DOCTEUR JACQUES LACAZE : GREVE DES MEDECINS

Publié le par Tourtaux

10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 16:40

Mais de quoi parlent ils?

Mais de quoi parlent ils?

Un très grand nombre de médecins se sont mis en grève la semaine de Noël, puis depuis le 5 janvier, refusent la carte vitale et se servent des feuilles de maladie.

La Ministre de la santé Mme Marissol Touraine ne veut pas céder sur cette réforme au motif louable qu’elle permettra d’améliorer l’accès aux soins pour tous. Les syndicats médicaux et beaucoup de médecins font valoir que cet accès, est actuellement généralisé pour les personnes les plus modestes, mais que les charges les plus lourdes : les soins dentaires et les lunettes ne sont pratiquement pas remboursés. La conséquence est que beaucoup de personnes ne se font pas soigner les dents et n’achètent pas de lunettes.

Au delà de ce constat, il faut chercher les vraies motivations de cette volonté du gouvernement d’imposer par tous les moyens cette réforme.

Revenons en arrière. En 1945 a été mis en place un système de protection sociale très avantageux pour les travailleurs. Ce système est basé sur l’idée que chacun doit cotiser selon ses moyens (les salaires élevés cotisent plus que les petits salaires) et sur le remboursement des frais en fonction des besoins. L’organisme gérant la sécurité sociale brasse donc des sommes considérables. Devinez ce qui se passe alors ?

Simple, ces sommes créent des envieux, à savoir, les banques et les compagnies d’assurances. Ils se verraient gérer ce « risque » à leur plus grand profit ! De son côté, le patronat a aussitôt – dès la mise en place du système - qualifié les cotisations sociales de « charges »! A ce sujet, il faut quand même remarquer que plus l’entreprise est importante moins elle paie de ces « charges » qui pèsent par contre lourdement sur les artisans, commerçants, professions libérales et petites entreprises. De très grosses entreprises doivent des sommes considérables à la sécu. L’Etat de son côté lorgne depuis longtemps sur ce pactole et ne se gêne pas pour ne pas payer ce qu’il doit ou pour se servir d’une façon ou l’autre dans les caisses de la sécu. Il faut bien que nos gouvernants – de droite et de gauche – trouvent quelque part les milliards à distribuer aux banques et aux entreprises objets de l’amour immodéré du Premier Ministre de la France.

Regardons comment les choses se sont passées. L’Etat s’est accaparé de la gestion de la sécurité il y a quelques années. Au tout début, en 1945, les gestionnaires étaient les travailleurs car les cotisations retenues sur leur fiche de paie est un salaire différé. Ces administrateurs étaient élus par les travailleurs. Cette gestion est devenue puis rapidement « paritaire » entre employeurs et salariés, privant ces derniers partiellement du contrôle de leur salaire différé. Et maintenant, c’est l’Etat qui gère ce salaire différé.

Du côté de la protection complémentaire : les mutuelles. Le principe était que la cotisation soit identique du début de son affiliation à la fin. Donc, quand on est jeune et en pleine forme, on cotise plus qu’on en bénéficie, pour ensuite en bénéficier plus qu’on cotise. Ce système a vécu depuis déjà longtemps, et est remplacé par celui du paiement au risque : quand on est jeune le risque est faible et les cotisations versées, rapportent gros à l’assureurs. Les grandes banques et assurances se sont, en effet, emparé du « marché » en créant de fausses mutuelles mais vraies assurances. Et de son coté, la loi européenne oblige les mutuelles qui subsistent à s’aligner sur ces fausses mutuelles.

Comme vous le voyez, le dispositif est ainsi devenu beaucoup moins intéressant pour les salariés mais beaucoup plus pour les assureurs.

