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GEORGES SABE - ALEP : SOUFFRANCE, DESESPOIR, LASSITUDE

Publié le par Tourtaux

Alep : Souffrance, désespoir, lassitude

 

dans Crises/guerres, Syrie

 

 
   

Alep

Lettre d’Alep No 20 (14 Décembre 2014 *)

C’est le dimanche 14 décembre 2014. Ce matin, nous n’avons pas été à la messe à l’Hôpital St Louis comme nous avons l’habitude de le faire. Nous irons à la messe à 17h00 chez les arméniens catholiques du quartier de Barbara. Elle sera célébrée en souvenir du jeune Soubhi, 28 ans, tué la semaine passée.

Le rendez-vous de la violence

Soubhi est un jeune que nous avons connu depuis son enfance. Il était scout du groupe Champagnat Djabal el Saydé. A un moment, il a été chef de ce groupe.  Il était aussi un des jeunes bénévoles des Maristes Bleus. Il était, également, très actif dans son propre quartier. Quand son quartier avait été envahi par les rebelles et qu’il s’est retrouvé déplacé dans sa propre ville, Soubhi, forgeron de métier, a commencé à errer, à la recherche d’un travail, d’un emploi, de quoi aider sa famille. Loin d’Alep, à Kfarbo, village chrétien près de la ville de Hama, il a cherché à s’installer et travailler pour disait-il :  » Il est temps que je me marie et que je constitue une famille ». Malheureusement, la mort avait, avec lui, le rendez-vous de la violence.

Soubhi est un de ces nombreux jeunes qui sont tués par la violence… Tant de rêves  perdus… et avec eux, tant d’espérance gâchée.

Elle est tellement proche cette mort! Les mortiers, les balles perdues, tant de machines infernales s’acharnent pour détruire l’homme et la pierre, détruire la culture et la civilisation.

Combien de balles avons-nous ramassées dans la cour, chez nous, là  où les enfants jouent. Parfois, c’est par miracle que nous ne sommes pas blessés.

Des quartiers qui continuent à se vider

Cette même violence crée chez beaucoup de gens le sentiment de devoir quitter leur quartier. Ils font l’expérience quotidienne d’un bombardement. Il en résulte des dégâts matériels  (des vitres, meubles, voitures et parfois un pan de mur touché…) et psychiques. Alors des familles entières sont obligées de quitter leur « chez eux » pour aller ailleurs, dans un autre quartier plus sûr… Tout doucement, l’immeuble se vide, la rue se vide et on découvre par la suite que tout le quartier a été déserté.

Fayrouz chante « Wainon », « Où sont-ils? Et j’ose ajouter, en restera-t-il quelqu’un?

Je pense aux parents de Giorgio, cet enfant tué l’année passée dans le jardin de sa propre maison par les éclats d’un mortier. Ils avaient décidé depuis sa mort de ne pas quitter leur maison et d’y rester pour garder le souvenir de leur enfant. Il y a 2 mois, ils ont quitté. Ils sont partis dans un autre quartier.

Quitter sa maison, c’est être obligé de louer ailleurs ; mais les loyers sont devenus assez chers et les gens  manquent de ressources.

La cherté de la vie

Par le seul fait de rester à Alep, les gens doivent payer aussi d’autres tributs: un abonnement à des réseaux de générateurs électriques, le gaz qui est distribué avec parcimonie, l’essence et le fuel de chauffage qui manquent. Une autre menace s’annonce et qui aura des conséquences très graves sur le quotidien des gens : les multiples organisations internationales sont entrain de réduire énormément leur aide à la population syrienne. Cette aide est essentielle ; surtout ce qui touche aux denrées alimentaires de base.

