MOHAMED BOUHAMIDI : LE GAZ DE SCHISTE ET LA PERCEPTION TOUAREGUE D'UNE SEMI-COLONIE AU SUD

Publié le par Tourtaux

Transmis par Mohamed Bouhamidi

 

Le gaz de schiste et la perception touarègue d’une semi-colonie au sud

 

 

 

Par Mohamed Bouhamidi

Le message le plus clair et le moins entendu des manifestations animées au sud de l’Algérie contre le gaz de schiste se résume à une formule : « Stop ! Ici, c’est notre territoire. Vous ne pouvez pas tout faire sur notre terre. ». L’opposition et la presse de différentes obédiences   extranationales n’ont pas mieux saisi l’avertissement, se contentant de saisir l’aubaine juste pour frapper le pouvoir de l’accusation de rupture avec les citoyens en général ou, pire, de ne pas avoir su faire dans la « communication ».

L’émergence de cette conscience que les intérêts de la terre et des communautés du sud ne coïncident plus avec les démarches d’un Etat algérien tel qu’il est devenu est pourtant manifeste dans les déclarations de Mohad Kasmi, (1) animateur clé du mouvement de protestation.

« Un groupe de jeunes a pris l’initiative de parler aux gens des dangers que représente cette industrie sur les hommes et la nature. Les gens du Sud sont sages, mais ils ne sont pas dupes ».

En deux phrases le territoire du Sud-est distingué, particularisé, autonomisé et ses populations situées sur une position de défiance face à une démarche déloyale. A elle seule, cette catégorisation aurait dû attirer une profonde attention car d’autres signaux majeurs et nettement plus significatifs annonçaient la crise de confiance exprimée par Mohad Kasmi.

Une quarantaine de tribus réunies à Tamanrasset en octobre 2014 (2) ont exigé que désormais leur représentation passe exclusivement par l’autorité traditionnelle et non par les députés et donc d’un passage d’une relation de citoyens à un Etat unique à une relation entre deux autorités, entre deux Etats, pour lesquelles on devine bien que la légitimité se situe du côté des tribus Touaregs.

Tout comme le mouvement actuel de contestations, les tribus ne veulent parler qu’au Premier ministre récusant du coup toute pertinence aux démembrements de l’Etat, Daïras et Wilayas.  Dans la subtilité inégalable de leur langage coutumier les chefs de tribus ont rappelé ce que l’Algérie leur doit pour l’édification de son Etat, de sa sécurité au sud, de sa stabilité et dans sa confrontation avec le terrorisme. Bref, ils énoncent clairement des processus électoraux et une représentation par le Parlement et le Sénat devenus faussaires. Il faut que le « couteau soit arrivé sur l’os » (3) pour que le chef touareg tenu par sa fonction à la modération pointe une suspicion de corruption gravissime et généralisée au sud : « Il y a plus de deux ans, l’Etat a financé la réalisation de 1049 puits destinés aux éleveurs et aux agriculteurs. L’argent a été versé, mais sur le terrain aucun puits n’a été réalisé. Où sont-ils ? »(4)

Cette nouvelle donne n’a pas modifié la conduite du pouvoir central qui pour le gaz de schiste n’a consulté ni cherché à écouter une connaissance ancestrale multimillénaire de la vie et de ses interactions bien plus savante que ne le croient des ministres pour qui les Touaregs se réduisent au folklore de l’Imzad et à l’exotisme d’hommes bleus.

L’apport des structures traditionnelles touarègues  à la stabilité aurait été mieux apprécié si les responsables n’avaient oublié leur rôle dans l’apaisement des fièvres autonomistes dont l’attaque de l’aéroport de Djanet, en novembre 2007, a représenté un point culminant et avant que le contexte libyen ne viennent aggraver les remises en cause des gouvernements centraux dans la région.

Il ne s’agit plus aujourd’hui de groupuscules de jeunes impatients de récupérer leur souveraineté sur leurs territoires mais d’un mouvement social profond, total, structurel  qui affirme sa perception d’une condition de semi-colonie  faite à notre sud depuis que le gouvernement central discute le sort de l’Algérie non avec les enfants du pays mais avec l’U.E, les Multinationales du pétrole, les négociateurs de l’OMC, voire avec de simples  entreprises françaises comme  Renault et les suivantes sur la liste des cadeaux. Le pouvoir central poussera-t-il les Touaregs vers la conscience d’une proto-nation à construire dans de nouvelles frontières régionales ? Il en est bien plus capable que les forces extra-régionales qui s’y emploient.

M.B

1-    Entretien de Tarik Hafid avec Mohad Kasmi :  http://www.impact24.info/?p=3284

2-   http://www.youtube.com/watch?v=bEncfRj0xBo

3-    Expression populaire algérienne pour dire l’insupportable.

4-  http://www.algeria-watch.org/fr/article/pol/revolte/itv_amenokal.htm

 source :

http://www.impact24.info/?p=3501

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