prédécesseur, le toujours très aimé Lula da Silva, dénoncèrent l’ « interférence Etasunienne ».


Le fait que les Etats-Unis aient utilisé la OEA lors du coup d’état au Honduras en 2009, pour légitimer la dictature, a conduit le reste de la région a former une nouvelle organisation continentale, la Communauté des Etats d’Amérique Latine et des Caraïbes (CELAC),sans la participation des Etats-Unis et du Canada. Comme c’était prévisible, seuls les Etats-Unis et le Canada, auxquels se joignit le Gouvernement très à droite de Panama, s’opposèrent à la résolution du 7 mars.


Le reste du continent s’opposera à toute tentative des Etats-Unis de mettre au même niveau un nombre relativement bas de manifestants conduits par des politiciens d’extrême- droite et un gouvernement démocratiquement élu ; comme le fit Washington en organisant la « médiation »entre la dictature du Honduras et le gouvernement élu démocratiquement qui fut renversé en 2009.La région voit bien que Washington veut enlever toute légitimité au Gouvernement du Venezuela, fomentant dans ce but la violence et la déstabilisation.


Si le Gouvernement d’Obama désire améliorer ses relations avec la région, il pourrait commencer par s’unir au reste du continent en reconnaissant les résultats des élections démocratiques.

Oliver Stone et Mark Weisbrot


Article publié dans le Boston Globe (22/3/14). http://www.bostonglobe.com/opinion/2014/03/21/obama-wrong-isolate-vene...

Oliver Stone est réalisateur, scénariste et producteur de cinéma. Il a gagné plusieurs prix pour son travail dans des films cultes comme : Platoon, Wall Street, JFK, Né le 4 Juillet, Tueurs nés, et Nixon.

Mark Weisbrot est co-directeur du Centre d’Investigation en économie et en politique (center for economic and policy research) et a coécrit le documentaire d’Oliver Stone : South of the Border (Au sud de la frontière).

Traduit de l’espagnol par irisinda La Jornada http://www.jornada.unam.mx/2014/03/28/index.php?section=opinion&ar...


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Jeudi 3 avril 2014 4 03 /04 /Avr /2014 17:34

03/04/14 05:39

 

L'Eglise vénézuélienne accuse Maduro de dérive totalitaire

 


CARACAS (Reuters) - L'église catholique vénézuélienne a taxé mercredi le président Nicolas Maduro de dérive totalitaire et de tendance à la "répression brutale" après deux mois de troubles politiques qui ont fait plusieurs dizaines de morts.


Le clergé entretenait des relations tendues avec son prédécesseur Hugo Chavez, décédé il y a un an, mais les propos tenus par Mgr Diego Padron, président de la conférence épiscopale, sont d'une rare virulence.


Selon l'archevêque, la crise est due aux efforts déployés par le gouvernement pour mettre en oeuvre les projets laissés par Chavez, baptisés "plan pour la mère patrie".


"Dans ce cadre, ils cachent la promotion d'un régime de type totalitaire, ce qui sème le doute sur leurs engagements démocratiques", a-t-il affirmé, donnant lecture d'un communiqué du clergé.


Tout en reconnaissant aux étudiants le droit de manifester, l'Eglise condamne aussi bien les contestataires qui érigent des barricades que la "répression brutale" des forces de l'ordre.


Partis début février des universités, les troubles qui ont fait 39 morts, moins d'un après l'élection de Nicolas Maduro, sont sans précédent depuis l'éphémère coup d'Etat d'avril 2002 contre l'architecte de la "révolution socialiste bolivarienne".


Les contestataires réclament la démission du chef de l'Etat et dénoncent l'inflation, les pénuries ou la criminalité, qui reste l'une des plus élevées au monde.



(Eyanir Chinea, Jean-Philippe Lefief pour le service français)


http://bourse.challenges.fr/news.hts?menu=news_actualites&urlAction=news.hts%3Fmenu%3Dnews_actualites&idnews=RTR140403_000CP008&numligne=12&date=140403&source=RTR
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Mardi 25 mars 2014 2 25 /03 /Mars /2014 21:02

Venezuela : arrestation de trois généraux soupçonnés de conspiration

 

L’équipe du site

Trois généraux vénézuéliens soupçonnés d'avoir voulu "se soulever contre le gouvernement" ont été arrêtés, a annoncé mardi le président Nicolas Maduro, soumis à plus de six semaines de contestation dans la rue.


"Nous avons arrêté trois généraux de l'armée de l'Air qui faisaient l'objet d'une enquête (...) Trois généraux qui prétendaient se soulever contre un gouvernement légitimement constitué", a déclaré M. Maduro lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union des nations sud-américaine (Unasur), à Caracas.


Ces militaires "ont des liens directs avec certains secteurs de l'opposition", a poursuivi le président socialiste.


Les trois hommes ont déjà été présentés devant un tribunal militaire, selon le président qui a ajouté que "la tentative de coup d'Etat" avait été découverte grâce "à la conscience d'officiers" venus "dénoncer un appel" à prendre les armes.


"Ce groupe arrêté a des liens directs avec des secteurs de l'opposition et disait que cette semaine serait la semaine décisive (...) C'est une guerre psychologique", a dénoncé le successeur contesté du charismatique Hugo Chavez, décédé en mars 2013.


M. Maduro s'exprimait devant les ministres de l'Unasur réunis pour tenter d'instaurer un dialogue entre le pouvoir et le reste de la société vénézuélienne afin d'en terminer avec les troubles fomentés par des groupes soutenus par les Etats-Unis.

Source: Agences

25-03-2014 - 20:21 Dernière mise à jour 25-03-2014 - 20:21

 

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