TRAPPES : L'INTOX ET LES FAUSSES PHOTOS SE BOUSCULENT AU PORTILLON SUR LA TOILE

Publié le par Tourtaux

Trappes : intox et fausses photos

L'arrestation, dans des circonstances qui restent à éclaircir, du mari d'une femme voilée, elle-même interpellée à Trappes (Yvelines), a déclenché une flambée de violences dans cette ville de banlieue parisienne. Dans la nuit du vendredi au samedi 20 juillet et, dans une moindre mesure, la nuit suivante, des bandes de jeunes ont affronté la police, brûlé des véhicules et détruit du mobilier urbain.

>> Lire nos reportages et analyses consacrées aux événements

Comme souvent lors d'événements de ce type, les tensions ont été déclinées sur les réseaux sociaux. Depuis vendredi, nombre d'informations, de documents et de commentaires y circulent. Mais toutes ne sont pas vraies, loin s'en faut. Quelques personnes, en général connues pour leur activité militante, diffusent sciemment de fausses informations.

Une image de voiture renversée... qui date de 2010

Ce qu'on pouvait voir : C'est le cas de cette photo, diffusée par Stéphane Journot, ancien militant UMP, actif durant la campagne de 2012, très engagé dans la lutte contre le mariage gay et relais actif de la campagne de Jean-François Legaret pour la primaire UMP à Paris.

 

 

L'image a immédiatement été relayée par d'autres personnes.

 

Pourquoi c'est bidon ? Mais M. Journot s'est bien gardé de dire qu'elle n'avait pas été prise à Trappes et qu'elle ne datait pas de ce week-end, mais... de 2010, lors des manifestations lyonnaises contre la réforme des retraites, qu'on peut retrouver sur la page "Big picture" du Boston Globe (photo n° 20)

Des clichés anciens

Ce qu'on pouvait voir : Stéphane Journot n'est pas le seul à jouer ce jeu. D'autres militants font eux aussi dans les fausses nouvelles, comme celui-ci :

 

Là encore, ce jeune militant de droite a cherché à attiser les tensions à l'aide de photos trouvées sur le Net. Il suffit de taper "émeutes banlieue" pour retrouver la plupart des clichés de son montage.

Par exemple, la photo montrant une silhouette bras levés sur fond de véhicule incendié date en réalité des émeutes de 2005, qui avaient suivi la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois. On la retrouve utilisée en 2007 sur le blog de Sébastien Fontenelle.

Cette photo (le premier résultat de recherche sur Google Images avec les termes "émeutes banlieue") est d'ailleurs reprise par d'autres, comme le militant UMP Nicolas Pauzie, qui l'attribuent aux émeutes de ce weekend.

Plus grave : Dans l'après-midi, le site de TF1news a également utilisé cette image, en ajoutant en légende "nuit du 19 au 20 juillet 2013". La photo n'est pourtant pas de LCI, et date bien d'il y a huit ans. Le site l'a changée au bout de quelques dizaines de minutes.

Des photos d'illustration utilisées sans précision

Ce qu'on pouvait voir : Le militant est un habitué de la méthode. Idem par exemple avec ce tweet.

 

Pourquoi c'est bidon ? L'image provient du site d'un photographe alsacien, et en aucun cas de Trappes.

Un dépôt de bus brûlé à Trappes... en 2005

 Sur cette vidéo extraite d'un journal télévisé de France 2, la caméra parcourt un entrepôt de bus calcinés. La voix off, celle d'Elise Lucet, ne laisse aucun doute : ce sont bien les transports en commun de Trappes qui ont été visés.

 

Pourquoi c'est daté ? Mais c'était à l'automne 2005, quand les événements qui ont débuté à Clichy-sous-Bois s'étaient répandus dans la banlieue parisienne. La vidéo a été reprise par de nombreux d'internautes. Ils auraient pu, à peu de frais, s'apercevoir que la vidéo était ancienne, vu qu'elle était hébergée sur le site de l'INA, l'Institut national de l'audiovisuel, qui ne propose que des archives...

(information signalée par Xavier M.)

Infos imprécises

Dans une moindre mesure, les informations fausses ou bidonnées circulent aussi rapidement. Par exemple, ce tweet d'un membre de "génération identitaire", évoquant "45 voitures brûlées". En réalité, il y a en aurait eu "une vingtaine" selon la police.

Idem lorsque quelques "coups de feu sporadiques" entendus par certains policiers, deviennent "des coups de feu tirés contre un hélicoptère", ce qu'aucune source ne confirme.

Même chose avec cet autre compte militant, qui évoque un immeuble brûlé à Trappes.

 

Or, si un feu a atteint la façade d'un immeuble, on ne sait rien des circonstances précises de cet incendie. Là encore, une fausse information, diffusée sans précaution et sans doute pas sans arrière-pensée.

Samuel Laurent et Jonathan Parienté

[Si vous voyez passer d'autres cas d'intox et de manipulation autour des événements, n’hésitez pas à nous les communiquer : lesdecodeurs@gmail.com]

 

Précision  : beaucoup de commentaire nous font le reproche de chercher à minimiser les événements de Trappes. Ce blog a un objet précis, la vérification. C'est ce que nous faisons dans cet article. Mais Le Monde a publié durant tout le weekend plus d'une dizaine d'articles, de vidéos, d'analyses, de reportages autour de cette actualité. Nous vous renvoyons donc, notamment, aux analyses de notre reporter sur place, en texte et en vidéo,  à son récit du weekend, à cette interview d'un chercheur du CNRS , ou encore au récit des comparutions immédiates de lundi

 

http://decodeurs.blog.lemonde.fr/2013/07/22/trappes-intox-et-fausses-photos/

Publié dans Lutte des classes

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