Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /Sep /2009 14:53
  

Déjà déclenchée en Allemagne en mai 2008 par le syndicat allemand BDM, membre de l’EMB (European Milk Board), la grève du lait est déclarée cette fois en Europe.

L’EMB regroupe plus de 100.000 producteurs de quatorze pays européens.
Ce mouvement est relayé en France par l'OPL (Organisation des producteurs de lait), branche laitière de la Coordination rurale, et l'Apli (Association des producteurs de lait indépendants) , née fin 2008 dans l'Aveyron, qui se dit apolitique et asyndicale,.
La Coordination rurale se veut également indépendante de toute organisation économique et politique, et défenseur de tous les agriculteurs.
Sa ligne corporatiste et poujadiste trouve ses origines dans les Comités de défense paysanne dits aussi « chemises vertes », fondés en 1934 par Henry Dorgères. Le mouvement de Dorgères participa activement au "Front Paysan" d'Edmond Jacquet et Jacques Le Roy Ladurie. Ses organisations de base se trouvèrent à l’origine de la Corporation paysanne de Vichy dont il obtint le grade de général. Il fut décoré de la francisque par le maréchal Pétain.
Cette organisation est souvent taxée d’ultralibérale voire d’extrême droite.
Depuis des mois, l'Apli multiplie les réunions dans la France entière pour mobiliser ses troupes. En Bretagne, ces rencontres ont attiré des centaines d'éleveurs, syndiqués ou non.

Selon l’OPL, la contractualisation entre les producteurs et les laiteries va aboutir à la fixation des prix du lait par les grands groupes agroalimentaires. «On va aboutir à des monopoles dans les laiteries» . Résultat : «des groupes comme Danone et Lactalis vont faire la pluie et le beau temps» , estime son dirigeant Nicolas Coudray.
Les producteurs veulent le retour à un prix du lait rémunérateur : 400euros minimum les 1.000 litres, contre 280 euros actuellement.
Ils réclament aussi le maintien des quotas laitiers, ou du moins des outils pour réguler la production en fonction de la demande.


La Confédération paysanne ne donne pas de consignes mais dit partager les mêmes réflexions que les grévistes.
Elle avait d’ailleurs soutenu la grève du syndicat BDM en 2008.
Aujourd’hui, elle se bat avant tout pour l’éviction de Mariann Fischer Boel de la commission agricole du parlement européen, qu’elle a exhortée de « prendre des mesures immédiates pour baisser les volumes, de changer pour une politique de maîtrise publique des volumes de lait produits, pour que les quotas soient améliorés, que les stocks soient régulés. »
Sa dernière « action sur le terrain » le 2 septembre a été une réception chez Bruno Le Maire. Mais elle a mené récemment des actions contre Lactalis ainsi que contre la coopérative SODIAAL : séquestration, détournement de camions.


Enfin la FNSEA et sa branche laitière la FNPL s’opposent farouchement à la grève et préconisent la défense de la production française, du producteur au distributeur : création d’un logo "Eleveurs laitiers de France" pour inciter le consommateur à acheter du lait produit, collecté et transformé en France.
C’est une défense ouverte du protectionnisme, au profit des plus gros producteurs de lait, des industries laitières et de la grande distribution.
«La grève du lait, c'est une formidable machine à monter les gens les uns contre les autres» déclare Henri Brichart, président de la Fédération Nationale des Producteurs de Lait.
En effet, on se souvient des manifestations de producteurs laitiers contre les industriels.
Notamment contre Lactalis, qui possède une situation de quasi monopole en Europe.

La société Orlait, principale société de commercialisation du lait en France, est la première à rejoindre l'opération de la FNPL.
Roger Beguinot, PDG d'Orlait, veut créer "une marque militante qui va s'appeler j'aime le lait d'ici " (accompagnée d’une campagne de publicité de 10 millions d'euros), et "favoriser une démarche d'achat responsable pour la consommation d'un lait plus citoyen" .

L'inquiétude des distributeurs de lait vient en fait de la concurrence allemande, 15 % inférieure sur les laits premiers prix. Cette catégorie représente plus d'un milliard de litres, soit près du tiers de la consommation de lait en France. Cette concurrence sert de prétexte pour écraser les producteurs de lait.



Pour rappel :
Les 7 principaux groupes de l’industrie du lait réalisent 75 % des volumes fromagers français :
LACTALIS n° 1 européen du lait et n° 2 mondial du lait derrière Nestlé, et n° 2 mondial du fromage ( Président, Bridel, Lanquetot, Lepetit, Société, Salakis, Galbani, Rondelé).
DANONE n° 4 mondial du lait, 4ème groupe alimentaire mondial et n° 1 mondial en produits laitiers frais (Gervais, Gervillage, Gervita, Jockey, Taillefine)
BONGRAIN n°11 mondial du lait et n°1 mondial en spécialités fromagères ( Caprice des dieux, St Albray, Vieux Pané, Fol Epi, Bresse Bleu, St Agur, Brebiou, Chavroux, Tartare, St Moret.)
ENTREMONT ALLIANCE n° 1 mondial de l’Emmental (Entremont, Meule d’Or, Rippoz) et n°1 mondial en lactosérum déminéralisé.
FROMAGERIES BEL n° 2 mondial en fromages fondus (La Vache Qui Rit, Apéricube,Kiri, Samos, Leerdammer, Babybel, Sylphide, Boursin)
MAITRES LAITIERS DU COTENTIN (Montebourg)
GROUPE ERMITAGE (Ermitage, Rémy Rudler, Le Montagnon)

Environ 300 fromageries de taille inférieure produisent le reste de la production industrielle : Fromageries Occitanes-3A (Cantorel, Capitoul), Eurial-Poitouraine, (Soignon, Couturier, Bionat, Bio d’Armor)GLAC Surgères (Bougon, Saint Loup, Mottin Charentais), ainsi que Triballat Rians, Triballat Noyal, , Guilloteau, Coopérative d’Isigny-Sainte Mère, des entreprises privées et coopératives plus petites, et 220 fruitières de l’Est Central.

L’évolution du secteur consacre la domination du groupe Lactalis.
En 2006, ce groupe a repris la Laiterie Celia (marque Chaussée aux Moines) et diverses petites fromageries.
Il a depuis 40 ans racheté la quasi-totalité des « camembéristes » normands (hors Réaux, Gillot, Isigny et Graindorge), et détient Société des Caves (n°1 du Roquefort), Philipona (Comté), Pochat ( Reblochon), etc...

Parmi les coopératives une société domine le marché :
SODIAAL, n° 2 des produits laitiers frais avec Yoplait grâce à ses franchises dans 50 pays.
Son directeur est également président de la Fédération Nationale des Coopératives Laitières.

Lactalis, Bongrain, Sodiaal, Bel, Danone, Entremont Alliance représentent plus de 60% des facturations laitières françaises et plus de 50 % de la collecte française.

Ces sociétés pratiquent activement le lobbying de l'industrie du lait à Bruxelles, notamment à travers des organismes et des sociétés comme : le CIDIL (Centre interprofessionnel de documentation et d'information laitières) ou Tetra Pak.
Source : http://humaniterouge.alloforum.com/guerre-lait-declaree-t2882-1.html  
       
Par Tourtaux - Publié dans : Politique - Communauté : Un PCF de lutte des classes !
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