Mais ce n’est pas tout ! Il y a l’industrie pharmaceutique acteur majeur de « santé publique » . Je préfère parler de« système de distribution de soins » à « santé publique ». C’est la réalité, car quand on regarde l’histoire du Médiator on peut se demander en quoi c’est de la santé publique. Les dirigeants et actionnaires des laboratoires sont plus prompts à cacher un scandale, à se concentrer sur la rentabilité de leurs « produits » que de santé. L’idéal serait pour eux de participer au système de distribution de soins, donc de médicaments, plus directement, par exemple d’avoir des médecins, des cliniques (on dit aujourd’hui hôpitaux privés, ça sonne mieux) attachés à tel ou tel laboratoire ou groupe de laboratoires, et qui utiliseraient leurs produits. Vous imaginez la rentabilité d’un tel système : colossal. Et premier gros bénéfice : ils n’auraient plus besoin des visiteurs médicaux dont le travail est de vendre « le produit » par n’importe quel moyen. J’en ai fait l’expérience concrètement en septembre 68. J’ai proposé un produit pour la circulation aux ophtalmologistes durant quelques semaines. Quand j’ai rencontré les responsables du labo, j’ai été mis au parfum sans détour : « que vous vendiez du béton, des pâtes alimentaires ou des médicaments, la règle est la même : rentabiliser, « faire du chiffre ».

Je ne pense pas avoir enrichi le laboratoire….

Et que vient faire Marissol Touraine la dedans ? Disons d’abord qu’elle aussi aime l’entreprise, à la folie. Elle veut que le système de distribution des soins échappe totalement à tout contrôle et soit géré exclusivement par big pharma, les hôpitaux privés, les fabricants d’appareils médicaux etc etc bref toute l’industrie qui tourne autour de la santé.

Et pour cela il faut non seulement évacuer la sécu telle qu’elle a été mise en place en 45, ce qui est fait au 9 dixième au moins, mais aussi après avoir réduit à zéro le rôle des salariés puis des syndicats de salariés, évacuer les derniers gêneurs empêchant la gestion purement capitaliste du système : les médecins. Bien sûr ce sont des libéraux qui gagnent en général bien et très bien leur vie, mais pour les groupes capitalistes qui gèrent déjà une grande partie du secteur de distribution de soins, c’est trop. Il faut obliger les médecins à réduire considérablement leurs revenus, à devenir des salariés ou des salariés cachés sous de nouvelles formes : versement des « honoraires » directement par la sécu. Vous comprendrez aisément que ça ne plait pas du tout aux médecins. Ils veulent continuer à discuter de leurs honoraires et être payés rubis sur l’ongle. Dit autrement, les capitalistes veulent récupérer à leur profit une partie de l’argent qui va dans la poche des médecins, mais, soyez rassuré, ce n’est pas du tout pour s’en servir pour améliorer le système au service des patients. C’est seulement pour augmenter leur profit.

En conclusion, un Président, un premier Ministre, un Gouvernement, une Ministre de la santé sont totalement au service du grand capital dont il faut assurer des profits toujours plus importants.

Un Ministre de l’Economie qui déclare «Il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires». Il est vrai que les gouvernants de droite et de gauche – et ceux de gauche plus que ceux de droite – ont privatisé la quasi totalité des entreprises publiques qui permettaient d’assurer beaucoup d’emploi, de régularisé ce que ces gens appelle « le marché de l’emploi ». l’exemple des autoroutes est emblématique. Par le péage ils rapportaient gros à l’Etat. Cet argent va maintenant dans les poches d’investisseur privés. Renseignez vous : est il possible d’acheter des actions des sociétés d’autoroute ? Et bien non, c’est un marché très très protégé et jalousement gardé.

« J’aime l’entreprise ». C’est le credo de ce pouvoir qui se dit toujours socialiste.

Pour connaitre la position des médecins, allez sur le site:

http://enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr/archive/2014/12/22/loi-sante-greves-des-medecins-de-quoi-marisol-touraine-est-e-911074.html

 http://www.jacques-lacaze.com/


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