CRAIG MURRAY : L'INEVITABLE MONNAIE DE LA PIECE

Publié le par Tourtaux

   L’inévitable monnaie de la pièce   

               Par Craig Murray  

 

Janvier 21, 2015 "ICH" – Dans ce monde globalisé, si on lance des armes avec un grand pouvoir destructeur sur des communautés à l’étranger, incinérant et déchiquetant des femmes et des enfants, on ne peut pas éviter le fait que ceux qui s’identifient avec ces communautés – ethniquement, culturellement et religieusement – se vengeront sur des gens ici. Si on a de la chance, ils se vengeront sur des combattants. Si on a de la malchance, ce sera sur des innocents. Mais de toute façon, la vérité est ceci. Nous l’avons provoqué.  

 

Nous l’avons provoqué par nos invasions, occupations et bombardements de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye et de la Syrie, alors qu’aucun d'entre eux n’avait jamais attaqué le Royaume Uni. Nous l’avons provoqué par toutes les femmes et tous les enfants que des bombes, des missiles ou des balles britanniques ont tués accidentellement. Nous l’avons provoqué par la mort terrible de gens que nous avons tués délibérément, qui défendaient seulement leur pays d’envahisseurs étrangers, tout comme la plupart d’entre nous le  feraient. Nous l’avons provoqué par les détenus tués ou torturés. Comme pays, le Royaume Uni l’a provoqué.   

 

On n’est pas au 19e siècle. Des agressions impérialistes provoquent maintenant un danger de représailles de la part de communautés avec empathie, intégrées dans les sociétés occidentales. C'est si évident qu’on n’a pas besoin de le dire. Le danger du terrorisme de source islamique serait fort réduit si on s’occupait simplement de nos propres affaires sur la scène internationale.   

 

Tout cela est très évident. Pourtant cela ne semble pas venu à l’esprit de John Sawers, qui était encore très récemment à la tête des MI6 (Secret Intelligence Service), qui n’a pas de réflexions de bon sens du tout sur les causes du terrorisme. La droite aime à penser que quiconque est opposé à l’Occident est, par définition, spontanément mauvais. Si au moins ils pouvaient se regarder dans un miroir parfois et se demander pourquoi des gens nous haïssent, ce serait une découverte psychologique capitale. J’ai connu John Sawers pendant de très longues années, et s’est quelqu'un qui se regarde très souvent dans le miroir. Malheureusement pas pour cette question.  

 

Au moins a-t-il l’honnêteté intellectuelle d’admettre un soutien appuyé pour une société « Big Brother extrême». Abandonnant la notion du renseignement astucieux, il a émergé avec la justification d’une société de surveillance de masse que Snowden avait révélée. On ne peut pas prévenir le terrorisme sans espionner des gens innocents, a-t-il déclaré.

 

Dans un sens, c’est une lapalissade. J’ai très souvent argumenté qu’il était impossible de prévenir tout mal et qu’il est bête d’essayer. On court de loin un risque beaucoup plus grand d’être assassiné par un membre de sa propre famille que par un terroriste. Ces 10 dernières années, les terroristes ont été responsables pour presque exactement 1% de tous les meurtres au RU. Permettez moi de taper ceci de nouveau. Ces 10 dernières années, les terroristes ont été responsables pour presque exactement 1% de tous les meurtres au RU. Et d’à peu près de 0,007% des blessures. Il reste vrai que la personne la plus susceptible de vous tuer se trouve dans votre propre famille. Cela vaut la peine de rappeler que le nombre de personnes qui sont mortes dans l’atrocité de Charlie-Hebdo était le même nombre d’assassinés en France, en moyenne, chaque semaine. 

 

Assumons maintenant que l’objectif est de prévenir le meurtre plutôt que de faire de la propagande, concentrons-nous un moment sur – ne vous en faites pas, on ne vous demandera jamais dans votre vie de faire cela de nouveau, excepté par moi – concentrons-nous sur les 99% de meurtres qui ne sont pas commis par des terroristes. En adoptant le système de John Sawers, si on a une surveillance permanente CCTV (closed-circuit TV) de chaque cuisine au RU, on pourrait probablement prévenir pas mal de meurtres et une grande quantité de violence non fatale. Cela demanderait bien sûr, un service de police et de sécurité énorme, mais c’est vers là que nous allons de toute façon. Le point de vue de Sawers est complètement correct logiquement - - on ne peut pas empêcher tous les meurtres sans une surveillance massive des innocents. Cela aurait même été plus correct en arrêtant la phrase à "on ne peut pas empêcher tous les meurtres". La même chose est vraie précisément au sujet du risque minuscule pour les individus qu’est le meurtre par terrorisme.

 

Le moyen le plus sûr pour diminuer la menace terroriste au RU est de cesser de bombarder ou d’envahir d’autres pays. Ce simple fait devrait être crié sur tous les toits. La chose suivante qu’on peut faire est un travail solide et vieux jeu basé sur des preuves policées et sur le renseignement. La chose la moins efficace qu’on peut faire est de simplement chercher les emails et les bavardages (chat) en ligne de millions de gens. Cela entrave le système de renseignement avec une énorme pile d’informations indigestes, avec comme résultat la conviction d’hommes fantasques et vantards qui, quoique déplaisants, ne sont coupables de rien si ce n’est d’un crime par la pensée. C’est exactement le même résultat que si on s’attaque à un meurtre en arrêtant tous ceux qui dans un email ou un chat souhaitaient du mal à leur mari ou leur femme. C’est un tort d’exprimer cela, mais le pourcentage qui irait véritablement au meurtre serait réduit jusqu'à disparaître.

 

La grande préoccupation est la présomption qui se glisse dans le récit des médias dominants que c’est de la responsabilité de l’Etat de prévenir tous les crimes avant qu’ils se produisent. Ce n’est pas le cas et ce n’est pas un but réalisable. Les restrictions de libertés que cela comporterait feraient plus de mal à la société que le crime lui-même, avec lequel l’humanité s’est arrangée pour vivre depuis le début de la civilisation. Le débat entier sur le terrorisme a besoin d’être recalibré. La réponse n’est pas la surveillance d’Etat ultime « Big Brother » La réponse est de cesser notre hideuse violence à l’égard de communautés à l’étranger.

 

Craig Murray est un écrivain, une personnalité et un militant des droits humains. Il a été ambassadeur britannique au Ouzbékistan d’août 2002 à octobre 2004 et recteur de l’Université de Dundee de 2007 à 2010,  https://www.craigmurray.org.uk

Publié dans USA

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