La menace

Outre tout cela, nous sommes menacés. Sa sainteté le pape François, dans son allocution aux chrétiens déplacés d’Irak, l’a dit clairement : « Les chrétiens sont chassés du Moyen-Orient, dans la souffrance (…) Il semble que, là, on ne veuille pas qu’il y ait des chrétiens, mais vous, vous témoignez du Christ. Je pense aux plaies, aux douleurs des mères avec leurs enfants, aux personnes âgées et aux personnes déplacées, aux blessures de ceux qui sont victimes de toutes sortes de violences ».

L’hémorragie:

Beaucoup de jeunes et de familles quittent le pays par n’importe quel moyen… En faisant allusion au départ massif des chrétiens, un vicaire épiscopal me disait hier: « Depuis deux mois, je passe mon temps à signer des certificats de baptême, en arabe, en français, en anglais et dans d’autres langues. Cette attestation sera ajoutée à d’autres documents quand les gens vont se présenter aux guichets des consulats« …

Le pari pour la vie

Devant cette réalité accablante, nous, les Maristes Bleus, avons choisi de vivre, de servir, de nous donner, de nous engager au service de l’homme le plus meurtri, le plus blessé, le plus touché par la guerre.

Le service de l’écoute

Ces derniers mois, je passe beaucoup de temps à écouter les gens, leur souffrance, leur désespoir, leur volonté de quitter, leur lassitude. Les gens ont tellement besoin d’être écoutés et secourus.  Ils perdent confiance en un avenir, proche, de paix. D’ailleurs, le président Syrien l’a dit dans sa déclaration à Paris Match : « Personne ne peut encore prévoir quand cette guerre prendra fin »

Je ne suis pas le seul. Dans l’équipe des Maristes Bleus, nous partageons quotidiennement notre expérience d’écoute. Parfois ce sont des expériences tellement douloureuses qu’on ne peut les décrire.

Le service des visites à domicile

Une équipe de bénévoles fait des visites à domicile : ça  peut être une salle de classe dans une école, un sous-sol, une maison dans un quartier très dangereux, un habitat inhabitable, une tente dans un jardin public, un appartement sans aucun mur et tant d’autres « domiciles »…

Ces visites nous permettent d’être proches des gens. Ils nous les sollicitent. Ils considèrent que c’est un honneur pour eux d’être visités, reconnus dans la situation où ils se trouvent. Et pour nous, c’est l’occasion de ne pas spéculer mais de toucher la misère.

Vers Noël

Ces jours ci, tous nos projets tendent vers Noël… Les distributions de paniers alimentaires ou les différents projets éducatifs ou de développement vont s’arrêter autour du 23  décembre.

Nous reprendrons après le nouvel an.

Par cette lettre, j’aimerai remercier tous nos bénévoles et nos bienfaiteurs, tous les Maristes Bleus. Avec eux, et grâce à leur effort extraordinaire, à leur dévouement, à leur engagement pour vivre dans la simplicité et l’amour,  grâce à leur sensibilité pour être attentifs aux plus démunis, nous arrivons à soutenir 600 familles, à éduquer plusieurs centaines de jeunes, à traiter plusieurs centaines de civils blessés de guerre et en sauver des dizaines, et à animer tant d’activités de développement et de formation.

Dieu seul est capable de tout

Tel fut le commentaire d’une dame à qui je venais de remettre un médicament indispensable à la survie de son fils.

En empruntant ces mêmes mots, je souhaite que le Seigneur de la Paix et de l’Amour, nous fasse découvrir des chemins nouveaux, des chemins d’espérance et de don de soi.

Joyeux Noël

Pour les Maristes Bleus

Fr Georges Sabe | Alep le 14 décembre 2014

(*) Voir les précédentes lettres sur le site www.silviacattori.net

Source : http://arretsurinfo.ch/alep-souffrance-desespoir-lassitude/

http://arretsurinfo.ch/alep-souffrance-desespoir-lassitude/

 

  

 

  

 

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Tourtaux 18/12/2014 12:24

Dichy Samy : Ces chiens de rebelles ont tout saccagé là bas. Cette ville était considérée comme la perle du proche-orient. C'est vraiment une tragédie.